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UNFP : FIFPRO

Didier Drogba : « Le foot se lève à l'Est… »

Publié le 11 septembre 2012 à 18h30

Dimanche 9 septembre au matin. Abidjan se réveille, la tête lourde et le cœur léger, au lendemain du succès des Eléphants sur le Sénégal (4-2). La route de la CAN 2013 se dégage pour les finalistes malheureux de la dernière édition et leur capitaine, Didier Drogba. Lui avoue « avoir peu et plutôt mal dormi ». La conversation s'engage autour d'un café salvateur et de quelques viennoiseries…

« Fatigué…

J'ai eu du mal à trouver le sommeil.

 

Vous avez fêté la victoire, comme tout le peuple ivoirien…

J'ai, comme j'aime à le faire, profité d'être de retour au pays pour rendre visite à quelques amis.  J'ai peu et mal dormi. Pour le reste, ce n'est pas un succès, mais  la qualification qu'il faut espérer fêter après le match retour à Dakar, dans un mois. Nous avons fait un pas, un grand pas, mais un pas seulement. Le potentiel offensif des Sénégalais est énorme, il faut mieux se montrer humble et prudent.

 

Le potentiel offensif des Eléphants n'est pas mal non plus...

(Il sourit.) A tous les niveaux ou presque, cette rencontre a participé à donner une excellente image du football africain.

 

Côte d'Ivoire et Sénégal font partie du gotha…

Les autres matches aller et les surprises enregistrées ça et là (la défaite du Cameroun au Cap Vert, celle du Maroc en Mozambique, etc., Ndlr) en sont également la preuve : c'est tout notre continent qui avance, ce sont beaucoup de pays qui progressent…

 

Et ce n'est  évidemment pas pour vous déplaire…

Bien au contraire, même. Mais il reste tant de choses à faire, tant de matches à gagner, ici en Afrique. Et pas uniquement  sur le terrain !

 

D'où votre engagement au sein de l'Association des Footballeurs Ivoiriens, dont vous avez été l'un des membres fondateurs en juin 2009 (1).

Nous sommes un certain nombre, oui, à vouloir que cela évolue dans le bon sens pour nos frères restés au pays. Mais l'AFI, c'est déjà de l'histoire ancienne…

 

 

C'est-à-dire ?

C'est une affaire qui roule, c'est une association en ordre de marche, autour de Cyrille Domoraud, qui portait le brassard de capitaine de la sélection avant moi. Je sais les progrès constants et les avancées effectués pour la défense des droits et des intérêts des footballeurs professionnels, qui jouent ici, en Côte d'Ivoire. Et si je n'ai pas encore eu le temps, eu la chance plutôt, de me rendre dans les bureaux de l'association, à Abidjan, Kolo (Touré, Ndlr) m'a raconté sa visite, et nous avons, durant le stage qui a précédé notre face à face avec le Sénégal, pu échanger sur ce sujet qui nous tient particulièrement à cœur. Mais, comme sur le terrain, les premières victoires, si elles sont source de motivation, ne sont qu'un début. Il faut là aussi continuer le combat, confirmer. Il y a tant d'autres victoires à remporter…

 

Vous vous tenez également régulièrement au courant des travaux de la Division Afrique de la FIFPro…

(Il coupe.)… D'autant plus que j'en suis le président d'honneur, et que je prends mon rôle très au sérieux. C'est l'Afrique tout entière qui doit aller de l'avant. Ce n'est pas parce que je joue désormais en Chine, que je vais mettre un terme à mes engagements pour mon pays, pour notre continent.

 

La Chine, c'est une…

(Il coupe à nouveau.)… Une nouvelle aventure, faite de découvertes. J'apprends tous les jours. Nous ne sommes pas les premiers joueurs étrangers à tenter l'aventure, mais nous pouvons néanmoins nous considérer aujourd'hui comme des pionniers. L'évolution, que ce soit dans l'approche, dans les structures, dans les moyens, dans le recrutement, est considérable. Le football chinois d'aujourd'hui est sans commune mesure avec celui que d'autres ont dû découvrir, il y a une dizaine d'années. La société chinoise est en perpétuel mouvement, le football suit. Comme partout ailleurs dans le monde !

 

La passion pour le football y est réelle ?

Il n'y a rien de virtuel. Les stades sont pleins, les clubs structurés. Maintenant, il faut que les Chinois acquièrent la culture du football, et tout le monde sait que ça ne se fait pas en un jour. Aujourd'hui dans l'Empire du Milieu, certains pensent qu'il suffit de placer onze joueurs sur le terrain pour remporter l'affaire. C'est à nous, joueurs et techniciens étrangers, à leur inculquer ce qu'est le football professionnel, ce qu'il réclame comme investissement, pas seulement financier. Nous devons  faire partager notre expérience… Le point positif, c'est qu'ils veulent apprendre. Ils sont à l'écoute !

 

 

On parle aussi beaucoup d'argent…

Comme toujours. Beaucoup ont ri quand ils ont su que je m'étais réellement engagé en Chine. Mais la raison n'est pas uniquement financière, même si je suis un footballeur professionnel. Il y a un réel pari sportif dans le pays le plus peuplé de la planète, qui ne demande qu'à s'ouvrir pleinement au football.

 

D'où votre rôle de pionnier…

Je vais vous faire une confidence : j'aimerai, avant de quitter la Chine, remporter la Coupe d'Asie des clubs champions avec le Shanghai Shenhua, mon nouveau club. Je veux laisser une trace de mon passage. Bien sûr, cette Coupe-là n'a pas la renommée de celle que nous avons remportée, il y a quelques mois, avec Chelsea, mais elle l'aura peut-être un jour. Les Asiatiques y travaillent. Et l'idée d'inscrire mon nom au palmarès d'une épreuve reine sur deux continents différents me va parfaitement…

 

Vous oubliez la CAN, ce qui ferait un joli triplé, et un troisième continent…

Je n'oublie jamais ni l'Afrique, ni mon pays. Mais nous avons d'abord, je vous le rappelle, une qualification à obtenir à la mi-octobre à Dakar… »

 

Propos recueillis par Stéphane Saint-Raymond

 

(1)avec Aruna Dindane, Cyrille Domoraud, Kolo Touré et Stéphane Dimy.