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David Beckham est-il une vraie star pour les Américains ?
C'en est une, c'est certain, sur et en dehors d'un terrain de football. Mais c'est surtout quelqu'un qui va nous aider à gagner des matches. Et c'est bien cela le plus important…
C'est-à-dire ?
Nous avons fait signer un joueur qui peut, qui va, qui doit nous aider à être champions. Et nous avons fait signer un joueur à l'image si fortement marquée dans le grand public que nous espérons bien en tirer profit. Mais cela ne pourra fonctionner que si David joue bien, que si l'équipe joue bien et que si elle gagne... avec Beckham !
Sérieusement, les Américains le connaissaient-ils pour autre chose que pour être le mari d'une ancienne Spice Girl ?
Au regard de la marque « David Beckham » et de son statut d'icône mondiale, les gens savent que c'est un footballeur. Ici, ils ne savent pas nécessairement quelle est sa place sur le terrain, mais ils le connaissent. D'accord, il en reste, y compris parmi ceux qui viendront le voir jouer, qui ne savent pas grand-chose de lui. Ils ne seront attirés que par l'événement, mais cela ne me dérange pas. Au contraire, même… Ce sera, pour eux, l'occasion de découvrir notre équipe et notre sport. Beckham jouera alors pleinement son rôle…
A-t-il une chance de devenir une star aux Etats-Unis comme peut l'être un basketteur, un joueur de baseball ou de football américain ?
Mais c'est déjà une star aux Etats-Unis ! Une star différente, bien sûr, compte tenu de la place qu'occupe aujourd'hui le football chez nous. David va nous aider à faire évoluer les choses. Son impact sera incroyablement positif !
Peut-il conquérir L.A., comme Kobe Bryant, Shaquille O'Neil ou Wayne Gretzky ?
S'il gagne, oui. Que ce soit Kobe et Shaq avec les Lakers ou Wayne avec les Kings, ils ont offert des titres à Los Angeles. A Los Angeles, comme dans d'autres grandes villes, les gens veulent du spectacle, mais ils veulent surtout voir leur équipe gagner. Qu'importe alors le sport…
Pourquoi le soccer a-t-il autant de mal aux Etats-Unis, treize ans après la World Cup ?
Les gens voudraient qu'on ait immédiatement une autre culture. Et ça ne se passe pas comme ça. Il faut comprendre que, depuis la World Cup 1994, nous avons créé notre Ligue professionnelle – la Major League Soccer, Ndlr -, nous avons des Américains qui jouent ici, aux Etats-Unis, et d'autres un peu partout sur la planète. Notre équipe nationale s'est qualifiée pour les cinq dernières Coupes du monde et je ne vois pas très bien ce que l'on peut nous reprocher.
Si vous nous compariez à d'autres sports, vous verriez que personne ne peut se vanter d'une si belle et si constante progression. Si nous étions un business… (Il lève les yeux et me regarde, Ndlr)… Bon, nous sommes un business, mais si nous étions un business spécialisé dans la vente d'aspirateurs, par exemple, les gens diraient : « Bon sang, ce qu'ils ont fait est incroyable ! »
Pourquoi a-t-on alors cette impression de stagnation ? Les autres sports laissent-ils suffisamment de place au soccer pour gagner le coeur des fans, ou susciter un réel intérêt dans les médias et auprès des sponsors ?
Le soccer peut avoir une place, sa place, dans la société américaine, dans la culture sportive américaine… Il peut même devenir le sport numéro un aux Etats-Unis, sans que l'on ait besoin d'y changer quoi que ce soit pour le rendre plus américain ou plus je-ne-saisquoi. Ce sport transcende les cultures. C'est un « beautiful game ».
C'en est un en France, et c'en est un ici et n'importe où ailleurs sur cette terre !
Avec Beckham, la MLS ne commet-elle pas les mêmes erreurs que la ligue des années 70, qui avait fait faillite, au propre comme au figuré ?
Le risque existe, mais je ne crois vraiment pas que l'histoire soit en train de se répéter, comme je ne crois pas que les résultats puissent être aussi négatifs qu'ils l'ont été à cette époque.
« Nous avons fait signer un joueur qui peut, qui va, qui doit nous aider à être champions... »
Pourquoi ?
Nous vivons une époque bien différente. La plupart de nos joueurs ont été formés, ici, aux Etats-Unis, ils sont Américains. Nous avons des stades réservés au football, nous avons des contrats télé, etc. Cela n'a plus rien à voir avec les années 70. Au lancement de la MLS, nous étions très conscients des erreurs commises par le passé et nous avons cherché à ne pas les renouveler.
Le soccer a-t-il besoin de Beckham pour véritablement se développer ?
Mais qui n'aurait pas besoin d'un gars comme lui ? Sa venue est un moment magique et nous avons besoin de moments comme celui-ci. Ce fut le cas avec la Coupe du monde. Nous nous en sommes servis pour fonder notre ligue. Servons-nous de la venue de David comme d'un tremplin pour accéder au prochain niveau. Avec un peu de chance, il sera avec nous pour cinq ans. C'est peu de temps en vérité, mais nous pouvons en profiter pour devenir plus forts, plus solides et plus crédibles…
Vous parlez du soccer ou du Galaxy…
Mon job, c'est de faire en sorte qu'un jeune qui se réveille à Marseille et qui pense au soccer pense, en premier lieu, au Galaxy. Je parle donc du Galaxy et du soccer.
Beckham est-il un pari ou un risque calculé ?
Un risque calculé, sans hésiter. Nous couvrons nos paris, comme l'on dit. Mais nous sommes conscients des risques : il pourrait sortir d'ici et être percuté par un bus, que Dieu m'en garde, ou tout simplement mal jouer. Mais nous pensons avoir suffisamment étudié la question pour être persuadés d'en ressortir plus forts et plus riches pendant de longues années. Même après le départ de Beckham.
Etes-vous conscient qu'en Europe les gens ne parlent que de l'argent impliqué dans ce transfert ?
Je sais que les Européens ignorent ce que nous faisons ici. Pour être tout à fait honnête, c'est plus de l'arrogance que de la méconnaissance. « Comment peut-il aller aux Etats-Unis, dans un pays qui ne connaît rien au football ? » Ce sont des foutaises. Si David était allé jouer en France, personne n'aurait rien dit, mais parce qu'il vient aux Etats-Unis, on raconte tout et n'importe quoi. David Beckham a 32 ans, il est aussi bon que n'importe quel joueur sur terre et il vient chez nous alors qu'il est au summum de sa carrière. Or quand on parle de Beckham, on doit toujours parler d'argent. Je peux le comprendre, mais trop, c'est trop !
Avez-vous tenté d'engager Zidane, Ronaldo ou Figo ?
Je ne peux pas vous donner de noms, mais nous avons, il est vrai, examiné diverses pistes. Quand celle de Beckham s'est présentée, et c'est arrivé très tôt dans nos recherches, nous avons tout de suite compris que, sportivement et économiquement, nous tenions la solution idéale. Il n'y a qu'un seul David Beckham !