SITE CORPORATE>LA LETTRE/LE MAG>Le mag de l'unfp>2009>Nikola Karabatic : Le foot et moi, et moi, et moi...
­
EMOTION : Médaille d'or olympique au cou, Niko donne le coup d'envoi de France – Serbie, en septembre 2008. Le meilleur handballeur du monde, ému, st aux anges…

Nikola Karabatic : Le foot et moi, et moi, et moi...

Rencontre

Des meilleurs joueurs du monde, Français, il n'y en a pas cent. Nikola Karabatic fait partie de ce cercle très fermé où il côtoie Maso, Blanco, richardson, Platini et Zidane. Que des monstres sacrés ! À 25 ans, le néo-Montpelliérain est une authentique star, abordable et disert. nous avions décidé de parler de football à ce handballeur hors normes. Ça tombait bien, il adore ça…

C' est en France, tous sports confondus, le transfert de l'année. Presque passé inaperçu, pourtant. Nikola Karabatic, le meilleur handballeur du monde, est de retour chez nous. Enfin, chez lui, à Montpellier, là où l'adolescent est devenu homme, là où le jeune joueur est passé professionnel.
Quatre saisons en Allemagne, à Kiel, histoire de gaver un palmarès qui craque aux coutures, et le revoilà, médaille d'or olympique en guise de passeport, champion d'Europe et du monde par-dessus le marché, qui vient redonner au championnat national une dimension perdue, depuis que le handballeur français s'exporte aussi sûrement que le vin, le fromage ou le footballeur.
Le football, justement. Quels rapports le roi des handballeurs entretient-il avec le sport-roi ? Il n'étonnera personne de savoir que Niko I er a joué, gamin – « Le foot, c'est la simplicité : un ballon et c'est parti ! » –, mais il est plus surprenant d'apprendre qu'il continue : « C'était tous les jours à Kiel en guise d'échauf fement : les jeunes contre les vieux. C'est même devenu plus important que le hand, une question de rivalités, sujette à toutes les blagues de potaches. J'espère que ça va continuer à Montpellier… »
Inutile de lui demander s'il est bon, ballon au pied. Peur de se faire chambrer. Il reconnaît ne pas être le plus technique, le plus tactique, mais il adore ça et se trouve même en « progrès ». « J'ai toujours bien apprécié le poste de gardien, j'ai toujours aimé plonger dans tous les sens. Était-ce à cause de mon père, international yougoslave de handball et gardien ? J'ai toujours aimé ce poste-là. Même au hand, d'ailleurs… » Le hand qu'il a choisi très tôt, après avoir pourtant « goûté à tout, ou presque ». Le hand, qui a fait de lui une star en Allemagne et dans le monde. Demain en France, aussi ? Car le handball français, qui croule sous les titres et les honneurs, souffre d'un manque évident de reconnaissance. De quoi attiser quelques jalousies au regard de l'aura qui entoure les footballeurs ?
« Ni envie, ni jalousie ! Il ne faut surtout pas tomber dans le piège et se comparer au football. C'est un autre monde, un autre niveau. C'est une religion, un business, c'est incontournable et planétaire. Comment pourrait-on lutter ? Comment pourrait-on même être assez fou pour l'envisager, lorsque l'on sait ce que le football véhicule, lorsque l'on sait l'importance que ce sport a prise dans la vie des gens, la place qu'il occupe dans la société ? Même en Allemagne, où les salles de hand affichent des fréquentations sans commune mesure avec la France, puisqu'il arrive régulièrement qu'il y ait 10 000 ou 15 000 spectateurs, même si la culture sportive est plus développée que dans l'Hexagone, où l'on vole souvent au secours de la victoire, le handball ne peut pas lutter en termes de notoriété ou de couverture médiatique. Il est loin, très loin d'ailleurs, derrière le foot… » Est-ce à dire que le football écrase tout sur son passage et qu'il ne laisse, aux autres sports, que les miettes du festin ? « Je ne sais pas si l'on peut dire cela. La reconnaissance, nous l'avons. Mais à notre niveau… » Depuis les JO de Barcelone, en 1992, le handball français est pourtant sur le haut de la vague. Il a même été le premier sport collectif de chez nous à être sacré champion du monde.

 

C'était en 1995. Mais faut-il pour autant que Niko et ses potes, à l'instar des basketteurs français médaillés d'argent aux JO de Sydney, se disent que tout cela n'a servi à rien ? « Il faut savoir surfer sur la vague. Disons que nos dirigeants, à une époque, ont raté le coche, optant pour les chaînes privées, plutôt que pour le public comme les rugbymen ont su le faire. Nous avons
commis des erreurs stratégiques et nous en payons toujours les conséquences… Nous, sur le terrain, on se bat pour avoir des résultats, pour progresser. » Pour exister, aussi ? Pour exister, tout simplement ? « La partie n'est pas perdue d'avance. Nous arriverons, demain, à trouver notre place dans le paysage médiatique français, autrement que lors de Jeux olympiques. Je suis optimiste. Pour l'équipe nationale, il y a forcément la place, comme pour le rugby. Les clubs doivent suivre, il faudra enchaîner. Mais, une fois encore, il serait fou et dangereux de vouloir se comparer au foot, d'espérer, comme lui, décrocher la lune. Si tous les sports ont progressé, s'ils se sont tous professionnalisés, le football reste leader en matière de marketing, de communication, d'organisation, de structures. Il a une longueur d'avance, parfois plusieurs. C'est toujours dans le foot qu'on innove et, nous, les autres sports, nous suivons. À distance. » Au niveau des salaires, c'est la même chose. Évidemment. Si, aujourd'hui, un handballeur de l'élite peut, en France, « vivre de son sport », le meilleur joueur du monde, lui, espère simplement – « Mais c'est déjà énorme… » – assurer son avenir, une fois sa carrière terminée. Là encore, pas la moindre jalousie. Juste un constat. Fan de foot anglais, et de Liverpool, surtout, dont il apprécie la culture et les supporters, Nikola Karabatic « dévore », quand son emploi du temps le lui permet, les matches à la télé, avec une fringale digne d'un supporter de base. Il ne regrette pas d'avoir assisté à PSG – OM, la saison dernière, une saison qui fut celle de son premier live de l'équipe de France : « J'ai donné le coup d'envoi de France – Serbie, en septembre dernier au Stade de France. C'était un peu bizarre, pour moi qui suis né en Serbie, mais j'ai réellement apprécié. Il faudrait que l'on multiplie ainsi les passerelles entre les sports. Nous avons tous à apprendre les uns des autres. À Montpellier, qui est une ville sportive, j'aurai, du moins je l'espère, la chance de côtoyer les rugbymen ou les footballeurs qui viennent de remonter en Ligue 1. J'en ai connu quelques-uns lorsque j'étais au centre de formation. Nous fréquentions le même lycée. Ce serait bien de se retrouver, aujourd'hui, d'échanger… »

Il pourrait ainsi parler des calendriers surchargés qui plombent les saisons, que l'on soit footballeur ou handballeur : « J'ai toujours eu la chance d'être bien entouré, bien conseillé par ma famille, mais je connais l'importance des syndicats de sportifs, où les anciens joueurs sont majoritaires. On y parle le même langage que nous. Je suis devenu professionnel à 18 ans et j'ai beaucoup appris, depuis. J'ai pris conscience de la néces sité de protéger les joueurs, de les assurer, de les aider au quotidien. Dans le hand, on n'en finit pas de nous envoyer au combat, pour un oui, pour un non. Les saisons s'enchaînent sans réelle pause ou presque. C'est inhumain ! Si nous voulons avoir notre mot à dire, si nous voulons être entendus, et pouvoir dire stop quand on veut nous faire dépasser les limites, nous ne pourrons le faire que si nous sommes organisés et unis. Seul, on ne peut rien. » Heureusement, Niko n'est pas seul. Si ce n'est sur le toit du monde.

.

« Il ne faut surtout pas tomber dans le piège et se comparer au football. c'est un autre monde, un autre niveau. »