SITE CORPORATE>LA LETTRE/LE MAG>Le mag de l'unfp>2008>SAMUEL ETO'O « L'Afrique est en marche ! »
­
Si Eto'o doit tourner le dos à Barcelone, il affirme que ce sera contraint et forcé.

SAMUEL ETO'O « L'Afrique est en marche ! »

Interview

Rencontre avec l'un des meilleurs joueurs du monde, qui œuvre, avec quelques autres, pour l'Afrique. L'attaquant, syndicaliste convaincu, dresse un portrait sans concession du football africain, mais croit en son devenir parce que les bonnes volontés sont là et que les moyens arrivent.

Yaoundé, Hôtel Castro. Fidèle à sa promesse, alors que tout le Cameroun célèbre les deux buts qu'il vient juste de marquer et qui ont offert la victoire aux Lions Indomptables contre la Tanzanie (2-1), Samuel Eto'o nous donne rendez-vous. « Chambre 308 ! » Sur le lit, où il s'installe, trois portables vibrent en permanence. Il n'y répondra pas, pas plus qu'au téléphone de la chambre qu'il décide finalement de laisser décroché : « Nous avons tout notre temps… », sourit-il. Ça tombe bien, Samuel, l'Africain, a tant de choses à dire, alors que, dans la rue, à quelques mètres de là, les supporters toujours plus nombreux scandent son nom. L'ambiance est à la fête, mais le ton est parfois grave.

Qu'est-ce que ça fait d'être un sauveur ?

Un sauveur, moi ? Non, je ne suis qu'un élément dans un groupe, et mon job, c'est d'aider mes coéquipiers en marquant des buts. C'est ce que j'essaie de faire…

Plutôt bien…

C'est mon job ! Chacun a le sien dans une équipe. On ne gagne jamais seul.

Tout à l'heure, le Cameroun n'attendait que vous…

Les supporters attendaient, espéraient que notre équipe gagne. Il leur importait peu de savoir qui allait leur offrir cette victoire-là contre la Tanzanie, longue et difficile à se dessiner.

Vous y êtes habitué, mais tout le stade a scandé votre nom, toute la ville continue de le faire, et tout le pays est au diapason…

C'est beaucoup de plaisir… Porter le maillot de l'équipe nationale signifie tellement de choses pour nous. Ici, les gens vivent pour le football, à travers lui. Malgré tous les problèmes qu'ils rencontrent au quotidien, ils sont toujours présents, toujours derrière nous.

Nous n'avons pas le droit de les décevoir. Nous devons – c'est une obligation pour ceux qui portent le maillot des Lions – donner le meilleur de nous-mêmes, aller jusqu'au bout de nos forces.

Notre engagement doit être total. C'est le minimum que nous devons à nos supporters, pour qu'ils puissent rentrer chez eux heureux et affronter la dure réalité du quotidien. Aujourd'hui, le Cameroun est en joie, le Cameroun est en fête, parce que nous avons tous bien fait notre boulot.

Vous jouez quasiment tous en Europe. L'attachement des Africains, pas seulement des Camerounais, pour leur équipe nationale est-il en partie dû au déracinement ?

Pour y avoir été confrontés jeunes, pour y être confrontés lorsque nous rentrons chez nous ou, simplement, parce que nous savons l'appréhender, nous connaissons la situation économique, sociale et sanitaire dans nos pays respectifs. Qui pourrait dire qu'il n'y a pas de problèmes ? Le seul élément qui, parfois, apporte un peu de joie dans le coeur des Africains, c'est le football, ce sont nos résultats, et pas seulement ceux que nous obtenons d'ailleurs avec l'équipe nationale. Lorsque le Barça joue, on me dit que le Cameroun retient son souffle, s'arrête. Et lorsque le Barça gagne, lorsque je marque un but pour mon club, les Camerounais sont heureux. Même lorsque nous jouons pour nos clubs, nous jouons pour notre peuple et, au-delà, pour l'Afrique tout entière.

« Il faut arrêter la publicité gratuite offerte aux racistes, mais il faut sanctionner toujours plus sévèrement. Et le faire savoir, alors ! »


Être un marchand de bonheur, ce n'est pas trop lourd à porter ?

Le plus important, dans la vie, c'est de partager avec les autres, Partager, cela décuple le plaisir, c'est irremplaçable.

Ça n'a pas de prix. Ici, en Afrique, que tu sois riche ou pauvre, le plus important, c'est de savoir partager.

C'est plus facile quand on en a les moyens…

Dans ces moments-là, on ne parle pas d'argent. Les gens sont reconnaissants, simplement. Nous savons que nous sommes des privilégiés. Nous sommes footballeurs professionnels, nous évoluons dans les plus grands clubs européens… Quand nous sommes au pays, nous savons qu'autour de nous, il n'y a que la pauvreté. Les réalités de ce pays, je les connais.

Nous les connaissons tous, que nous soyons Camerounais, Ivoiriens, Maliens, Sénégalais…Nous essayons d'apporter ce minimum, pour que nos compatriotes puissent être heureux, pour qu'ils puissent s'évader quelques heures, quelques jours.

Pour qu'ils puissent oublier leur condition, ne plus penser à la maladie de l'un, à la souffrance de l'autre, à la faim qui les accompagne si souvent…Ce n'est pas grand-chose, ça ne résout pas le problème de fond, mais ça les aide à vivre un peu mieux. Nous n'avons pas le droit de les priver de cela. Nous ne cherchons pas à les duper, simplement à leur donner un peu de plaisir. Nous sommes footballeurs, nous nous battons avec nos armes.

Et eux avec les leurs…

Ils ne sont pas riches, mais ils nous donnent tout, beaucoup plus que de l'argent. Ils partagent avec nous. Ils sont comme nos derniers défenseurs, nos premiers attaquants, nos avocats, notre président. C'est en eux que nous puisons notre force !

Qu'est-ce que c'est qu'être une star du football, aujourd'hui ?

Je ne peux pas vous répondre ; je ne me considère nullement comme une star. Je suis dans la peau d'un bonhomme qui a des devoirs. Je dois faire attention à ce que je fais, à ce que je dis. Ce n'est pas la même chose. J'ai des devoirs, oui, par rapport à tous les citoyens de ce pays qui est le mien, et au-delà même.

Vis-à-vis des Africains ?

Des Africains, évidemment, mais encore au-delà. Grâce à mon métier, j'ai un accès direct aux outils de communication. Je joue au foot, je donne du plaisir aux gens, je passe à la télé, les journalistes m'interrogent…

Dois-je pour cela me considérer comme une star, au prétexte que je gagne très bien ma vie ? Je ne le crois pas…En revanche, ce que je sais, c'est que cette responsabilité n'est pas facile à assumer. Je ne suis qu'un homme comme un autre, ordinaire, et il m'arrive, comme les autres, de commettre des erreurs, de faire de mauvais choix.

'important, c'est de savoir le reconnaître, de rectifier le tir quand cela est nécessaire. J'essaie de limiter le risque d'erreur, mais je ne suis pas parfait. Loin de là…

Cette responsabilité-là, vous êtes de plus en plus nombreux en Afrique à la porter. Il n'y a jamais eu autant d'Africains parmi les meilleurs joueurs du monde…

C'est une réalité qui appelle à une prise de conscience plus générale. Il y a toujours eu de très grands joueurs africains, mais il y a encore quelques années de cela, les recruteurs préféraient, sans doute à raison, se tourner vers l'Amérique du Sud, vers le Brésil surtout. Le marché africain, comme l'on dit, n'était pas développé.

La constance des performances de notre football au plus haut niveau international a fait que nous avons réussi à inverser le sens de l'histoire. Aujourd'hui, avec quelques autres, nous luttons pour que cette situation continue, nous voulons montrer au monde le vrai visage du football africain, le vrai visage de l'Afrique. Cette responsabilité-là, elle aussi, j'accepte de l'endosser et je sais que Drogba, Essien, Kanouté ou Adebayor, pour ne citer qu'eux, l'acceptent également. Tout comme l'homme de la rue, le footballeur africain est un citoyen responsable. Aussi responsable que les autres.

En se servant de votre succès, de faux marchands de rêve usent et abusent parfois de la crédulité des jeunes Africains… Les écoles ou académies se multiplient, on en dénombre plusieurs centaines à Douala, Yaoundé, Abidjan. Comment, à votre niveau, pouvez-vous agir pour que cela cesse ?

Il faut agir, sans pour autant tuer le rêve… Alors comment faire ?

D'autant qu'une fois en Europe, les jeunes Africains sont rattrapés par une réalité tout autre que celle qu'on leur avait promise…

Que faire ? En parler, justement. Moi, j'essaie de parler de mon rêve, de mes rêves, dès que je le peux. C'est encore du partage…

C'est en parlant, en expliquant, en se basant sur l'expérience des aînés que l'on évitera les pièges tendus. Les progrès sont palpables, même si les brebis galeuses continuent de nuire à l'Afrique, à sa jeunesse et à son football. Il faut donc continuer, répéter, insister, rappeler qu'on ne trouve pas de clubs en Europe en claquant des doigts, mais qu'il faut y être invité, que cela nécessite une longue formation, beaucoup de travail. Les jeunes doivent comprendre que, sans un engagement ferme, il vaut mieux ne pas tenter l'aventure, continuer à travailler en attendant l'ouverture. Si les choses doivent se faire, elles se feront…

Mieux vaut rester que…

(Il coupe.)… que de partir pour rien, pour vivre une autre misère, au mieux celle des déracinés. Partir pour jouer dans des divisions inférieures, sans contrat de travail. Partir pour vivre, en Europe, et finir par grossir les rangs des sans-papiers. Partir pour connaître ce qu'ils ne voulaient plus vivre en Afrique. Il faut que nos jeunes

comprennent que l'Europe n'attend pas après eux, que nous sommes peut-être quelques-uns à être des exemples, mais que nous sommes, avant tout, des exceptions si l'on regarde le nombre de footballeurs en Afrique et ceux qui sont devenus professionnels en Europe.

Comment les inciter à rester ?

En développant, partout où cela est possible chez nous, de vrais championnats professionnels. Des compétitions sérieuses, bien organisées, qui pourront attirer des sponsors, la télévision, donc de l'argent pour les clubs et pour les joueurs à l'arrivée.

Et pour les recruteurs aussi…

Mais les conditions ne seront plus les mêmes. Les candidats à l'exil auront alors un tout autre bagage. Ils seront demandés et pas demandeurs, c'est toute la différence. Ils auront pris le temps d'agir pour que leur rêve devienne réalité. Ils auront alors les moyens de croire en leur rêve, autrement qu'à travers les bonimenteurs qui n'en veulent qu'à leur argent…. Il ne fait aucun doute que les meilleurs Africains continueront, demain, à évoluer dans les plus grands clubs européens, et c'est aussi une chance pour notre football et ses équipes nationales. Mais la grande majorité des footballeurs qui évoluent, comme on l'a dit, dans les divisions inférieures, seraient certainement beaucoup plus heureux dans leur pays et plus utiles au football de notre continent. (Il s'emporte.) Il faut aller en Europe pour apporter quelque chose et pas avec l'idée de recevoir. J'ai entendu parler de jeunes, totalement perdus, livrés à eux-mêmes parce qu'ils ont cru, justement, qu'il leur suffisait de poser le pied en Europe pour réussir. Moi, je me dis que ces gars-là auraient pu devenir médecins, avocats, instituteurs, maçons ou charpentiers, et qu'ils auraient pu aider leurs frères, leur pays, leur continent.

Quel gâchis ! C'est pourquoi, il nous appartient de continuer le combat, de répéter, inlassablement, que l'Europe, ce n'est pas forcément la terre promise.

Au Cameroun, les avances sont tangibles et la professionnalisation fait son chemin. Les joueurs ont des contrats de travail, ils sont assurés. Ils sont pros.

Pros, si l'on veut… Pros, c'est un mot qui ne pèse pas bien lourd face à la réalité du quotidien. Pros avec un salaire de 15 euros par mois, parfois… Même en Afrique, vous ne pouvez pas faire vivre votre famille avec si peu d'argent. Je sais que l'on parle d'un salaire minimal, mais ce n'est pas en offrant quatre ou cinq fois plus à un joueur que les mentalités évolueront et que l'on ne fabriquera plus, du jour au lendemain, de candidats à l'exil.

Il faut être réaliste et penser aux moyens d'attirer l'argent dans nos compétitions pour que les joueurs puissent en profiter pour vivre convenablement de leur métier. Le football, aujourd'hui, c'est de l'argent, et tout passe par la communication, par la capacité qui sera la nôtre, demain, à « vendre » nos championnats aux télévisions. Dans ce domaine aussi, les choses avancent.

Il faut savoir se montrer patient et prendre les choses dans le bon ordre : commencer par trouver les moyens nécessaires à la professionnalisation et ne plus se proclamer professionnel sans en avoir les moyens. Quand le football africain acceptera de fonctionner ainsi, alors, oui, son avenir se dégagera.

Le Cameroun est crédible, il a fait ses preuves au niveau du foot. Il peut y arriver !

Toutes les initiatives sont bonnes à prendre. Comment jugez-vous celle de la Fifa avec son opération « Gagner en Afrique avec l'Afrique… » ?

L'idée est bonne, séduisante. Mais il faut l'accompagner d'un contrôle strict pour que l'argent soit utilisé à bon escient. J'ai eu la chance d'en discuter avec Sepp Blatter, le président de la Fifa, ou Jérôme Champagne, son conseiller. Je leur ai tenu le même discours : « Si vous voulez nous aider, alors, je vous le demande, suivez l'évolution des dossiers, la réalisation des projets. Il y a tant de misère, chez nous, que l'argent fait vite tourner les têtes. Continuez à donner, puisque les bénéfices de la Coupe du monde vous le permettent, mais il faut que cet argent-là profite au plus grand nombre. »

Et vous avez été entendu ?

(Il sourit.) Je crois, oui. Cela permettra également d'aller vers plus de professionnalisme, mais au niveau de nos dirigeants, cette fois. Qui se demande pourquoi l'Afrique n'a jamais vu un de ses représentants gagner la Coupe du monde ? Personne.

Et pourtant, le talent est là… Il suffirait de presque rien pour combler notre retard. Il suffirait que nos dirigeants comprennent l'importance du repos dans la vie d'un sportif de haut niveau.

Le repos, c'est comme un match ; la diététique, c'est un autre match, tout comme l'hébergement, l'état de la pelouse et les déplacements… Tout ce que vous faites en amont, c'est déjà comme si vous jouiez le match, et il faut être le plus performant possible à chacune des étapes pour gagner la course qui, elle, ne dure que quatre-vingt-dix minutes. Cela, nos dirigeants ne le comprennent pas toujours, et ce n'est pas une question d'argent. Mais de formation, de connaissance.

« En Afrique, il est primordial que les syndicats de joueurs se développent partout où le professionnalisme va se développer ! »


Se former coûte cher…

C'est pourquoi, l'aide de la Fifa va nous servir. Il est prévu de former les dirigeants, et c'est la meilleure chose qui soit pour nos clubs, pour nos fédérations !

Votre expérience des grands clubs professionnels peut être utile.

Si le président Blatter me le demandait, je trouverais le temps de participer activement à toutes les initiatives qui aideront au développement du football africain. Avant d'être camerounais, je me sens africain. Nous sommes quelques-uns, vous l'avez dit, à écrire l'histoire du football africain, mais nous ne resterons pas joueurs toute notre vie. Il faut agir pour qu'une nouvelle génération prenne la relève sans avoir à attendre dix ou quinze ans…

Quand Drogba, Kanouté, Essien ou d'autres parlent, ils ne ramènent pas tout à eux ou à leur pays. Le plus naturellement du monde, ils parlent de l'Afrique, comme vous venez de le faire…

Si vous demandiez aux Européens d'où je viens, beaucoup ne sauraient pas vous répondre. Si vous leur disiez que je suis camerounais, ils ne sauraient pas où situer mon pays. L'opportunité nous est offerte de parler de l'Afrique au plus grand nombre, puisqu'on nous tend un micro. Nous profitons de cette chance pour évoquer la grandeur de notre continent, ses différences, ses richesses, ses hommes et ses femmes, ses enfants surtout, ses problèmes aussi, son avenir et ses changements qui vont dans le sens de l'histoire.

Nous ne vivons plus sur les manguiers ou sur les bananiers, et il n'y a pas que la pauvreté, chez nous, même si elle est réelle, visible, terrible. Il est temps que le monde le sache : notre histoire est en marche !

Voilà une liaison toute trouvée avec le racisme auquel vous avez été personnellement confronté. Gagnerons-nous un jour la guerre contre le racisme et la xénophobie ?

(Il se redresse et articule pour appuyer son propos.) Ah ! oui… Il faut même en être convaincu ! Aujourd'hui, je pense que les médias ont le rôle le plus important à jouer dans la lutte contre le racisme. l faut arrêter de donner trop d'importance aux actes racistes, d'en faire des tonnes, des pages. Si les racistes choisissent d'agir dans le football, c'est justement à cause de la médiatisation de notre sport, et l'on ne fait qu'entrer dans leur jeu et leur offrant ainsi une si belle et si grande tribune qui participe - c'est du mois mon avis - à entretenir le phénomène, voire à créer de nouveaux adeptes. Il n'y a sans doute plus rien à faire avec les adultes, mais a-t-on pensé à l'enfant qui, devant sa télé, assiste à une scène raciste ? Comment reçoit-il le message, qu'en retiendra-t-il ?

Ne sera-t-il pas tenté, inconsciemment, de répéter ce qu'il a vu quelques années plus tard ? Il faut arrêter la publicité gratuite offerte aux racistes, mais il faut sanctionner toujours plus sévèrement.

Et le faire savoir, alors !

« Il faut que nos jeunes comprennent que l'Europe n'attend pas après eux. Nous sommes peut-être quelques-uns à être des exemples, mais nous sommes, avant tout, des exceptions ! »


Sanctionner…

(Il coupe.) Sanctionner, mais sanctionner vraiment. Ce n'est pas en infligeant une amende de quelques centaines d'euros à un club que l'on va résoudre le problème. Il faut être sérieux et frapper fort.

Imaginez-vous parfois un monde, un stade, une vie sans racisme ?

J'y pense tous les jours. Le football peut donner l'exemple. Le football, c'est la fête, c'est le meilleur qui gagne. Si le meilleur est blanc, il doit gagner. S'il est noir, c'est pareil, et tout le monde l'admet. Pour moi, c'est ça le sport, c'est pour ça que je l'aime, que je travaille si durement. Je m'entraîne pour être meilleur que les autres, et je sais que les autres en font autant. C'est tout, et c'est déjà beaucoup. C'est le sport, tout simplement.

La réussite actuelle des footballeurs africains estelle un atout supplémentaire dans la lutte contre le racisme, ou votre présence massive dans les meilleurs clubs européens est-elle un argument de plus dont se nourrissent les racistes ?

Avec ce que nous sommes en train d'accomplir, nous, les Africains, nous montrons notre vrai visage, et cela va bien au-delà du football.
Il n'y a pas si longtemps encore, on ne donnait pas de responsabilités importantes aux Africains, et c'est en train de changer. C'est une étape importante, une avancée réelle, porteuse d'espoirs. Je le répète : l'histoire des Africains est en marche, et pas seulement dans le sport où l'on nous accepte depuis quelque temps déjà.

Nous avons appris, nous avons travaillé et nous prouvons que nous pouvons réussir comme les autres, à condition que l'on nous en donne l'opportunité. C'est comme cela que nous réussirons un jour à vaincre le racisme. Nous sommes vos égaux et, puisque vous ne nous croyez pas, nous allons vous le prouver !

Votre engagement syndical, c'est aussi pour aider l'Afrique…

J'aide ceux qui passent leur temps à aider les autres, et je le fais bien volontiers. D'autant que la FIFPro (le syndicat international), ou l'AFC (le syndicat camerounais) travaillent pour les footballeurs, sans aucune arrière-pensée. Lorsque j'ai été confronté au racisme, les premiers à m'appeler ont été les membres de l'AFC, leur président en tête. Je me suis senti protégé. Et si quelqu'un comme moi, qui joue dans un grand club, se sent protégé, je me dis que les autres footballeurs peuvent et doivent ressentir la même chose. C'est le message que j'essaie de faire passer. Il est important d'adhérer, et je donne de mon temps pour que la famille soit un peu plus grande, un peu plus belle et juste, aussi. Je suis reconnaissant vis-à-vis de l'AFC ou de la FIFPro. Répondre à leurs sollicitations, porter la bonne parole, c'est ma façon de les remercier. Pour ce qu'ils font pour moi et pour tous les autres footballeurs.

J'essaie d'encourager le plus grand nombre à participer au combat. La syndicalisation participe à la professionnalisation  et, en Afrique, il est primordial que les syndicats de joueurs se développent partout où le professionnalisme va se développer. N'attendons pas cinq ans ou dix ans : faisons les choses en parallèle et tout ira beaucoup plus vite, tout sera tellement mieux…