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Samir Nasri

Le Petit Prince a dit…

Témoignage

C'est l'un des joyaux de la formation française. A 20 ans, tout lui sourit, tout lui réussit. Mais, au-delà de ce qu'il réalise sous le maillot de l'OM ou de l'équipe de France, le Petit Prince est un jeune homme bien dans sa peau, qui parle juste, sans jamais avoir besoin d'en rajouter. Ses parents l'ont voulu ainsi, s'exprimant avec un égal bonheur sur tous les terrains. Alors, ne boudons pas notre plaisir à l'écouter parler de lui-même avec circonspection, et de la formation en France avec discernement. Sortez vos cahiers, prenez vos crayons, notez…

1 – Samir Nasri


A – Généralités

« J'ai toujours rêvé d'être un jour footballeur professionnel, mais je n'ai pas le sentiment d'avoir réalisé quelque chose de spécial pour en arriver là. Je sais simplement que j'ai mis tous les atouts de mon côté : j'ai toujours voulu travailler plus que les autres, j'ai toujours voulu être en avance. Pour ce qui est de l'accélération que ma carrière a connue, ces dernières années, j'ai la certitude que tout est parti du titre de champion d'Europe des moins de 17 ans. C'est à ce moment-là que tout le monde a pris conscience, moi y compris, que je pouvais être professionnel. Ce qui ne veut pas dire que je n'étais pas, auparavant, considéré à l'intérieur de mon club, mais le processus a, du jour au lendemain, été modifié. La section professionnelle de l'OM s'est penchée sur mon cas le jour où j'ai été champion d'Europe… »

B – La chance d'être Marseillais…

« On me dit souvent que je suis un privilégié… Je le sais, comme je sais que le fait d'avoir été repéré à 9 ans, et d'avoir ainsi tout de suite pu intégrer l'OM, a forcément accéléré ma progression. On ne peut pas dire, pour autant, que j'étais prédestiné… Non, je préfère penser que j'ai eu de la chance. A la JS des Pennes-Mirabeau, mon premier club, il a fallu que le fils de mon deuxième entraîneur joue à Marseille. C'est grâce à lui si je me suis retrouvé à l'OM, sans l'avoir prévu, voulu. Ça a été un concours de circonstances, plus qu'une volonté délibérée, affichée. »

C – Une famille en or

« Il ne faut pas croire que devenir professionnel, c'est juste une question de travail, de talent ou de volonté. Laissons le talent de côté, je n'ai pas cette prétention-là. Disons que, moi, j'avais envie, j'avais cette volonté de réussir, de me retrouver au milieu des pros que je voyais s'entraîner tous les matins. J'ai tout fait pour y arriver : j'étais discipliné, j'ai beaucoup travaillé, écouté, observé. La différence entre ceux qui passent pros et ceux qui restent à quai, c'est au niveau du mental. Il ne faut pas se croire arrivé avec un contrat aspirant ou stagiaire en poche. Ce n'est pas la fin de l'histoire, ce n'est même pas encore le début, c'est l'heure de l'apprentissage. Certains le comprennent, l'acceptent. D'autres pas. Passer pro, c'est une histoire de sacrifices. Je ne suis pas le premier à le dire. C'est deux ou trois ans… Ce n'est pas grand-chose dans une vie, surtout lorsque vous savez ce qui peut s'offrir à vous une fois le but atteint. En pleine adolescence, il ne faut pas croire que c'est facile de dire non aux copains, de ne pas aller voir sa copine, de rester concentré sur un même objectif, sans avoir la certitude de l'atteindre un jour. Mais c'est le prix à payer !

Et puis, mais c'est enfoncer une porte ouverte, il faut être bien entouré dès le plus jeune âge. Ma mère ne me lâchait pas. ‘‘Si tu ne travailles pas bien à l'école, tu seras privé de foot.'' Avec une telle carotte, j'étais obligé de bosser. Lorsque j'ai intégré le centre de formation, il y a certains matins où j'aurais volontiers dribblé l'école, troqué mon cartable contre un ballon, mais je ne me suis jamais décidé à prendre un tel risque. J'avais trop peur de rater le match du samedi suivant. Aujourd'hui, j'en souris, mais je sais au plus profond de moi quelle place mes parents ont tenue dans l'aventure qui est la mienne. Je ne les remercierai jamais assez ! »

D – Avoir 20 ans, être pro…

« Pour en avoir discuté avec quelques anciens, je pense qu'il est bien plus difficile, aujourd'hui, de passer professionnel quand on est un jeune footballeur français. Les candidats sont légion et les élus peu nombreux.

Depuis que je suis pro, je ressens les changements au quotidien, notamment au niveau des sollicitations qu'il faut gérer car elles sont de plus en plus nombreuses. Sinon, je continue à mener ma vie comme tous les garçons de mon âge, à cette différence près que j'ai la certitude de faire le plus beau métier du monde…

Je préfère parler d'aventure, plutôt que de réussite comme on me le dit parfois quand on évoque mon parcours. Dans quelques années, on verra si on pourra mettre ma réussite en avant. Ma carrière professionnelle ne fait que commencer… »

E – Confirmer rime avec étranger…

« Il y a quelques mois encore, j'avais, à raison, le sentiment d'être trop jeune, trop tendre pour tenter l'aventure à l'étranger. Aujourd'hui, je pense que je suis suffisamment armé, mais j'ai la certitude que c'est trop tôt. Il vaut mieux que je confirme ce que j'ai fait lors de la saison passée, qui a été plutôt riche. Partir ne serait pas opportun, d'autant que le temps ne m'est pas compté. »

F – Des buts à atteindre

« Il faut que je travaille mon jeu de tête, que je continue d'améliorer mon replacement défensif et, plus que tout autre chose – le plus tôt sera le mieux ! –, je me dois d'être beaucoup plus adroit devant le but. Quand on occupe le poste qui est le mien, il faut marquer régulièrement. J'ai vraiment de gros progrès à effectuer en la matière.

Je me précipite trop au moment du geste final et je manque d'adresse aussi. Dans les mois à venir, je sais donc déjà qu'il va me falloir travailler devant le but une fois l'entraînement terminé. Il n'y a que le travail qui paye. »


2 – La formation


A – Généralités

« Avec l'Espagne, la France est le pays qui forme le plus de joueurs et qui dispose du vivier le plus important et le plus performant. Il me semble que nos clubs l'ont compris et l'on voit de plus en plus de jeunes dans les effectifs professionnels. La tendance se confirme saison après saison, d'autant que les novices s'imposent partout où on leur fait confiance… Si, à l'évidence, la génération actuelle est bonne, j'ai l'impression que les clubs français sont également mieux structurés. Ils possèdent d'excellents éducateurs et des installations qui, en quelques années, sont devenues réellement performantes. En offrant aux plus jeunes les meilleures conditions de travail possibles, les résultats n'ont pas traîné. »

B – A Marseille, on forme aussi…

« L'OM n'est pas considéré comme étant un club formateur… Alors, disons qu'avec moi et quelques autres, le travail des formateurs de l'OM est mis en valeur. J'ai joué près de 100 matches en Ligue 1 et je viens tout juste d'avoir 20 ans. Ce qui signifie que même les clubs qui sont censés ne pas mener des politiques de formation ont fait confiance aux jeunes. Lyon a agi de même avec Benzema et Ben Arfa, notamment. Les portes ne sont pas fermées. Partout, la mentalité a évolué. »

C – Les clubs ont compris…

« Il serait malhonnête de ne pas reconnaître que le départ à l'étranger d'un grand nombre de joueurs français a facilité notre intégration dans les effectifs pros. Les clubs ont simplement compris qu'à niveau de performance égal, il valait mieux lancer un jeune dans le grand bain, lui laisser le temps d'acquérir l'expérience nécessaire : pour eux, c'est tout bénéfice. Si je prends l'exemple de ma génération, avoir été champions d'Europe des moins de 17 ans a, comme je l'ai déjà dit, accéléré le processus.

On nous a vite fait signer pros, on nous a fait confiance et pas seulement, j'ose l'espérer, parce que nous aurions pu partir à l'étranger. Nos éducateurs nous ont, tout de suite, considérés comme les membres d'un effectif professionnel et pas comme des gamins simplement plus talentueux que d'autres. »

D – Discipline et disciple

« La formation m'a apporté la discipline collective. Moi, j'étais un joueur de quartier, un petit dribbleur comme il y en a beaucoup. Sans jamais chercher à me faire perdre mes qualités originelles, la formation m'a permis de les canaliser pour les mettre au service d'un collectif. Je reste un joueur d'instinct, un dribbleur, mais si les moyens restent les mêmes, la finalité, elle, est différente. Il serait prétentieux de penser que j'ai, à vingt ans, fini ma formation. Heureusement, les joueurs d'expérience viennent, aujourd'hui, plus volontiers promulguer leurs conseils aux jeunes qui ne sont plus considérés comme des ennemis en puissance.

Je sais, en ce qui me concerne, que Bixente Lizarazu, lorsqu'il était à l'OM, m'avait pris sous son aile. Il m'a beaucoup parlé, expliqué, conseillé. Cela m'a énormément aidé ! Ce serait tellement bien si les grands joueurs français revenaient en force dans notre championnat pour renforcer l'intérêt de la Ligue 1 et pour servir de modèles aux jeunes que nous sommes. »

E – Changer la réglementation…

« Il me semble que la réglementation en vigueur devrait être revue. A l'heure actuelle, on interdit à un jeune en fin de contrat avec son club formateur et qui n'a pas trouvé d'accord avec celui-ci, de signer en France pendant trois ans. Du coup, les jeunes se tournent vers l'étranger. Prenons les dispositions nécessaires pour que nos jeunes joueurs restent en France, plutôt que de les encourager à partir.

S'expatrier à 17 ans, c'est difficile à assumer et cela doit rester exceptionnel. Bien sûr, certains ont réussi, mais il faut aménager cette règle pour inciter nos jeunes à signer dans un club français. Ce serait tellement mieux pour tout le monde. »

F – Changer les habitudes…

« Sur le fond, il n'y a pas grand-chose à changer dans la formation française, juste quelques détails à améliorer, qui n'empêchent nullement l'épanouissement du joueur. C'est plutôt le regard des recruteurs qui devrait évoluer. Il n'est pas logique qu'un club professionnel passe à côté des talents qui grandissent juste à sa porte. Il n'est pas normal qu'un jeune de 14 ou 15 ans quitte la cellule familiale pour aller apprendre le métier de footballeur à l'autre bout de la France, simplement parce que le club de sa région est passé à côté de lui. Lorsque j'étais au centre de formation de l'OM, et que je partais le week-end rejoindre ma famille, je me souviens des regards envieux de ceux qui restaient là, de ceux que l'éloignement empêchait de rentrer chez eux… »