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Prince et Trésor, deux frères. Tout simplement.

Prince Oniangue

Moi, je…

C'est l'histoire de deux frères. L'histoire de la maladie. C'est l'histoire de Prince et de Trésor Oniangue. Le premier a sauvé la vie du second. Témoignage.

Je m'appelle Prince Oniangue. Mon frère se prénomme Trésor. Il est né en 1985, il a trois ans de plus que moi. Il était atteint de la drépanositose, une maladie génétique. Elle se manifeste par de violentes crises qui frappent, selon les individus, à différents endroits du corps. Pour Trésor, c'était le dos. Il était totalement bloqué, il fallait l'emmener à l'hôpital où il avait, depuis toujours, multiplié les séjours. Pour quelques jours seulement, parfois pour plusieurs semaines.

C'était très difficile à vivre pour lui. Toute la famille était en alerte, guettant la prochaine crise. Cela le faisait énormément souffrir et l'empêchait d'avoir une vie professionnelle et sociale normale. Nous savions également qu'il pouvait décéder à tout moment lors d'une de ces crises. Il a d'ailleurs frôlé la mort au moins une fois. Son taux de globules rouges était descendu tellement bas, ce jour-là… Heureusement, nous sommes une famille chrétienne, et Dieu a répondu à nos prières ! Vaincre cette maladie, et sous certaines conditions, encore, passe inéluctablement par un don de moelle osseuse avec de belles chances de réussite. Des quatre autres membres de la famille mes parents, ma sœur, Grâce, et moi-même, j'étais le seul à pouvoir faire ce don, n'étant ni atteint par la maladie, ni porteur sain.

Le don, la greffe, on m'en parlait depuis que j'étais enfant. Il fallait juste que j'attende ma majorité. Lorsque j'ai eu mes 18 ans, les choses se sont accélérées. Je ne peux pas dire, même si je savais depuis toujours qu'il me faudrait un jour ou l'autre aider mon grand frère, que je m'y étais préparé. J'ai quitté la cellule familiale, je vis à Rennes, j'ai ma vie de footballeur… Un jour, pourtant, maman m'a dit que le moment était venu. Sur le coup, je n'ai pas pensé à moi, à ma carrière naissante, j'ai foncé. C'était mon frère, c'était notre histoire, notre destin. Après, j'ai posé quelques questions. Est ce que je pourrais rejouer au foot ? Est-ce que ça faisait mal ? Après seulement…

Même responsable de mes actes aux yeux de la loi, il a fallu que j'effectue tout un tas de démarches, que je signe un grand nombre de papiers, histoire que l'on soit sûr que j'agissais de mon propre chef et pas sous la contrainte. Il a fallu ensuite mettre le protocole en place avec l'hôpital Henri-Mondor, à Créteil. Prises de sang régulières, examens, les médecins n'ont eu de cesse de contrôler tout ce qui pouvait être contrôlé jusqu'au jour de la greffe, en septembre 2007. J'ai été hospitalisé deux jours, je crois.

« Le don de moelle osseuse, c'était pour mon frère. C'était notre histoire, notre destin ! »


Lorsque je suis arrivé à Créteil, Trésor était à l'hôpital depuis un mois déjà, à suivre un traitement quotidien pour le préparer à la greffe. Nous ne nous sommes même pas vus avant l'intervention. Le jour J, réveil à 6 heures, douche, la blouse jaune de rigueur, puis direction le bloc. C'est à la porte que ma mère m'a embrassé.

Elle ne pouvait aller plus loin, même si elle aurait tant souhaité accompagner jusqu'au bout ses deux grands enfants. La suite est banale et tient en peu de mots. On m'a posé un masque sur le visage. Et puis… plus rien. Jusqu'au réveil.

J'ai ressenti de fortes douleurs au niveau du dos, là où l'on m'avait prélevé de la moelle. Mais il avait fallu que les médecins en prennent, également, au niveau du sternum… J'avais mal et j'avais du mal à respirer. Je suis rentré à Rennes et j'ai récupéré pendant deux semaines pleines. Puis j'ai commencé à travailler avec les kinés du club et j'ai vite repris le chemin de l'entraînement. Une greffe, ce n'est pas à proprement parler une opération. C'est une ponction, comme une grosse piqûre dont je porte aujourd'hui toujours les marques.

Jusqu'en février, peut-être jusqu'en mars, Trésor est resté à l'hôpital. Et ça n'a pas été facile pour lui. Il a fait plusieurs rechutes, mais heureusement pas de rejet. Et après un énième contrôle, la nouvelle est tombée : « Trésor n'est plus malade. Il n'est plus atteint, ni même porteur sain ». Aujourd'hui, on peut dire que c'est une réussite. Depuis, Trésor a quitté la maison de repos et est retourné à Caen où il a repris une vie normale. Il n'a plus la moindre douleur. En attendant de retrouver du travail, il s'occupe du site Internet qu'il a créé et qui parle de la maladie (www.drepan-hope.com).

Mon frère vit bien et je vis bien. Je n'ai pas la moindre séquelle. Sportivement, je suis revenu à mon meilleur niveau. Avant la greffe, j'avais apprécié les encouragements venus de toutes les personnes qui travaillent au Stade Rennais, et pas seulement les joueurs. C'est important de se sentir soutenu, aidé, dans ces moments-là. Le club a respecté ma décision, a accepté que je m'absente plusieurs semaines. Cela m'a conforté dans mon choix : je suis bien à Rennes et j'y suis heureux.

Mon frère doutait plus que moi. Il craignait pour ma carrière. Je lui répétais que je faisais confiance à Dieu, d'abord, à la médecine, ensuite. Aujourd'hui, je peux le dire, et j'espère que mon expérience sera utile à ceux qui doutent : ça vaut vraiment le coup !

Je ne regrette rien. Bien sûr, j'ai eu peur. Je n'avais jamais été opéré. Un bloc opératoire, c'est impressionnant, mais je sais que cette expérience m'a fortifié, m'a permis aussi de relativiser les choses. Lorsqu'on est jeune, que l'on vient d'intégrer comme moi le groupe pro, on croit à la fin du monde pour un entraînement raté, un match que l'on n'a pas joué. Il arrive même à certains de bouder. Ça m'est arrivé, aussi… mais aujourd'hui, c'est fini, je sais qu'il y aura d'autres entraînements, d'autres matches. Cela ne pèse pas bien lourd face à la souffrance qui est le pain quotidien de tant de personnes malades.

Cette expérience m'a permis de vivre plutôt sereinement la saison passée, alors qu'elle n'a pas été toujours facile. Mes deux premiers matches après la greffe ont été bons, mais je me suis blessé dans la foulée. La cheville. J'étais en dernière année de contrat stagiaire et ça tombait plutôt mal… Mais je n'ai jamais été démoralisé, j'avais envie de me battre et je me suis battu. Je suis revenu, j'ai terminé la saison en trombe. Et la récompense est arrivée, en mai : j'ai signé mon premier contrat pro. Drôle d'année… »