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CÉDRIC KANTÉ
(Panathinaïkos, international malien)
Êtes-vous au courant, président, des conditions déplorables dans lesquelles nos déplacements sont organisés sur le continent africain pour des rencontres qualificatives à la Coupe du monde Fifa ou à la CAN ?
Joseph Sepp Blatter : Je n'étais pas informé, désormais, je le suis ! C'est l'affaire de l'association nationale, qui convoque les joueurs et qui doit le faire dans le respect des règles élémentaires de confort et de sécurité, pour que ces joueurs étoiles, que je pensais choyés, voyagent dans des conditions confortables, au moins décentes si ce n'est confortables… Je ne comprends pas ce que fait le Mali. Ils se déplacent à pied les Maliens ou bien ?
DIDIER DROGBA
(Chelsea FC, international ivoirien)
Tous les footballeurs rêvent de participer à la Coupe du monde. Mais la réalisation de ce rêve doit-elle se faire au détriment de la santé des joueurs, de leur vie en club ? Je me souviens d'une saison où je n'ai eu que sept jours de vacances, et je connais bon nombre de joueurs qui ont été confrontés à ce problème majeur. Cette année, par exemple, les vacances des professionnels africains ont commencé le 20 juin, alors que nos collègues européens, qui disputent les mêmes compétitions de club, étaient au repos depuis deux ou trois semaines. Comment peut-on justifier une telle différence qui nuit à notre santé et dessert nos intérêts ?
J.S.B. : Nous avons essayé d'établir un calendrier international qui préserve le repos des joueurs à travers deux périodes de vacances bien distinctes. Si les clubs les observaient à la lettre, tout le monde serait sur un même pied d'égalité. Mais les clubs n'en font qu'à leur tête et organisent des tournées en Asie, aux Amériques, pour gagner de l'argent, oubliant que les joueurs doivent se reposer. Le calendrier international tient également compte des compétitions organisées par les différentes confédérations, mais il y a, vous pouvez me croire, assez de vacances prévues pour tous les joueurs. Seulement, quand on s'appelle Didier Drogba, c'est autre chose. Des joueurs comme lui sont au four et au moulin au niveau sportif, mais vont encore plus loin avec des contrats publicitaires qui les obligent à se présenter à droite ou à gauche et à grignoter sur leur temps de repos.
ARUNA DINDANE
(RC Lens, international ivoirien)
Il devient crucial de se pencher sur l'organisation de la CAN, car de plus en plus de clubs renoncent, désormais, à employer un footballeur international africain en sachant que, tous les deux ans, il s'absentera plusieurs semaines. Ne peut-on pas envisager une refonte complète de cette compétition qui nous tient tous à coeur, et prévoir une espèce de turn-over pour en limiter les effets néfastes sur la carrière des joueurs ? On pourrait, ainsi, jouer en juin dans les pays au climat tempéré (Maghreb, Égypte, Afrique du Sud, etc.) et maintenir la CAN en début d'année pour les pays soumis à la saison des pluies.
J.S.B. : Bien sûr que l'on pourrait faire cela, mais c'est la confédération africaine qui doit en prendre la responsabilité. Nous l'avons invitée plusieurs fois à se mettre au diapason du calendrier international. Lorsque la CAN se déroule en janvier, les joueurs, qui pour la plupart évoluent en Europe, ont déjà la moitié d'une saison dans les jambes… Ils ont déjà beaucoup donné avant d'arriver à la CAN qui – et c'est logique – est une compétition particulièrement importante pour eux. La CAN terminée, ils retournent dans leur club respectif. Pour une grande majorité, ils enchaînent avec le championnat, les différentes coupes nationales et les compétitions européennes ouvertes aux clubs. Si ces mêmes joueurs terminent leur saison par la Coupe du monde, vous vous rendez bien compte qu'ils y arrivent sur les rotules. Il est impossible qu'un joueur puisse être au meilleur de sa forme à trois périodes aussi distinctes durant une même saison. La CAF devrait réfléchir à ce problème. Pourquoi vouloir maintenir la CAN tous les deux ans ? Parce que la CAF – seule confédération avec l'Océanie à ne pas organiser sa grande compétition continentale tous les quatre ans – veut obliger les fédérations nationales à construire des stades. L'intention est louable. Il faut que les Africains s'adaptent, comme l'ont fait les Sud-Américains avec leur Copa. Ils peuvent également, les années de Coupe du monde, opter pour la CHAN, rservée aux joueurs locaux. Il n'y a rien d'étonnant à voir les différentes équipes africaines qualifiées à la Coupe du monde bien débuter la compétition, puis s'effondrer simplement parce que les joueurs sont fatigués. Il faut en avoir conscience et corriger le tir…
SAMUEL ETO'O
(Inter Milan, international camerounais)
Comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le demander, comment pouvez-vous agir pour suivre l'évolution des dossiers, la réalisation des projets en Afrique ? Il y a tant de misère, chez nous, que l'argent fait vite tourner les têtes. Continuez à donner, puisque les bénéfices de la Coupe du monde vous le permettent, mais faites en sorte, si, comme je le sais, vous voulez vraiment aider notre continent, que cet argent-là profite au plus grand nombre…
J.S.B. : Eto'o a entièrement raison et il dit cela parce que nous en avons déjà discuté ensemble. Il sait que nous avons bien avancé sur la question. Effectivement, en général, avec l'aide au développement, il ne faudrait pas donner de l'argent. Il vaut mieux donner des projets et nous les avons grâce à « Gagner en Afrique avec l'Afrique », le programme conçu par Jérôme Champagne (directeur des Relations Internationales de la Fifa, Ndlr). Lorsqu'il s'agit d'aide, j'aime bien citer Confucius comme je l'avais fait dans le premier dossier sur le développement du football dans le monde que j'ai écrit en 1975 : « Si tu veux aider ton prochain, ne lui apporte pas un poisson, apprends-lui plutôt à pécher. » Si vous donnez un poisson à quelqu'un, il le mangera et c'en sera terminé. En revanche, si vous lui montrez comment l'attraper, ce n'est pas la même chose. Dans le développement du football, c'est pareil. Nous ne donnons plus d'argent dans nos différents programmes d'aide. Il ne faut pas donner, il faut éduquer. Pour ce qui est du contrôle, nous choisissons chaque année vingt fédérations – dix sont tirées au sort, dix sont choisies par la Fifa – et ordonnons un audit. Il est vrai que nous avons découvert des malversations. En Afrique, certes, mais pas seulement. En Europe aussi…
STEPHEN APPIAH
(International ghanéen)
La Fifa soutiendra-t-elle un autre pays africain, comme elle l'a fait pour l'Afrique du Sud, si l'un d'entre eux tente d'organiser une Coupe du monde à l'avenir ?
J.S.B. : Bien sûr ! Il y a déjà de grandes candidatures africaines à l'organisation de la Coupe du monde. Le Maroc, plusieurs fois déjà, et les Marocains ont réellement été tout près de l'emporter, notamment lors de la dernière désignation. Il y a eu une grande candidature, celle de l'Égypte, à un degré moindre la candidature commune entre la Tunisie et la Libye, et je me souviens que le Nigéria s'était présenté aussi. Je n'ai aucun doute sur la capacité du continent africain à organiser un tel événement, une autre Coupe du monde, mais laissons d'abord se dérouler la première.
ROBINHO
(Manchester City, international brésilien)
Les progrès du football africain n'échappent à personne et devraient se poursuivre après la Coupe du monde 2010. Dans quelle mesure la Fifa peut-elle aider le football du continent à continuer à se développer ?
J.S.B. : (Il prend l'accent brésilien.) Robiiiinho… Celui qui a couru, qui court et qui court encore… Il a été bon à la Coupe des confédérations, mais il a beaucoup couru. Et puis, il suce son pouce dès qu'il marque un but. Robiiiinho… En accompagnant la Coupe du monde 2010 avec « Gagner en Afrique avec l'Afrique », un projet de Jérôme Champagne, nous avons tout prévu. Nous aurons donné aux Africains les moyens de se développer, de continuer, mais nous ne pourrons pas agir à leur place. Les différentes fédérations sont désormais suffisamment mûres et autonomes pour mettre les projets en application. Nous l'avons vu avec la Coupe des confédérations : malgré la pression, les organisateurs ont su faire face. Je n'ai donc aucun doute pour l'avenir. Vous pouvez rassurer Robiiiinho, les Africains sont capables de développer non seulement un football de qualité, mais également tout ce qui va autour…
JÉRÉMY TOULALAN
(Olympique lyonnais, international français)
Comment pouvez-vous agir pour que les joueurs aient, demain, encore plus de place, plus de responsabilité au sein de la Fédération internationale ?
J.S.B. : Les joueurs sont les acteurs. Sans eux, il n'y a pas de football. Nous disons que le club est la cellule de base, parce qu'il faut bien s'inscrire quelque part, mais il y a les acteurs. Dès que j'ai été élu président, j'ai voulu en finir avec différentes idées conservatrices au sein de la Fifa, et, notamment, celle qui voulait que nous n'eussions rien à faire avec les joueurs. Nous les voulons, nous voulons leur parler, échanger avec eux, parce qu'ils comptent pour nous… Vous savez, j'ai moi-même été joueur, certes pas au niveau professionnel, mais j'ai joué au plus haut niveau amateur jusqu'à l'âge de 38 ans, juste avant d'entrer à la Fifa. J'étais encore en pleine forme, je pétais le feu. J'étais un avant-centre, qui allait toujours tout droit vers le but. Ceux qui jouaient avec moi savaient pertinemment qu'en me donnant le ballon, il y avait deux possibilités et deux possibilités seulement : soit je marquais, soit je perdais le ballon… Mais jamais je ne l'aurais redonné à quelqu'un d'autre, égoïste comme j'étais. Bon, revenons à la question. Il est logique que la Fifa reconnaisse les joueurs pour ce qu'ils sont, mais encore fallait-il que nous puissions nous appuyer sur une organisation représentative. C'est ce que nous faisons depuis quelques années avec la FIFPro, et d'autant plus depuis que nous avons signé un accord commun, en novembre 2006 à Barcelone. C'était un peu tard, certainement, mais c'est désormais chose faite.Toutefois, il faut que vous sachiez qu'il y aeu des voix contre à la Fifa, jusqu'à l'intérieurmême du comité exécutif. Encore aujourd'hui, d'ailleurs, certains s'opposent à notre volonté commune avec la FIFPro, au prétexte que nous n'avons rien à faire avec les footballeurs. Je suis chaque fois obligé de leur rappeler que la base de notre système repose sur les joueurs, sur les artistes. Je leur répète, que sans eux, il n'y aurait pas de dirigeant et donc pas d'élection possible à la Fifa ou ailleurs… Et puis, moi, j'aime les footballeurs. C'est pourquoi, mieux vaut tard que jamais, je me félicite des excellentes relations que nous avons su créer et entretenir avec eux. Regardez la Chambre de résolution des litiges, cette espèce de t ribunal des prud'hommes, où employeurs et employés peuvent se rencontrer, c'est excellent pour le football. À la Fifa, nous avions oublié les joueurs. Nous avions de la considération pour les entraîneurs, pour les arbitres, mais pas pour eux. Les temps ont changé !
Je ne veux pas dire de mal, mais mon prédécesseur n'avait pas la même vision que moi… Les joueurs, c'étaient les joueurs… Il était différent de moi. Il avait été nageur et joueur de water-polo, pas footballeur !
HERITA ILUNGA
(West Ham, international congolais)
La syndicalisation du football africain se développe bien avec les fédérations qui comptent des anciens footballeurs comme membres de leur comité exécutif. Elle éprouve ailleurs des difficultés. Dès lors, pourquoi ne pas envisager que la Fifa impose la présence de deux ou trois anciens joueurs dans le comité exécutif de chaque fédération (membre de droit avec droit de vote) ?
J.S.B. : Nous ne pouvons pas imposer cela, c'est à chaque fédération de se déterminer, mais ce qu'il dit est très juste : là où il y a des locomotives, le train suit, c'est une évidence. Mais de plus en plus d'anciens footballeurs dirigent des fédérations. Il y a même une confédération qui est dirigée par un ancien joueur (L'UEFA par Michel Platini, Ndlr). En République tchèque, Ivan Hasek a été élu président en juin dernier… Je pourrais citer d'autres exemples comme au Monténégro, en Espagne, en Roumanie, en Pologne, en Moldavie, en Bulgarie… Les joueurs bougent, ils s'organisent et il me faut reconnaître que le signal de départ a été donné par les accords signés avec la FIFPro. C'est excellent ! Je regrette que quelques fédérations campent sur leurs vieilles habitudes en Europe de l'Ouest et en Amérique du Sud, notamment, où la confédération a été créée avant celle de l'Europe. Je sais que les joueurs y ont de la peine à percer…
NUNO GOMES
(Benfica, international portugais)
Sur le plan international, les joueurs sont de plus en plus souvent confrontés au problème du paiement des salaires. Comment justifiez-vous qu'une activité qui gère autant de ressources économiques puisse ne pas payer ses principaux acteurs ?
J.S.B. : Justifier cela, jamais ! C'est une question de discipline, et surtout de respect des clubs envers les contrats qu'ils signent avec les joueurs. Je trouve inacceptable que des footballeurs ne soient pas payés. S'il s'agit du non-respect d'un contrat de travail, la Fifa laisse le droit aux joueurs de s'adresser à un tribunal ordinaire ; c'est d'ailleurs l'un des seuls cas où nous les
laissons agir de la sorte. Mais ils peuvent également venir chez nous, s'ils n'ont pas les outils nécessaires dans leur pays, et demander l'exécution des contrats. Dans tous les cas, peut-être serait-il mieux d'ailleurs de porter ces affaires à la connaissance de la Fifa, via la commission du statut du joueur ou directement devant la Chambre de résolution des litiges. Nous, nous aiderions les joueurs, car cette situation, je le répète, est inacceptable. Nous avons les instruments
qui sont en place, mais encore faut-il que les joueurs nous saisissent…
FRANCK RIBÉRY
(Bayern Munich, international français)
Dans le cadre du respect des décisions de justice sportive, faut-il condamner les clubs (ou leur fédération) qui n'exécutent pas les décisions des Chambres de litiges nationales ? Comment la Fifa peut-elle aider les joueurs pour qu'ils puissent toucher ce qui leur est dû sans avoir à attendre parfois des années ?
J.S.B. : Ribéry ? Il continue avec son club… Vous ne savez pas ? Ah, bon ! Si les décisions de la Chambre de résolution ne sont pas appliquées, le dossier est présenté à la commission de discipline de la Fifa, qui prend généralement la décision de condamner le club qui ne respecte pas la décision prise. Evidemment, le club utilise tous les recours possibles et cela prend du temps. (Il enchaîne.) Nous ne sommes peut-être pas assez durs… Nous devrions instaurer un délai pour le paiement et, à l'expiration, enlever des points au fur et à mesure jusqu'à envisager la relégation… Le seul moyen de faire fléchir les clubs, c'est celui-là. C'est de s'attaquer aux points, car les sanctions financières n'ont pas le même impact et ça ne fonctionne pas. Il se trouvera toujours un mécène pour mettre la main au portemonnaie. Enlever des points, c'est prévu dans nos règlements, seulement nous n'osons pas en arriver là. Mais il faut nous y résoudre, car c'est comme cela que nous forcerons les clubs à payer.
LANDON DONOVAN
(Los Angeles Galaxy, international américain)
Comme vous le savez, le football continue à grandir aux États-Unis. Avec le développement de la MLS, les États-Unis ont réussi à établir une première division professionnelle, et sont cités comme ayant une forte chance d'accueillir la Coupe du monde en 2018 ou en 2022. Comment se fait-il alors que les États-Unis ne soient pas dans l'obligation de suivre les règlements Fifa comme tout autre pays ?
J.S.B. : Mais les États-Unis suivent les lois du jeu… À l'époque de la North american Soccer League, ils avaient ajouté une ligne de hors-jeu de chaque côté du terrain, un peu comme dans le hockey sur glace. Mais maintenant, c'est fini tout ça. C'est pourquoi, je suis étonné par cette question. Vraiment… Aujourd'hui, ils appliquent les lois du jeu et les règlements de la Fifa. Si Landon Donovan a un exemple à me donner, qu'il n'hésite pas et nous ferons immédiatement le nécessaire, surtout que nous tenons la présidence de l'International Board, comme chaque année, avant la Coupe du monde. Dites-lui de venir me voir tout de suite…
ANDREI ARSHAVIN
(Arsenal FC, international russe)
La Fifa améliore et développe sans cesse les règlements sur le statut et les transferts de joueurs. Pour maintenir une uniformité mondiale, les fédérations nationales doivent organiser leurs règlements en fonction de ceux de la Fifa. Mais les fédérations ne s'empressent pas toujours de le faire. Résultat : des joueurs du même championnat, mais de nationalités différentes, n'ont pas toujours les mêmes conditions, notamment les jeunes. De la même façon, la composition de la Chambre de résolution des litiges russe n'est toujours pas conforme aux règlements de la Fifa en vigueur depuis janvier 2008. La Fifa établit-elle des délais maximaux pour la mise en place de Chambres de résolution des litiges selon ses règles ?
J.S.B. : Si, jusqu'à maintenant, la Russie était un peu en dehors de tout, elle est aujourd'hui dans le bon sillon. Il y a maintenant un nouveau président de la Fédération en Russie, Vitaliy Mutko, qui est également le ministre des Sports, et il prend les choses très au sérieux. Concernant la Chambre de résolution des litiges, d'autres fédérations ont eu des problèmes, s'agissant notamment de la nomination de personnalités indépendantes, en prétextant un manque de moyens… C'est la raison pour laquelle nous avons mis des fonds, à la disposition des petites associations, pour que le problème financier lié à la mise en place des chambres nationales n'en soit plus un. Mais pas la Russie ! Elle dispose de grands joueurs, elle obtient de bons résultats au niveau international. (S'adressant à Daniela Leeb, chargée des contacts médias au bureau du Président de la Fifa, Ndlr.) Vous notez cette histoire avec la Russie, je vais suivre le dossier personnellement. Concernant la liberté contractuelle des jeunes joueurs, c'est au plan national que cela se décide. Nous, à la Fifa, nous aimerions que les jeunes joueurs signent leur premier contrat professionnel dans leur club formateur. Un premier contrat de trois ans et, à l'âge de 21 ans, qu'ils soient laissés libres après le versement d'une indemnité de formation… Aujourd'hui, la réglementation n'est pas stricte en la matière ; elle le sera avec
la mise en application du Traité de Lisbonne qui reconnaît la spécificité du sport et de son organisation. Nous pourrons alors intervenir, imposer dans le cadre de ce que nous appelons le 6+5, qui englobe un grand nombre de règlements. Si nous le voulons, c'est pour protéger les joueurs, les jeunes comme les autres. Les seuls à être contre, ce sont les clubs riches. Pas les clubs moins argentés, ni les joueurs évidemment. Et de nombreuses associations nationales, notamment les anciens pays du bloc de l'Est, sont tout à fait d'accord, elles aussi, parce qu'elles ne font que livrer les joueurs, sans rien obtenir en retour. Même la fédération anglaise est d'accord ! En revanche, si vous en discutez avec les représentants de la Premier League, alors là on vous répond que nous allons faire une connerie. Les présidents de clubs, notamment, disent se satisfaire de la situation actuelle. Ils insistent sur le fait
qu'ils attirent beaucoup de monde, qu'ils gagnent beaucoup d'argent et ne comprennent même pas pourquoi nous voulons faire évoluer le système…
MOHAMMED ABOU TREIKA
(Al-Ahly, international égyptien)
Pourquoi ne revoyez-vous pas l'organisation de la Coupe du monde des clubs, en particulier sa première phase ?
J.S.B. : Nous ne pouvons pas organiser cette compétition autrement, sans surcharger un peu plus le calendrier général. Nous avons huit clubs qualifiés et,
si nous organisions une première phase de facture classique, avec deux groupes de quatre et trois matches au programme, la compétition durerait deux semaines, à l'instar de la Coupe des confédérations. C'est la raison pour laquelle nous procédons désormais avec des matches à élimination directe : quarts de finale, demi-finales, finale. »
SERGIO AGÜERO
(Atletico Madrid, international argentin)
Nous connaissons tous l'importance de la télévision dans l'économie du football moderne. Mais ne pourrait-on pas trouver le moyen d'éviter que des rencontres se disputent aux pires moments de la journée, ce qui nuit au spectacle. Les joueurs, écrasés par la chaleur, ne peuvent alors donner le meilleur d'eux-mêmes. La finale des JO de Pékin, en 2008, en est le dernier et triste exemple…
J.S.B. : C'est vrai qu'il faisait chaud, à Pékin ! Il me souvient qu'un autre Argentin, Diego Maradona, s'était élevé contre les matches programmés à midi au Mexique, lors de la Coupe du monde 1986. Mais il faut savoir qu'au Mexique, justement, le football se joue le plus souvent à 12 heures, pour laisser la place, l'après-midi ou en soirée, à la corrida. Chaque pays a ses particularités et nous sommes obligés de composer, même si nous débordons parfois. En 1986, il y a aussi eu des matches dans la journée et en soirée. En Argentine, en 1978, il faisait froid et pluvieux, en Afrique du Sud, l'année prochaine, il fera froid… Sérieusement, nous ne fixons pas l'horaire des matches en fonction de la télévision, d'autant que lors de la première phase, nous devons jouer trois matches par jour si nous voulons rester dans les temps. Alors, il y aura toujours des matches qui se joueront soit dans la chaleur, lorsque la Coupe du monde est organisée l'été, soit dans le froid, lorsque c'est l'hiver… Pour en revenir à la finale des JO, je sais que le stade olympique n'était disponible qu'à 11 heures. La chaleur était terrible. Au bout d'une demi-heure, contrairement aux lois du jeu, nous avons pris la décision d'arrêter le match pour « refroidir » les joueurs… Mais je rappelle à Agüero que jouer à cette heure n'avait strictement aucun rapport avec les télévisions : 11 heures du matin, en Chine, c'était 5 heures du matin en Europe… Ce n'est pas franchement l'heure à laquelle les gens sont devant leur télévision !
MAXI RODRIGUEZ
(Atletico Madrid, international argentin)
Comment la Fifa entend-elle pouvoir résoudre le problème des matches en altitude ?
J.S.B. : (Le débit s'accélère !) Alors, il est bien, l'Argentin ! Alors, là, bravo ! Quand tout le monde en Amérique du Sud a dit « Nous n'irons plus jouer à La Paz ! », la fédération argentine, elle, a dit qu'elle irait disputer des matches dans la capitale bolivienne. Ça, c'est la première chose. La deuxième, c'est que Maradona est allé en hélicoptère à près de 5 000 mètres d'altitude avec Evo Moralès, le président bolivien, jouer au football pour prouver au monde entier que l'on pouvait pratiquer le football à une telle altitude. Ensuite, Maradona est parti, avec l'équipe nationale dont il est le sélectionneur, jouer à La Paz en disant : « Moi, je vais vous montrer que l'on peut jouer là-bas ! » (Il marque
une pause.) Il a perdu 6-1, et maintenant, on ne l'entend plus sur le sujet ! Mais bon, Maxi – qui a été champion du monde avec l'équipe des juniors argentins en 2001 – a raison sur le fond : on ne peut pas jouer normalement à 3 700 mètres d'altitude comme à La Paz. Même moi, qui suis un montagnard averti du Valais, quand je suis descendu de l'avion, j'ai eu du mal à respirer, l'aéroport de La Paz étant situé à 4 000 mètres d'altitude. On ne peut gagner dans la capitale bolivienne que si on prend le temps de s'entraîner longtemps
en altitude. Le Chili et le Venezuela viennent de le démontrer. Mais c'est un cas à part, car ces deux équipes nationales n'ont pas ou peu de joueurs expat r iés en Europe, donc elles ont eu le temps de se préparer, de s'habituer à l'altitude… Avec l'organisation actuelle du groupe de qualification en Amérique du Sud, il est impossible que toutes les équipes puissent agir de la sorte. Un groupe de qualification à dix équipes, c'est trop lourd – chaque sélection dispute dix-huit matches, c'est énorme ! – d'autant que, comme en Europe, le principe des doubles dates (un match le samedi ou le dimanche, l'autre le mardi ou le mercredi suivant) n'arrange rien à l'affaire… Mais c'est l'argent qui commande ! On verra bien pour la Coupe du monde 2014, puisque le Brésil, pays organisateur, est qualifié d'office. Un groupe de neuf, ce n'est pas bon…
MICHAEL ESSIEN
(Chelsea FC, international ghanéen)
La plupart des joueurs africains voudraient savoir quel impact aura la règle du 6+5 sur les joueurs africains exerçant leur métier en Europe? Ces joueurs aidant à soutenir l'économie de leurs pays, n'est-il pas à craindre que cette règle ait un impact négatif en faisant diminuer le nombre de ces joueurs et, du même coup, disparaître l'aide qu'ils apportent à leur pays ?
J.S.B. : Jérôme Champagne va répondre à ma place. C'est mon porte-parole, n'est-ce pas Jérôme ? (Éclats de rire. Mais le président n'en démord pas. Jérôme Champagne enchaîne…) Le 6+5 contribuera, avec d'autres mesures, à améliorer le football international, continental et national, en entraînant la réduction des écarts entre les clubs, notamment... (Le président reprend la main.) C'est ça le grand truc ! Actuellement, il existe un football à deux vitesses : le football des riches et celui des moins riches, je ne dis pas des pauvres, parce qu'il n'y a plus de pauvres dans le football grâce à toutes les act ions que nous menons. Le football des riches s'accapare les meilleurs joueurs… J'aime bien quand Essien dit qu'il ne pourrait plus aider les siens, mais un joueur tel que lui – et il n'est pas le seul ! – aura toujours sa place dans n'importe quelle grande équipe européenne. Il ne faut pas qu'il oublie que les grands clubs anglais – mais les Anglais ne sont plus les seuls si l'on considère la tendance prise en Espagne sous l'influence du Real Madrid –, achètent jusqu'à trente joueurs qui pourraient être titulaires partout ailleurs. Il n'y en a que onze sur le terrain et, même en comptant les éventuels remplaçants, on arrive à quatorze… Ce qui fait que seize joueurs restent dans les tribunes, chaque semaine. L'idée forte du 6+5 n'est pas d'empêcher les grandes vedettes qui ne sont pas européennes de venir jouer sur le vieux continent, mais c'est bien de rétablir l'équilibre économique grâce auquel nous favoriserons l'équilibre sportif. Et c'est le plus important à mes yeux. Rétablir l'équilibre sportif, combattre l'idée que le football n'appar tient qu'aux riches, voilà les enjeux véritables du 6+5. Maintenant, s'agissant des joueurs, combien d'Africains, par exemple, ont fait le grand saut jusqu'à l'Europe et combien, si ce n'est une minorité, y ont réussi ? Combien, dans une situation d'échec, ne peuvent même plus retourner chez eux ou n'osent pas parce qu'ils ont honte ? On les retrouve parfois en deuxième ou en troisième division en Belgique ou en France et, si cela ne suffit pas, ils jouent en première division suisse. Si l'on veut un football pour les riches, et uniquement pour eux, on se dirige tout droit vers une ligue professionnelle extraordinaire, qui se moquera bien de la formation des jeunes et de leur motivation de jouer pour le club de leur ville. Nous pouvons l'éviter grâce au 6+5, comme nous pouvons redonner aux équipes nationales leur identité à l'intérieur de leur propre pays. Si les joueurs africains sont inquiets, leurs fédérations, elles, ont compris les enjeux. Au départ, beaucoup d'entre elles étaient contre cette règle, mais, aujourd'hui, je n'en connais aucune pour la remettre en question,
parce qu'elles ont compris que, si les meilleurs joueurs doivent partir, il faut s'organiser pour que les autres restent au pays en leur offrant les moyens de gagner décemment leur vie. C'est vrai pour l'Afrique, mais c'est également vrai pour beaucoup d'autres pays. »
HARRY KEWELL
(Galatasaray, international australien)
La règle du 6+5 réduira les opportunités d'emploi des joueurs d'Asie et d'Afrique dans les clubs majeurs européens, ce qui limitera évidemment leurs carrières et aura, puisque les joueurs ne joueront plus au plus haut niveau possible en club, un impact négatif sur les performances des sélections nationales en dehors de l'Europe. Pourquoi estimez-vous que cette situation est acceptable ?
J.S.B. : Le président de la République du Brésil, Lula da Silva, m'a dit en janvier dernier cette phrase que je ne suis pas près d'oublier : « Faites en sorte de stopper l'exode des jeunes joueurs brésiliens vers l'Europe. S'il vous plaît, président, car ils sont des milliers, chaque année, à vouloir partir sans que l'on sache exactement où ils vont. Notre football a besoin d'eux ici, et le Brésil a besoin d'eux parce qu'ils sont brésiliens ! » Voilà qui pourrait répondre à la question d'Harry Kewell, qui était déjà un grand joueur lorsqu'il était junior, et qui est un des footballeurs préférés de ma fille qui a passé cinq ans en Australie. Si tous les meilleurs joueurs partent, le niveau du football national en pâtit. Si quelques-uns seulement s'en vont, les compétitions nationales s'amélioreront, et cela rejaillira sur l'équipe nationale.
GIOVANNI VAN BRONCKHORST
(Feyenoord, international néerlandais)
Pourquoi la Fifa soutient-elle le code Ama, alors que ce code est une entrave à la vie privée des footballeurs ? Le dopage n'est qu'un problème mineur dans le football professionnel, ce qui rend ces règles excessives.
J.S.B. : Le football est une sorte d'exception, puisque nous sommes tombés d'accord avec l'Ama pour que tous les footballeurs n'aient pas à donner leur emploi du temps, heure par heure, trois cent soixante-cinq jours durant comme d'autres athlètes des sports individuels. Maintenant, on se heurte aux législations nationales qui ne sont parfois pas en accord avec l'assouplissement pourtant accepté par l'Ama. C'est le cas en France et en Allemagne, notamment. Mais nous sommes des sportifs et nous continuerons de lutter pour en finir avec cette chasse aux sorcières. Chaque footballeur n'est pas suspect comme on voudrait nous le faire croire, car dans quelle société vivrions nous si chacun, ef fect ivement, était suspect ? Je pensais que ces sociétés-là avaient disparu, si ce n'est dans un ou deux pays encore… Dans le sport, nous ne sommes pas suspects, nous sommes toutefois passibles de sanctions si nous avons commis une faute. L'Ama ne doit pas être une police, mais, à l'instar de l'International Board avec les lois du jeu, elle doit être une espèce de gardien du temple du dopage. Gardien, pas policier…
GENNARO GATTUSO
(Milan AC, international italien)
La Fifa, avec l'aide des syndicats de joueurs, a t-elle la possibilité soit de ne pas appliquer le code Ama, soit – et ce serait la meilleure solution – de négocier avec l'Ama les règles et la mise en pratique du code anti-dopage ?
J.S.B. : On peut dire que nous étions, dès le début, opposés aux sanctions drastiques qui voulaient que chaque cas de dopage entraînait une suspension de deux ans minimum. Aujourd'hui, c'est inscrit dans le code, on précise que chaque cas doit être examiné individuellement. Ça, c'est le mérite de la Fifa. On l'avait dit avant la constitution de l'Ama, on l'a réaffirmé et défendu après, simplement parce que chacun doit être puni selon la gravité de sa faute. Je suis d'accord pour reconnaître que le dopage est minime dans le football, mais nous nous devons – puisque nous sommes le sport le plus populaire – de le combattre, puisque nous avons constaté qu'il y a 0,02 % de cas de dopage avérés. C'est très peu, mais c'est encore trop, surtout qu'il s'agit l'anabolisants. Ceux qui utilisent ce genre de produits sont des imbéciles, car le football ne se réduit pas à la masse musculaire. Cela entraîne également de graves problèmes ligamentaires au niveau des genoux, les ligaments n'arrivant pas à supporter le poids des muscles. C'est donc inutile et dangereux. Mais le plus inquiétant, parce ces cas sont avérés, c'est l'utilisation de la drogue. La drogue sociale, le cannabis, la marijuana, voire la cocaïne…
FLORENT MALOUDA
(Chelsea FC, international français)
En France, au niveau de l'UEFA également par la voix de son président, Michel Platini, on évoque la possibilité d'arrêter les rencontres lors des actes avérés de racisme dans les tribunes et, a fortiori sur le terrain. Quelle est la position de la Fifa en la matière ?
J.S.B. : Arrêter un match ? Oui, j'ai lu ça, mais il me faut intervenir auprès de l'UEFA, parce qu'ils ont donné des instructions en ce sens aux arbitres. Arrêter un match dix minutes, vous vous imaginez ce que cela pourrait donner ? Il suffit donc de réunir dix personnes, dans un coin du stade, et si les choses tournent mal pour leur équipe, ils commencent à faire « ouh, ouh, ouh ! » dès qu'un étranger prend le ballon, et vous allez arrêter le match… Et si dix minutes plus tard, ça continue, vous allez stopper la rencontre définitivement ! Dans les tribunes, il y a soixante ou quatre-vingt mille spectateurs et ça donne quoi ? Qui porte les morts après ? Non, non… On ne peut lutter contre le racisme que par l'éducation et, lorsque l'on a la preuve, ce qui est toujours difficile à obtenir, que le racisme existe dans un club, la seule sanction, j'y reviens, reste la suppression de points, car, là encore, les sanctions financières ne servent à rien. Mais, arrêter un match… c'est dangereux !
THIERRY HENRY
(FC Barcelone, international français)
Lorsqu'un arbitre reçoit un projectile venant des tribunes, on arrête le match. Lorsqu'un joueur est victime de la même violence, il n'en est rien. Ne pourrait-on pas envisager qu'à même cause, même effet, et que l'on stoppe les rencontres dès lors qu'un joueur est ainsi lâchement agressé ?
J.S.B. : La première chose, c'est que l'on ne doit pas agresser les joueurs, et l'arbitre est là, justement, pour éviter que de telles exactions se produisent. Mais, là encore, si l'on décide d'arrêter un match, il se trouvera toujours quelques personnes pour s'engouffrer dans la brèche et agresser les joueurs… Combien de fois a-t-on violenté un arbitre, la saison dernière, sur les centaines de milliers de matches qui se jouent chaque weekend ? Il exagère, Thierry… Dites-lui de venir me voir, je lui expliquerai. (Il interroge les personnes présentes.) Quelqu'un sait combien de fois on a agressé un arbitre lors d'une rencontre internationale, combien de matches ont été arrêtés pour cela ? (Pas de réponse.) Je sais, dans les ligues inférieures, régionales ou épartementales, que le cas s'est présenté…
JOHN TERRY
(Chelsea FC, international anglais)
Quelle est la position de la Fifa concernant l'assistance technologique qui pourrait être offerte aux arbitres et à leurs assistants ?
J.S.B. : Nous avions affirmé, ensemble, avec l'International Board, que si nous possédions la technique pour la ligne de but ou que si nous trouvions un jour une solution, nous l'accepterions. Mais une solution qui est précise, juste et immédiate, parce que le football, c'est aussi le sport de l'instant. En Afrique du Sud, à la suite de la finale de la Coupe des confédérations et du but refusé à Kaka – je pense, pour ma part, que le ballon était rentré –, un journaliste italien m'a posé une question (Il prend l'accent italien.) : « Presidente, au tennis, ils ont trouvé la solution. On regarde la ligne et l'on sait si la balle l'a dépassée ou pas… » J'ai été obligé de lui expliquer que le tennis, c'est une dimension seulement, alors qu'il nous faut composer avec trois : largeur, longueur et hauteur. C'est beaucoup plus compliqué que de savoir si une balle a touché ou pas une ligne. Deuxième différence : au tennis, le jeu est arrêté ; au football, il continue à vivre. Lors des essais avec l'oeil de faucon au troisième niveau professionnel en Angleterre, sept caméras avaient été placées de chaque côté du but. Mais il suffisait, pour une raison ou une autre, que l'une des caméras ne voit plus le ballon pour rendre le diagnostic impossible. Lorsque tout fonctionnait, il fallait pas moins de cinq secondes pour obtenir le résultat : cinq secondes, cela suffit pour dégager le ballon et se retrouver dans une situation de but de l'autre côté du terrain. Imaginez que l'on arrête le jeu au même moment… il faut trouver mieux, c'est une évidence et, en attendant, nous allons faire des essais en ajoutant deux arbitres. »
MAKOTO HASEBE
(VfL Wolfsburg, international japonais)
La Fifa s'assurera-t-elle que la Confédération asiatique de football commencera des négociations immédiates avec la FIFPro Asie pour participer au développement des syndicats de joueurs à travers tout le continent ?
J.S.B. : Pourquoi ça n'a pas commencé ? Avec ce que nous venons de réaliser en Afrique avec la FIFPro, lors du congrès de sa division Afrique à Johannesbourg, et avec l'enthousiasme témoigné par le président Issa Hayatou lors de sa prise de parole devant les syndicats africains, je vais lui demander d'intervenir au prochain comité exécutif pour qu'il puisse rapporter sur le sujet et inviter les présidents des autres confédérations à l'imiter, afin de considérer les footballeurs ou leurs représentants comme ils doivent l'être. Avec l'Amérique du Sud, ça marche maintenant ? Pas vraiment, c'est ça. Je veux bien aller en Asie, aussi, pour faire avancer les choses.
SHABANI NONDA
(Galatasaray, international congolais)
Dans le cadre de l'application du protocole d'accord Fifa-FIFPro, quelles sont les mesures d'encadrement qui peuvent permettre aux syndicats professionnels africains de jouer pleinement leur rôle de force de propositions, d'autant plus que les fédérations ont tendance à privilégier l'émergence des « syndicats jaunes » pour étouffer le déploiement des syndicats réellement professionnels en Afrique ?
J.S.B. : Nonda ? Ce n'est pas celui qui a joué à Zurich… Si ! Ah… Dans la refonte des statuts que nous n'arrêtons pas d'améliorer, il faut que les joueurs soient introduits dans les associations nationales, mais aussi au niveau des confédérations. Je sais que, chez vous, en France, comme en Italie, cela ne pose aucun problème, mais en Suisse, par exemple, c'est niet ! En Suisse, il n'y a ni les techniciens, ni les arbitres, ni les joueurs au niveau des plus hautes instances dirigeantes. C'est un non-sens total et ce n'est donc pas un problème typiquement africain. Une motion a d'ailleurs été présentée, dernièrement, par l'Asie, pour que cette représentativité des hommes de terrain soit effective du sommet de la pyramide, la Fifa, jusqu'aux fédérations, en passant par les confédérations. Nous allons travailler sur ce projet, nous allons le faire et, conformément à nos accords s'agissant des joueurs, ce seront les représentants désignés par la FIFPro qui seront sollicités à chaque niveau. Les filtres existent…