SITE CORPORATE>LA LETTRE/LE MAG>Le mag de l'unfp>2010>Cinquante ans, demain … Par Philippe Piat.
­

Cinquante ans, demain … Par Philippe Piat.

Rendez-vous

Àl'époque de la création de l'UNFP, le ballon rebondissait un peu moins haut, les footballeurs couraient un peu moins vite, les défenses y compris leurs avocats défendaient un peu moins fort, et seul Michel Platini, dans sa trajectoire majestueuse, perçait déjà sous les traits d'un gamin de Joeuf.

Anonyme. Le prodige n'avait que six ans, mais bottait déjà dans un ballon fait à la fois d'utopie et de rêves inavoués. Le syndicat d'alors, créé le 16 novembre 1961, a tout de suite volé de ses propres ailes, refusant d'emblée tout compromis, toute alliance suspecte avec les dirigeants. Just Fontaine, Eugène N'Jo Léa, Jacques Bertrand et quelques autres étaient seulement portés par une indicible volonté, et ne demandaient pas grand-chose, finalement.

Un peu de justice sociale et de tolérance pour que les gestes étalés sur le rectangle vert de leurs illusions, et des nôtres, soient toujours plus beaux. Et puis, devant les notables parfois devenus fous, devant le voile opaque déjà fait d'argent et de menaces, ils ont réclamé le respect de la loi et, par-delà, de la personne humaine, pour que le jeu de football reste à l'enfant, même devenu professionnel.

« Cinquante ans ont passé, demain soixante. C'est-à-dire rien du tout, sinon une succession d'éphémères à la seule gloire du football et des footballeurs. »

Cinquante ans, quelques combats, une grève et quelques belles victoires (le pécule, le contrat à temps, la charte pour ne citer que celles-là) ont passé, mais l'âme des premières heures habite encore le syndicat français, partout cité en référence, partout imité, jamais égalé. Il faut avoir discuté avec quelques footballeurs de chez nous que l'Arrêt Bosman a jetés sur les routes de l'Europe, pour comprendre ce que l'UNFP a d'unique en son genre.

Cinquante ans ont passé, demain soixante. C'est-à-dire rien du tout, sinon une succession d'éphémères à la seule gloire du football et des footballeurs, ce culte que d'autres que nous piétineront demain, comme ils l'ont piétiné hier. Mais pas nous.

Non, pas nous, à l'heure où s'évanouissent les frontières, où la vigilance reste notre plus sûre alliée pour préserver le rêve, le combat et les idéaux de nos anciens.

Qu'on ne s'y trompe pas ! Malgré le temps passé, nous sommes toujours prêts à réagir. À rugir. Et à mordre, s'il le faut. Comme depuis 1961. Nous, l'UNFP. Nous, les footballeurs professionnels français. Fiers de notre histoire et de la persévérance de nos idées. Fiers, tout simplement, d'être ce que nous sommes : des hommes.