Sylvain Kastendeuch : « Rétablir une image positive des footballeurs »

Posté le 15.06.2018 à 10h11

Nos confrères de football365.fr ont longuement interrogé Sylvain Kastendeuch, coprésident de l’UNFP, sur le lancement du mouvement « Positive Football » dont l’objectif est de mettre en valeur l’engagement sociétal des joueurs et les aider à trouver les causes à soutenir qui correspondent à leur profil.

POSITIVE FOOTBALL MBAPPE

« Sylvain Kastendeuch, pouvez-vous nous expliquer le Positive Football, le mouvement lancé par l’UNFP et les footballeurs professionnels ?

Nous voulions créer un mouvement global, universel, qui pourra agréger tout ce qui peut se faire de positif autour des joueurs de football. L’idée est de contribuer à leur engagement sociétal et de l’amplifier. Nous voulons montrer que les footballeurs sont engagés et que pleins de choses sont faites de leur part. La diffusion de contenus positifs via une plateforme multimédia (mise en place à l’automne 2018 et accessible par tous) va permettre de rétablir une image beaucoup plus positive car elle est aujourd’hui dégradée. Le bien que les footballeurs font autour d’eux doit avoir un impact sur la société d’une manière générale et la création de ce mouvement va permettre à tout le monde de se rendre compte de ce qu’ils font. Nous voulons aussi aider les joueurs à trouver des causes, des actions et un engagement qui va leur correspondre.

Quelle est l’origine de ce mouvement ?

Nous avons ressenti un décalage dans la société entre les supporters et les joueurs. Il y a un déficit d’image important. L’idée est d’installer de nouveau le joueur au cœur de cette société pour réduire ce décalage. Le métier de footballeur n’est plus jugé comme exceptionnel, comme il devrait l’être. Les joueurs sont scrutés en tant qu’hommes autant que joueurs. Nous souhaitons aussi rétablir une vérité puisque lorsqu’on a entre vingt et trente ans et que l’on gagne énormément d’argent, il est aussi normal de vouloir un bon niveau de vie. Nous ne nions pas ça. Nous voulons juste démontrer que ce n’est pas le plus important et que ça n’empêche pas de s’engager afin de rendre à un maximum de monde ce que le football peut apporter. Nous avons donc lancé cette initiative et il y a eu un beau rassemblement autour de nous, beaucoup de joueurs nous ont soutenu.

Les footballeurs professionnels n’ont pas une bonne image aux yeux du grand public ?
Ce qui ressort aujourd’hui, c’est le côté superficiel du métier de footballeur. On a envie de remettre en lumière toutes les valeurs qui se rattachent à ce sport comme le travail, la solidarité ou encore l’esprit d’équipe. A l’heure où les joueurs sont catalogués comme individualistes et égoïstes, notre but est de montrer que ce n’est pas le cas mais au contraire, qu’ils sont très motivés pour venir en aide. Lorsque le grand public verra ce que font les footballeurs en dehors du terrain, il y aura forcément une réhabilitation de l’image mais aussi du métier.

D’ici combien de temps espérez-vous changer cette image ?

Nous nous sommes fixés un délai de cinq ans. Nous allons faire un baromètre chaque année et nous publierons les chiffres sur un forum. L’idée est de mesurer très sérieusement et nous espérons basculer sur une majorité plutôt positive d’ici la fin de ce délai. Positive Football va être totalement mis en place d’ici la rentrée de septembre. C’est relativement récent comme mouvement mais nous comptons sur l’aide de tous pour réussir à mettre en valeur ces contenus positifs.

Comment comptez-vous aider les footballeurs pour trouver la cause qui leur correspond ?

Nous avons recruté quatre anciens joueurs : David Ducourtioux, Franck Signorino, Malik Couturier et Matheus Vivian qui vont être nos délégués à l’engagement sociétal. Ils ont été formés pendant un an pour conseiller les joueurs et les guider du mieux possible dans leur démarche. Ces néo-retraités vont aller auprès des footballeurs pour les accompagner et leur proposer des actions faites pour eux. Nous sommes en train de bâtir un catalogue d’associations qui permettra aux joueurs de faire le bon choix. Nous sommes conscients qu’il y aura de la demande et il faudra être capable d’y répondre avec du sur-mesure.

MEUNIER POSITIVE FOOTBALL

La demande des footballeurs est-elle si élevée que ça ?

Les joueurs nous attendent sur ce terrain-là. Il y a le rectangle vert mais aussi tout ce qu’il se passe autour. Aujourd’hui, entre 20 et 25% des footballeurs professionnels en France sont engagés dans une cause. Sur ceux qui ne le sont pas, plus de la moitié veulent faire quelque chose et nous attendent pour ça. Ils souhaitent que l’UNFP les accompagne sur des projets pour leur fournir des idées et voir sur quelles dimensions ils peuvent s’engager.

Pouvez-vous nous donner des exemples de joueurs qui sont à vos côtés dans ce mouvement ?

Nous étions à Clairefontaine la semaine dernière pour évoquer Positive Football avec les joueurs de l’équipe de France. Lorsqu’ils voient l’évolution et le rôle qu’ils vont pouvoir jouer, ils ont été très réceptifs et très motivés. La plupart des joueurs veulent faire des choses avec nous. Trois internationaux sont déjà passés par la phase de concrétisation puisque Blaise Matuidi, Florian Thauvin et Olivier Giroud font de belles actions par notre intermédiaire. Corentin Tolisso est lui vraiment intéressé par notre projet et nous allons bientôt nous associer à Kylian Mbappé. Au sein du championnat de France, 600 joueurs ont déjà signé en notre faveur en seulement quinze jours. C’est la moitié des footballeurs professionnels présents. D’ici la rentrée, nous allons refaire un tour des clubs pour recueillir de nouveaux retours positifs.

SK EDF

Par ce mouvement, l’un de vos buts est-il d’augmenter l’attraction pour le football en France ?

Bien sûr. Lorsqu’on respectera plus le métier de footballeur et les joueurs, que l’image sera plus positive, les gens auront plus envie de s’y intéresser. Le climat sain permettra d’amener d’avantages de téléspectateurs et de spectateurs dans les stades. C’est pour ça que notre mouvement est universel et il va contribuer à augmenter l’attractivité de ce sport car le principal levier pour en améliorer l’image, ce sont les joueurs.

N’avez-vous pas peur de mettre en avant seulement les bons côtés du football ?

Pas du tout. La presse et les hommes politiques sont là pour relayer les dérapages et il est normal que ça se sache. Tout est tellement médiatisé et public qu’on ne pourra pas empêcher cela. Puis l’enjeu n’est pas de cacher ça, on ne pourra pas et il ne le faut pas. Pour ceux qui font des bêtises, l’objectif est de les emmener vers des choses positives et de limiter les risques de dérapage. Il faut avant tout dire la vérité. Il y aura forcément des dérapages, le moins possible, mais il faut surtout mettre en avant et montrer ce qui est fait de bien. »

Recueilli par Lucas Bertolotto pour football365.fr

http://www.football365.fr/unfp-sylvain-kastendeuch-retablir-image-positive-footballeurs-exclu3635-7546996.html

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