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Nous n'irons pas jusqu'à écrire que nos sociétés modernes, enfermées dans
leur logique de succès à tout prix – à n'importe quel prix ? –, valorisent le dopage, mais elles y font si souvent référence que l'image du « winner » en
est diffi cilement dissociable. Qui n'a pas entendu tel président, tel ministre de l'Industrie ou tel chef d'entreprise assurer qu'il voulait doper le moral des Français, l'économie ou les bénéfi ces de sa société ? Doper est devenu une référence, comme s'il suffi sait, parfois, de parler pour agir.
Le dopage est né avec le sport. Pas avec le sport moderne et l'explosion industrielle à la fin du XIXe siècle, mais avec les origines mêmes du sport. Les gladiateurs de la Rome antique, que l'on peut considérer comme les premiers sportifs, à condition d'oublier la fi n tragique qui leur était promise, étaient entraînés le plus sérieusement du monde et gavés, l'heure des combats venue, de boissons qui leur faisaient oublier leur triste condition et les encourageaient à massacrer leurs « collègues » sans la moindre retenue, en enfouissant au plus profond d'eux-mêmes leurs dernières poches de résistance humaniste.
On sait que les différentes guerres – et les actuelles n'échappent malheureusement pas à la règle ! – ont fait du dopage une arme comme une autre, poussant l'expérimentation jusqu'à faire des hommes de simples cobayes au rythme des chants patriotiques ou religieux. On sait les ravages de la drogue, un temps réservée à l'élite intellectuelle et culturelle, aujourd'hui démocratisée, qui s'affiche, comme l'alcool et la cigarette, autres addictions mais, elles autorisées, à chaque coin de rue ou presque. Si le sportif est dopé – et il l'est parfois, c'est une vérité contre laquelle nous ne saurions nous élever –, il n'est donc pas le seul. Ce qui ne l'excuse pas. Le footballeur, évidemment, n'échappe pas à la règle, mais avec 0,02 % de contrôles positifs avérés, c'est un des rares domaines où il n'est pas en première ligne. Pour autant, nous nous devons tous de continuer le combat contre le dopage, pas seulement parce que cela est interdit, mais parce que doper ses performances autrement que par l'entraînement est contre l'éthique et la morale sportives, et nuit gravement à la santé.
Il n'y a rien d'antinomique ou de paradoxal à vouloir agir, d'un côté, contre les effets – de mode, parfois, quand il s'agit des drogues sociales… – et les méfaits du dopage, et de vouloir préserver les libertés fondamentales et individuelles, de l'autre. Tous les sportifs, a fortiori les footballeurs, ne sont pas des suspects en puissance, des bandits de grands chemins, des enfants de la French Connection. Voilà ce qui nous gênait dans le nouveau code de l'Ama, aménagé depuis peu – en ce qui concerne les footballeurs – sous la pression de la Fifa et de tous les footballeurs du monde, via la FIFPro, notamment, au sein de laquelle l'UNFP a pleinement joué son rôle. Tous les bipèdes à crampons ne sont pas dopés. Tous les dopés ne sont pas des criminels et ont, de toutes les façons, le droit d'être jugés à hauteur de leur faute et non pas – c'est ce qui était prévu – d'être suspendus deux ans sans autre forme de procès comme l'agneau de la fable. Ce droit appartient à tous, il est l'un des fondements de notre société. Inaliénable. Ce n'est pas parce que le football est le sport le plus populaire, le plus médiatique et le plus riche – à l'exception du polo et de quelques autres – qu'il doit servir de prétexte à une pseudo volonté démocratique qui s'attaquerait aux plus puissants, pour justifier l'acharnement
thérapeutique – c'est bien le mot – qui prévaut dans une lutte pour laquelle nous sommes prêts à tout, sauf à renier nos valeurs, notre éthique, notre liberté.