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PARCOURS : Lorient, Toulouse, l'équipe de France... Une progression constante, malgré les aléas du métier !

André-Pierre Gignac : "Parce que je le veux bien"

Moi je ...

"C' était ce métier-là et pas un autre ! Footballeur professionnel ! Dès mon plus jeune âge, je n'avais que le foot en tête. Et, à l'école, lorsqu'on me demandait d'écrire quel serait mon futur métier, la réponse était toujours la même : footballeur professionnel. Je m'arrangeais, chaque année, pour passer dans la classe supérieure, mais ma vie, déjà, n'était rythmée que par le ballon : je passais toutes les récrés à jouer, il y avait les entraînements, les matches…

Je suis né à Martigues, et c'est là que j'ai fait mes premiers pas, crampons aux pieds. J'évoluais dans les équipes de jeunes, pas forcément les meilleures, jusqu'au jour où l'on a fait appel à moi chez les moins de 15 ans qui, à l'époque, disputaient le championnat national. Ça c'est plutôt bien passé et, à l'arrivée, le club m'a proposé d'intégrer le centre de formation.
C'était le début de l'aventure, mais elle a tourné court. Au bout de six mois, le club a déposé le bilan. Où aller ? J'ai dû me résoudre à quitter ma famille, ma région, pour me retrouver à Lorient, si loin des miens. Le club breton n'avait pas encore de structures d'accueil pour son centre de formation : nous dormions dans une auberge de jeunesse. Il a fallu s'adapter, ce qui n'a pas été le plus facile. J'étais encore jeune, seul, à mille bornes de chez moi. Je n'avais jamais quitté ma famille, j'avais froid et, si les Bretons sont particulièrement chaleureux, ils ne se livrent pas tout de suite, à l'inverse des méridionaux. 

J'ai passé ainsi deux années, sous contrat de formation. Puis, j'ai signé mon premier véritable contrat : stagiaire pro ! Un an. J'avais un an pour faire mes preuves ! Peu m'importait l'ampleur de la tâche : je touchais enfin du doigt le monde professionnel, mon rêve, ce rêve de gamin, se réalisait enfin. Pour mon premier match avec les pros, en Ligue 2 contre Châteauroux, j'entre sur le terrain à la 77e minute et je marque le but de la victoire. Les matches s'enchaînent, mais, le 5 décembre, le jour de mon anniversaire, je me
casse la cheville. Je ne reviens que trois ou quatre mois plus tard, le temps de
disputer quelques matches et… je me recasse la même cheville ! Il n'empêche, je signe quelques temps après mon premier contrat professionnel, les béquilles à la main. Belle marque de confiance et d'affection de la part du club lorientais. Mais j'y voyais aussi un autre message : j'étais finalement bien fait pour ce métier que j'avais tant désiré épouser. Pourtant, les choses n'ont pas été aussi simples. En décembre, je n'avais joué, en tout et pour tout, que trois petites minutes avec les pros. J'avais envie de m'exprimer, j'avais tellement à prouver. J'ai donc demandé à être prêté, et je suis arrivé à Pau, en National, où j'ai vécu une extraordinaire aventure sportive et humaine. Du même coup, j'ai oublié tout le reste… De retour à Lorient, la saison suivante, je me retrouve dans la position du sixième attaquant. À moins d'une cascade de blessures ou d'un miracle, il y avait donc peu de chance que je puisse jouer. Ce miracle, j'ai le sentiment de l'avoir provoqué dès qu'on m'en a offert la possibilité. Pour mon
premier match en Ligue 1 – quinze minutes à peine, pas plus, peut-être même un peu moins –, j'ai offert une passe décisive à Rafik Saïfi. Un but, synonyme de victoire, et d'un nouveau départ, à titre personnel. La saison s'est terminée, pour moi, sur la même lancée. Au soir de la dernière journée de championnat, Lorient s'est maintenu en L1 pour la première fois de son histoire. J'étais footballeur professionnel, je jouais, j'avais vaincu le sort qui, à de nombreuses
reprises, avait semblé s'acharner contre moi. Comment ? Parce que j'ai toujours cru en moi, parce que j'avais tellement envie d'aller jusqu'au bout, de vivre comme je l'avais toujours rêvé, souhaité, parce que j'aimais tellement le foot qu'il ne pouvait pas, qu'il ne devait pas en être autrement.


Et pourtant…
Mon transfert à Toulouse, pour 5 millions d'euros – le plus gros transfert du club ! –, était riche d'espoirs. Tout en étant remplaçant, en entamant la saison, j'ai marqué quelques buts, mais la fête, à peine commencée, a tourné au cauchemar. Je n'entrais pas dans le système mis en place par l'entraîneur, avec un seul attaquant de pointe, et je n'ai quasiment pas joué. J'ai vraiment pris un gros coup derrière la tête. J'ai continué à me battre à l'entraînement, mais rien, pas même les résultats décevants de l'équipe, n'y a changé. Mentalement, pour la première fois peutêtre, j'ai souffert. J'étais au plus bas, mais je n'ai jamais douté de moi pour autant. Peut-être un peu du foot, du milieu…

Durant l'intersaison, Lens s'est manifesté. Les Nordistes faisaient le pressing et je ne savais plus quoi penser. Partir ? Rester ? À deux jours de la reprise, Alain Casanova, le nouvel entraîneur du Téfécé, m'a redonné du coeur à l'ouvrage. Il comptait sur moi ! Cette confiance accordée, affichée, a certainement agi comme un détonateur, tout autant que l'ambiance extraordinaire, cette fois encore, qui régnait au sein du groupe et qui, sur le terrain, nous a permis de soulever des montagnes. Toujours est-il que la saison dernière fut, pour moi, celle de la concrétisation des efforts consentis depuis si longtemps. Comme à Lorient, il a simplement suffi que l'on me fasse confiance, qu'on me laisse sur le terrain. Mon jeu n'a pas changé du jour au lendemain, même si j'ai le sentiment d'avoir progressé dans beaucoup de domaines. Mais, fondamentalement, je suis toujours le même joueur, avec les mêmes qualités, les mêmes défauts, la même envie. Surtout. J'aurais pourtant pu, à de nombreuses reprises, être gagné par
le doute. Mais, même dans les moments les plus sombres de ma carrière, et il y en a eu – dès le début à Martigues ! –, j'ai toujours cru en moi. J'ai toujours trop aimé le foot pour pouvoir envisager le pire. Même à l'époque de mes deux fractures de la cheville. J'ai conscience, d'ailleurs, que les blessures, comme la paternité il y a deux ans, ont fait de moi un autre homme, un autre footballeur peut-être aussi. Non, pas un autre footballeur, mais un joueur mieux armé pour résister à tout, et tellement désireux de prouver à tous que le petit écolier ne s'était pas trompé, lorsqu'il rêvait sa vie d'adulte. La saison dernière, tout m'est tombé dessus. D'un coup ! Le joueur, anonyme, était devenu un buteur craint et reconnu, sollicité et médiatisé… Et puis, il y a eu l'équipe de France. Indescriptible ! Cela a beau être l'objectif ultime pour n'importe quel pro, je n'avais jamais osé y penser, même dans mes rêves les plus fous. Je voulais être pro, c'était déjà beaucoup, c'était déjà énorme d'avoir réussi à le devenir. La sélection, c'est l'apothéose. Un truc fou.
Ces dernières semaines, on a beaucoup parlé de moi. Heureusement, j'ai pris pas mal de recul dans mes rapports avec les journalistes. Je me protège. Ma première saison à Toulouse m'a permis de mesurer combien la presse, comme la foule, peut être versatile. Tout est blanc ou tout est noir… Les médias n'ont vraiment pas été sympas avec moi, il y a deux ans. Du coup, quand la réussite a été au rendez-vous, je ne me suis pas enflammé alors que les articles, dithyrambiques, se multipliaient.
Cet été, de la même façon, toutes ces histoires autour de mon transfert à Lyon, qui ont fait la une de nombreuses semaines durant, n'ont pas pesé… Bien sûr – pourquoi le nier ? –, j'ai eu, un moment, le cul entre deux chaises comme l'on dit. D'un côté, il y avait l'OL et ses sept titres de champion de France, de l'autre Toulouse, une équipe de copains, à laquelle je crois. Rester au Téfécé, ce n'est pas une punition, je le sais j'en suis même persuadé. C'est le club qui m'a permis d'être ce que je suis aujourd'hui. Je lui suis redevable, et je suis bien placé pour savoir, également, que les trains peuvent repasser, à condition de le vouloir vraiment. Comme toujours, ça ne tiendra qu'à moi, qu'à mes qualités, qu'à ma volonté de me battre, qu'à mon envie, qu'à mon amour pour le football, qui me le rend bien. Il n'y a pas de raison que ça ne continue pas. Demain. Je le sais, je le veux, comme le voulait le petit écolier, devenu footballeur professionnel. »