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Passée la stupéfaction, c'est désormais la colère qui nous habite : Yoann Huget ne participera pas à la Coupe du monde de rugby pour avoir manqué à son obligation de localisation permanente auprès de l'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD).
Pour le quidam, Yoann Huget est un dopé, alors qu'il a été contrôlé à plusieurs reprises depuis le début de l'année. A chaque fois évidemment, les résultats ont été négatifs. Ces contrôles (après les matches, à l'entraînement, lors des rassemblements de l'équipe de France…) ne sont-ils pas suffisants, qu'il faille également contrôler le sportif à son domicile ?
Pour le quidam, Yoann Huget est un dopé, alors qu'on pourrait lui reprocher d'avoir simplement été négligeant et d'être – surtout –, aujourd'hui, la victime d'un système que les sportifs et leurs représentants élus dénoncent avec la plus grande vigueur – mais dans le vide ! - depuis sa mise en place.
Pour le quidam, Yoann Huget est un dopé, alors qu'il était simplement absent de son domicile – où l'AFLD avait diligenté un contrôle – puisque tout le monde, y compris les responsables de l'AFLD, savait qu'au même moment Yoann était en stage avec l'équipe de France pour préparer, justement, la prochaine Coupe du monde de rugby. Le don d'ubiquité, même chez les sportifs de haut niveau, n'existe pas.
Que contestons-nous ? Les sportifs des sports collectifs membres du groupe cible – l'AFLD n'a pas les moyens de « surveiller » l'ensemble des sportifs professionnels… Ce qui, en soi, n'est déjà pas acceptable, et introduit une différence entre les membres d'une même équipe, d'un même championnat, d'un même sport – doivent informer l'AFLD en permanence de leur emploi du temps, y compris en dehors des heures consacrées aux entrainements et aux compétitions. En dehors, donc, de leur temps de travail.
Les mêmes sportifs doivent également se rendre disponibles une heure par jour pour que puisse être organisé un contrôle. Pour mettre toutes les chances de leur côté, et compte tenu de leur emploi du temps professionnel ou personnel, les sportifs concernés ont pris l'habitude de donner un lieu – leur domicile – et une heure matinale – à partir de 6 heures – à l'ALFD.
On passera sur les méthodes employées, l'image renvoyée à la famille – aux enfants surtout – et au voisinage, lorsque l'AFLD frappe à la porte dès potron-minet.
Face au caractère liberticide de ce système et à sa mise en scène à mi-chemin entre la série policière et le reportage « vérité », les sportifs et leurs représentants élus ont immédiatement réagi en précisant: 1- Que les sportifs « collectifs » sont facilement localisables durant les onze mois de l'année consacrés à la compétition : terrain d'entraînement, club, match; 2- Qu'ils ne sont pas dépositaires de leur emploi du temps, puisqu'il est dicté par leur employeur, et qu'il appartient donc de faire porter la responsabilité de la localisation au club et non à l'individu (voire à la fédération, lorsque le joueur est en sélection); 3- Qu'ils sont favorables à la lutte contre le dopage, aux contrôles inopinés dans le cadre de l'exercice de leur profession et au passeport biologique, sans pour autant accepter tout et n'importe quoi, sur la foi de rapport d'experts, qui ne tiennent jamais compte de l'avis des acteurs, coupables sans même avoir été jugés…
Et les faits nous ont donné raison ! Car il est sérieusement permis de douter de l'efficacité des contrôles effectués en dehors des temps de compétitions ou d'entraînement… En effet, sur les 9 pays - dont la France - qui ont adopté ce dispositif, il apparaît que sur 13 738 contrôles en compétition, 292 se sont avérés positifs, et que sur 17 166 contrôles hors compétitions, 28 cas positifs (0,0016%) ont été relevés, essentiellement dans le cadre de sports individuels et, pour plus de la moitié, pour prise de cannabis.

Que d'efforts consentis et d'argent dépensés pour presque rien ! Que de scènes traumatisantes vécues par les sportifs et leur famille pour rien !
Puisqu'il s'agit de l'équité des compétitions et de notre santé, nous, les sportifs professionnels – combien de fois faudra-t-il que nous le répétions avant d'être écoutés, puis entendus ? – sommes favorables à une amélioration de la lutte contre le dopage, à une augmentation des contrôles dans le cadre de notre activité professionnelle, à la mise en place d'un passeport biologique, à un effort accru en matière de prévention pour prévenir les conduites dopantes, etc.
Nous sommes, comme nous l'avons toujours été, décidés et prêts à nous asseoir avec l'AFLD autour d'une table pour trouver des solutions.
Mais c'est avec la même force et la même conviction que nous dénonçons la suspension de Yoann Huget. Peut-on condamner un sportif, le priver du plus bel événement de sa carrière pour une simple négligence ?
Yoann Huget n'est pas coupable. C'est la victime d'un système qui a oublié que, derrière chaque sportif, se cache un homme.
Qui sera le prochain ? Un basketteur, un footballeur, un handballeur, un autre rugbyman ?
Nous sommes tous des Yoann Huget. Tous !
L'UNFP