L’avenir lui appartient…

Posté le 18.04.2011 à 18h40

Kodjovi Obilale, l’ancien gardien de l’équipe nationale du Togo était dans les locaux de l’UNFP à Paris, la semaine dernière. Quinze mois après la fusillade dans l’enclave de Cabinda, en Angola, c’est un homme décidé à se battre pour reconquérir son droit à la vie et sa dignité d’homme.

Il n’est certes plus nécessaire de revenir sur les conditions tragiques, qui ont mis un terme, de manière prématurée, à la carrière de Kodjovi Obilale, joueur amateur du GSI Pontivy, en Bretagne, et l’un des gardiens de la sélection togolaise. La récente condamnation de Rodrigues Mingas, secrétaire général du FLEC (Front de libération de l’Etat de Cabinda) et responsable de la fusillade meurtrière dont ont été victimes l’équipe nationale du Togo et son encadrement, le 8 janvier 2010 dans l’enclave angolaise de Cabinda, en marge de la CAN 2010, a toutefois ravivé les souvenirs et fait resurgir les vieux démons chez un homme, blessé mais toujours debout, dont il ne faut pas oublier l’histoire, édifiante, marquée du sceau d’une violence aveugle et, malheureusement parfois, ordinaire.

L’été dernier, Kodjovi Obilale en grande discussion avec son compatriote Alaixys Romao (FC Lorient).

C’est un Kodjovi souriant – et toujours combattif -, qui a franchi les portes de l’UNFP, alors que ses médecins n’imaginaient même pas qu’il puisse à nouveau un jour tenir sur ses jambes. C’est fier et enthousiaste qu’il revient sur ses longs mois de combats.

Un passage à vide tant physique que mental, pour commencer. Forcément. Puis, une remise en question sur le sens de la vie et ses priorités. Sur le regard qu’il portait sur les gens, aussi, avec à l’arrivée un constat sans appel sur ses relations amicales, sur son rapport à l’argent. Le sien. Celui des autres…

« La santé, c’est essentiel. Peu importe ce que tu possèdes aujourd’hui, demain, tout peut s’arrêter… J’ai vu des hommes mourir avec des billets à la main, je suis heureux, moi, d’être en vie. C’est à l’hôpital que j’ai vraiment ressenti cela… Alors, quand je vois des gens qui sont en pleine forme, et qui se plaignent parce qu’ils ont un bobo, je leur dit : « tu n’as rien…Tu n’as vraiment rien ! »

C’est donc un homme nouveau, coriace et éclairé, intéressé par son avenir professionnel, qui échange avec Stéphane Burchkalter, secrétaire général de la Division Afrique de la FIFPro, et Philippe Lafon, secrétaire général exécutif de l’UNFP. Une rencontre aux multiples débouchés.

L’UNFP accompagne Kodjovi dans ses différentes démarches administratives dans le cadre de sa reconversion. L’entretien est essentiel pour connaître les envies et les objectifs du joueur pour les prochaines années. Ecrire ? Ouvrir un restaurant ? Travailler dans l’informatique ? Tous les domaines évoqués par le joueur sont abordés. D’autres aussi, pour lesquels il aurait plus de facilité.

Un accompagnement à long terme, aussi bien pour ce qui concerne les démarches administratives et la préparation de son après carrière, que pour un soutien moral, plus personnel. L’homme, marqué dans sa chair, mettra longtemps, s’il y parvient un jour, à effacer les traces de l’attentat et de ses suites. Un combat qu’il lui faudra pourtant gagner. Un combat long, douloureux…

Pour l’aider à aborder sa nouvelle vie, Pascal Bollini et Manfa Camara, tous deux d’Europ Sport Reconversion, sont en constante relation avec l’ancien joueur du GSI Pontivy.

Sans nouvelles de son conseil depuis trois mois, Kodjovi a accepté la proposition de la Division Afrique de la FIFPro, qui lui a proposé une aide juridique avec la mise à disposition d’un avocat chargé de reprendre avec lui les différentes procédures en cours. En France, pour que l’on reconnaisse son statut de victime. En Angola, où des rebelles responsables de l’attentat meurtrier ont été appréhendés et jugés.

Kodjovi Obilale, accompagné donc de la FIFPro et de l’UNFP, pose ainsi les premières pierres du chemin de sa renaissance, de sa reconversion et de sa future réussite professionnelle. De sa future vie d’homme, tout simplement. Un chemin long, mais nécessaire. Son destin a basculé le 8 janvier 2010 en Angola. Simplement parce qu’il était joueur de football, cible médiatique offerte à une violence gratuite, aveugle. Heureusement, l’homme est doté d’une force incroyable, dopée par les épreuves tragiques qu’il a traversées. Si cette force irradie les personnes qui rencontrent Kodjovi, elle l’aide, surtout, à regarder devant lui, à prendre un nouveau départ.

Car son histoire est en marche. Son avenir lui appartient…

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