De buts en Blanc

Posté le 12.10.2011 à 09h14

Arrivé à la tête d’une équipe de France en lambeaux après le Mondial-2010, Laurent Blanc a réussi sa première mission, régénérer les Bleus en les qualifiant pour l’Euro-2012, mais leur crédit moral et sportif reste encore à regagner et le chantier de la reconstruction est loin d’être achevé.

Le « Président » n’a cessé de marteler la même rengaine depuis sa prise de fonctions en juillet 2010: seule une participation au Championnat d’Europe permettra de tourner la page désastreuse de Knysna et d’ouvrir ainsi une nouvelle ère pour le football français.

Au vu de l’état de déliquescence dans lequel se trouvaient les Bleus après le séisme sud-africain, la mission n’allait pas forcément de soi. Mais le sélectionneur, bénéficiant de son aura d’ancien champion du monde et donc de la bienveillance générale après les errements de la période Domenech, a réussi à négocier tous les tournants importants et à éviter les nombreuses chausse-trappes dressées sur sa route.

Entre la suspension des meneurs de Knysna, l’affaire des quotas, le retour des « mutins » et les états d’âme de certaines vedettes présumées (Nasri, Ribéry), Blanc a eu de quoi s’occuper et a très vite saisi la difficulté de sa tâche.

Débuts délicats

« Je ne serai pas le Père Fouettard », a-t-il déclaré à son arrivée. Le nouveau patron des Bleus souhaitait marquer le coup en suspendant les 23 mondialistes pour son baptême du feu en Norvège (1-2, en août 2010). Mais la volonté de la Fédération française de sanctionner les coupables de la mutinerie de Knysna lui a singulièrement compliqué la vie.

Privés de cadres difficilement remplaçables, le sélectionneur et sa nouvelle équipe ont connu des débuts très délicats avec deux défaites d’entrée et une entame catastrophique dans les éliminatoires de l’Euro (revers au Stade de France contre le Belarus, 1-0).

Mais la flamme a commencé à renaître avec un succès devenu fondateur en Bosnie (2-0), le 7 septembre 2010. Depuis cette date, les Bleus n’ont plus perdu un seul match (15). Sans forcément opérer une purge massive, l’ancien entraîneur de Bordeaux, à la recherche d’un noyau dur, a fait émerger une nouvelle génération dont la figure de proue se nomme Karim Benzema (meilleur buteur de l’ère Blanc avec 5 réalisations). Dans son sillage, plusieurs joueurs bannis par son prédécesseur ont été relancés (Nasri, Mexès).

Nouvelle philosophie

Une nouvelle philosophie de jeu portée vers l’avant et basée sur la possession de balle, à mille lieux de l’attentisme de Raymond Domenech, a également été instaurée. Blanc n’a pas hésité à aligner deux meneurs de jeu de métier (Nasri et Gourcuff) lors de la victoire de prestige ramenée d’Angleterre (2-1, le 17 novembre 2010 en amical).

Mais ces changements en profondeur ne suffisent pas et l’équipe de France n’est pas encore redevenue une terreur. En dehors de Benzema, difficile de trouver chez les nouveaux Bleus de véritables joueurs de dimension internationale. D’où les tâtonnements entrevus au cours de la campagne qualificative (nul et défaite contre le Belarus, 0-0 en Roumanie). Dès que des titulaires manquent à l’appel, la bateau français tangue sérieusement à l’image des incessantes modifications opérées en charnière centrale depuis la blessure de l’un des deux titulaires (avec Adil Rami), Philippe Mexès.

Au rayon extra-sportif et outre l’affaire des quotas, Blanc a sans cesse dû jongler avec les suites de la mutinerie de Knysna. Avec le retour de suspension de Ribéry, le débat sur le positionnement du Bavarois a refait surface et Blanc a fini par céder devant les revendications de « Francky », alimentant des soupçons de favoritisme et de faiblesse devant la résurgence des ego, comme aux pires heures de l’époque Domenech.

Avec la qualification pour l’Euro, le sélectionneur a pourtant renforcé sa légitimité. Il a désormais huit mois pour bâtir un groupe compétitif et replacer la France dans le gotha européen et mondial, histoire d’en finir avec le cauchemar de Knysna.

Keyvan NARAGHI (AFP)

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