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C'est une île. Une autre île dite de beauté. C'est une époque que les moins de quarante ans ont à peine connue, et encore pour certains d'entre eux seulement.
Giscard n'invite pas encore les éboueurs au breakfast élyséen, le Concorde devrait bientôt remplacer définitivement l'avion, et l'on rigole du chômage sans se douter que le premier choc pétrolier va tuer les glorieuses. C'est un club, qui traîne aujourd'hui encore son spleen depuis que Napoléon est mort à Eindhoven. En 1978 !
« Bastia, c'était quelque chose, à l'époque… » Antoine Noyon se souvient. Parce qu'on lui demande de se souvenir. Il cite des noms ; celui de Claude Papi, star naissante, revient le plus souvent. Et celui de Pierre Cahuzac, aussi. Évidemment. Il se rappelle des « costards » les dirigeants, découverte d'un monde – le football professionnel –, qu'il rencontre presque par accident. Sans vraiment l'avoir cherché. Voulu ? Bien sûr en cet été 73, il a quitté son île, la Guadeloupe, pris l'avion pour passer de l'autre côté de l'eau, mais sans esprit de conquête. Juste pour voir. Pour continuer à s'amuser. Pour le foot.
« C'est un Corse, un habitué de notre île, qui m'a proposé cet essai à Bastia. Je n'y suis pas allé à reculons, mais je me disais que je n'avais rien à gagner. Et rien à perdre, non plus. Ma vie était tracée. J'étais instituteur, je faisais du foot pour m'amuser, comme j'en avais toujours fait aussi loin qu'il m'en souvienne. Le ballon et le vélo, bien sûr… un vrai Guadeloupéen, quoi ? »
« Antoine savait qu'il était fait pour le métier d'instituteur. »
En Corse, sa coupe afro et ses cheveux roux auxquels il doit son surnom… « le rouge » ou « le roux », c'est selon – fallait y penser !, étonnent, mais moins que son football. Les insulaires en connaissent un rayon sur les qualités des Antillais. Marius Trésor, qui a filé d'Ajaccio à Marseille, est passé par là peu de temps avant. « Marius, j'ai joué contre lui et avec lui… Ah, Marius… Il était attaquant à la Juventus ! »
La Juventus. Pas l'italienne, vieille dame turinoise et fière, mais celle de Sainte-Anne où Trésor a fait ses débuts. « Dès mon arrivée à Bastia, j'ai joué un match amical contre Ajaccio. On a gagné. J'ai marqué, j'ai fait marquer l'autre but. Le lendemain, dans la presse, il n'y en avait que pour moi. Et c'est à partir de là, si j'ose dire, que les choses se sont corsées… »
L'histoire d'Antoine sent bon le football d'avant et les petits arrangements entre amis. La charte du football professionnel venait à peine d'être portée sur les fonts baptismaux… « La charte ? Je ne savais même pas ce que c'était, mais je savais que j'avais des droits. Et puis, j'avais beau être jeune, j'avais beau débarquer de mon île natale, je n'étais ni innocent ni idiot… J'avais discuté avec les autres joueurs, je savais combien ils gagnaient, et j'attendais sereinement la réunion avec les dirigeants. Elle était prévue le lendemain du match amical à 17 heures. J'étais là, en avance… J'ai attendu longtemps. Lorsque le directeur sportif est enfin arrivé, je ne me suis pas énervé. Je me suis levé et je lui ai simplement dit que nous discuterions le jour où il serait à l'heure. Question de politesse… »
La réunion a finalement eu lieu. Forcément. Bastia tenait une perle et ne voulait pas la lâcher : « Lors du second rendez-vous, j'ai coupé court aux discussions. Premièrement parce que le club me proposait la moitié de ce qu'il donnait, en moyenne, aux autres joueurs de l'effectif. Deuxièmement parce qu'il voulait me faire signer, puis me vendre, c'est bien le mot, à Ajaccio qui me voulait absolument. Troisièmement parce qu'il n'avait pas l'intention, tout en réalisant une bonne affaire sur mon dos, de me donner la part que je pensais devoir me revenir si j'acceptais d'aller à l'autre bout de l'île. » Antoine se souvient que les dirigeants ont tout tenté pour infléchir sa position : « Mais ça n'a pas duré. Avant de les saluer, je leur ai dit qu'en sortant, j'irai dans la première agence de voyages venue acheter mon billet de retour. Que je serai parti le lendemain. Et le lendemain, je suis parti ! » Mais pas pour la Guadeloupe. Pas directement. Antoine est passé par Angoulême et par Reims. Il s'y est entraîné. Mais n'a pas franchi le pas. « J'ai discuté avec les entraîneurs, ils voulaient que je reste, mais j'ai fini par rentrer. Au plus profond de moi, je savais qu'il fallait que je rentre… »
Antoine savait peut-être qu'il était fait pour le métier d'instituteur. Pour remplir les têtes plutôt que de faire chavirer les coeurs des supporters. Et c'est alors qu'est née la légende…
« Antoine est certainement le joueur le plus doué qu'ait connu la Guadeloupe. Tous ceux qui l'ont vu jouer peuvent en témoigner. »
L'éloge est signé de Luc Sonor : « Il exagère, Luc… Des grands joueurs, chez nous, il y en a tellement eus… »
Mais l'ancien Messin et Monégasque n'est pourtant pas le seul à reconnaître en Antoine Noyon un extraordinaire footballeur, qui porta à quatre-vingts reprises le maillot de la sélection guadeloupéenne.
Près de trente ans plus tard, monsieur l'instituteur a-t-il des regrets de n'avoir pas tenté l'expérience, qui aurait pu le mener vers les sommets du football professionnel français ?
« Chez nous, on dit qu'il ne faut pas blâmer une contrariété. »
Tout est dit.
Pas de regrets donc, mais des tonnes de souvenirs. Ceux du joueur, évidemment, ceux de l'entraîneur, aussi. Enfin, de l'éducateur. La précision est importante. « Cela fait trente-cinq ans que je m'occupe de l'école de football. J'ai commencé avant même de partir faire mon tour de France des clubs. Trente-cinq ans… » Des gamins, Antoine en a vus passer à l'Étoile de Morne-à-l'Eau, son club de toujours. Quatre d'entre eux sont passés professionnels, qu'il cite dans le désordre : Stéphane Zèbre, Olivier Fauconnier, Peguy Arphexad « Lui, je l'ai eu à l'école aussi… » et Jocelyn Angloma, icône vivante, prince de Morne-à-l'Eau dont il est aujourd'hui l'un des entraîneurs : « J'ai toujours un carnet à la main durant les séances d'entraînement. Je note tout. Puis, une fois rentré chez moi, je recopie au propre… Ça fait trente-cinq ans que je le fais. Il suffit que je tourne quelques pages et les souvenirs remontent à la surface. Comme par enchantement… »
Une belle écriture d'instit', faite de pleins et de déliés.
La passion des belles choses, du travail bien fait. Comme sur le terrain, comme partout. Comme toujours. « Il n'y a pas si longtemps, j'ai montré à Joce (Angloma, Ndlr) les cahiers de son époque. Une autre époque… »
Rien de nostalgique, juste un constat, et peut-être un début d'explication sur le tarissement des talents dans l'île : « Avant, il n'y avait que le football. On ne vivait que pour ça. Pour Joce, et ceux qui ont suivi quelques années encore, c'était la même chose. C'était plus qu'une passion, une raison de vivre… Aujourd'hui, regardez les terrains, ils sont vides, inutilisés. Les gosses sont devant la télé, devant leurs jeux vidéo. Et puis d'autres sports ont pris la place : le basket, le hand, la natation, le tennis… La nature a horreur du vide. »
Et Antoine de raconter. De se raconter encore un peu : « Avant d'aller à l'école, je jouais au foot. Je m'entraînais, même s'il fallait m'entraîner seul. Simplement courir parfois. En sortant de l'école, c'était pareil. Mais je comprends les petits, ils ont envie d'autre chose, aujourd'hui. Ils ont accès à tout… »
À quelques pas de là, Jocelyn Angloma dirige une séance avec les seniors de l'Étoile. Un des clubs référence en Guadeloupe. Une dizaine de titres au palmarès, le dernier en 2007, ultime saison du défenseur aux 37 sélections. Il dit avoir pris quelques kilos, mais on ne sait pas où il les cache. Huit ans après la fin de sa carrière professionnelle, le muscle est encore saillant, la démarche féline… Phénomène de longévité, il pourrait faire valoir son expérience internationale et son palmarès, mais il a choisi une autre voie. Plus discrète, peut-être plus tranquille, plus en rapport avec sa personnalité, aussi.
« Les problèmes viennent des diffi cultés liées aux infrastructures. »
Humilité faite homme, Joce n'est pas du genre à rechercher les honneurs, à les réclamer. Ce qui ne l'empêche pas d'être écouté. Et entendu, espère-t-il parfois : « Tout le monde a conscience, ici, des problèmes. Ils viennent en grande partie des difficultés liées aux infrastructures. Vous avez vu les terrains ? Enfin, les terrains… »
Ce soir-là, lors de la finale de la Coupe de Guadeloupe entre JSVH et CSM, sur l'herbe pas toujours verte du stade de Baie-Mahault, Angloma en remet une couche : « Ce n'est pas digne du plus haut niveau régional, mais c'est l'un des meilleurs terrains de l'île, pourtant. Alors, imaginez un peu les terrains pour les divisions inférieures ou ceux réservés aux entraînements… Nos limites sont là. Comment voulez-vous jouer à une touche lorsqu'il en faut trois ou quatre pour contrôler correctement le ballon ? Il est même impossible d'accélérer vraiment balle au pied… »
En écho, les souvenirs d'Antoine Noyon, quelques heures plus tôt : « Le problème des terrains n'est pas nouveau, mais personne n'y a jamais prêté attention. Je me souviens qu'au coeur des années 1970, Reims, alors en Première Division, était venu sur notre île. Quand il a vu l'état du terrain, Carlos Bianchi, le grand attaquant argentin, n'a pas voulu jouer… »
Que ce soit dans la tribune officielle à Baie-Mahault ou sous la faible lumière du terrain d'entraînement à Morne-à-l'Eau, Antoine et Joce se consolent en espérant, comme promis, que l'Étoile se dotera bientôt d'un terrain synthétique de dernière génération…
Le synthétique, ultime espoir, pour faire la nique au climat quand l'entretien du gazon se révèle trop fastidieux et trop coûteux. À discuter avec les uns et les autres, sur la Basse ou la Grande Terre, les projets de réalisation de tels terrains sont multiples.
Mais combien verront le jour ? Dans un département où le taux de chômage dépasse allègrement les 20 %, plus de deux fois supérieur à celui de la métropole, et où près de 60 % des jeunes cherchent un emploi (triste record européen !), les priorités sont ailleurs. Évidemment. L'économie guadeloupéenne, qui repose en priorité sur l'agriculture, souffre depuis bien longtemps déjà, concurrencée par l'Amérique du Sud et l'Afrique. La grève générale du début de l'année 2009, quarante-quatre jours durant, en dit plus que de longs discours sur les difficultés d'une île qui passe d'une crise à l'autre. Alors, les terrains de foot… À la Ligue de Guadeloupe, Franck Louis, le conseiller technique régional, en poste depuis 1999, est intarissable sur le sujet, comme sur d'autres d'ailleurs, lui qui a toujours « cru aux vertus du football comme mode d'éducation sociale et de développement personnel pour les jeunes, notamment ceux qui sont confrontés à la délinquance dans les quartiers sensibles… »
Mais c'est une autre histoire.
Monsieur le CTR est un privilégié. Enfin, les gamins qui ont la chance d'être retenus dans le centre de perfectionnement régional dont un certain Kévin Noyon, gaucher comme son papa sont des privilégiés, puisqu'ils s'entraînent sur un synthétique de dernière génération. Le seul de l'île. « Ce n'est pas compliqué, explique Franck… Depuis la création de notre centre, en 2003, vingt-sept jeunes ont été recrutés par les clubs professionnels de la métropole. Les trois-quarts d'entre eux depuis trois ans, depuis que nous disposons de ce terrain. Les chiffres parlent d'eux-mêmes ! Nous avons comblé une partie de notre retard et, compte tenu de l'effectif total, voir partir six nouveaux gamins en juillet prochain (nous l'avons rencontré en mai, Ndlr), c'est exceptionnel. » Exceptionnel ?
Certainement, oui. Certains clubs comme le Stade Malherbe de Caen et, désormais, l'Olympique de Marseille ou le RC Lens suivent au plus près le travail effectué au Creps de Pointe-à-Pitre : « Ils jouent le jeu. Ils viennent lorsqu'on les invite à des tournois, il nous aide en nous fournissant des équipements. Nous en avons besoin… » Il aura donc suffi d'un terrain synthétique pour que la Guadeloupe attire, à nouveau, le regard des recruteurs. « Ne me parlez pas des qualités naturelles des Antillais. C'est une réalité et un mythe à la fois. S'ils possèdent un potentiel physique au-dessus de la moyenne, les Antillais, je parle des Guadeloupéens que je connais le mieux, ne sont pas plus naturellement doués avec le ballon que les autres. De toutes les façons, le football a changé et être costaud ou doué ne suffit plus aujourd'hui… Lorsque les gamins arrivent au centre, ils accusent un retard phénoménal au niveau de la motricité. Techniquement, tactiquement… Sur la grande majorité des terrains de l'île, on ne peut pas jouer au football ou l'apprendre correctement. Lorsqu'il vous faut trois ou quatre touches pour contrôler le ballon (on a déjà entendu ça ! Ndlr), les solutions se réduisent comme une peau de chagrin. La plupart du temps, vous n'avez plus le choix, plus qu'un seul choix. Comment voulez-vous, à partir de là, développer votre sens tactique ? Comment voulez-vous progresser techniquement quand vous avez du mal à tenir debout ? Vous multipliez les efforts pour un résultat minime… Vous stagnez, alors qu'en métropole, au même âge, les gosses sont beaucoup mieux armés ! »
« L'économie guadeloupéenne souffre depuis bien longtemps déjà. Alors, les terrains de foot… »
Johan Angloma, 17 ans, qui rêve de devenir footballeur pro, comme papa, peut le confirmer. Lors des quelques essais qu'il a effectués en métropole, lui qui n'est pas passé par le centre de perfectionnement, il a bien ressenti la différence de niveau :
« Ce n'est pas le même football. C'est plus rapide, plus technique… Tu ne peux pas prendre ton temps, comme ici. Et puis, les terrains… du velours ! » Johan retentera certainement sa chance, l'année prochaine. Tout le monde s'accorde à penser qu'il est doué. Il sait aussi que son père avait passé la vingtaine lorsqu'il a quitté Morne-à-l'Eau pour Rennes, en 1985 : « Joce était un phénomène, se souvient Luc Sonor. C'est dingue ce qu'il a réalisé... Mais partir à vingt ans, comme il l'a fait, ou à dix-neuf comme Marius avant lui, c'est désormais impossible. Des histoires comme celles-là, ou même comme celle d'Antoine Noyon, ne s'écrivent plus. Les exigences du haut niveau sont telles qu'elles rendent la préformation et la formation obligatoires pour ceux qui veulent épouser la carrière de footballeur. »
Le parcours exceptionnel – dixit Franck Louis – de Joce nous ramène à la Ligue, quand Angloma père défendit une dernière fois, en 2007 et à 41 ans passés, les couleurs de son île lors de la Gold Cup – le championnat des fédérations de la Concacaf avec une demi-finale à la clé. Les photos et les maillots sont fièrement exposés sur les murs du siège régional, à Bergevin.
« Le potentiel existe, assure le CTR. Mais la qualité des infrastructures, aussi importante soit-elle pour l'avenir de notre football et de ses 17 000 licenciés, n'est pas le seul problème qui se pose à nous. On attend avec impatience – et malgré mon devoir de réserve, je peux dire que l'on finit par perdre patience la labellisation de notre centre en tant que pôle espoirs par le ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, sur proposition de la fédération…
Aujourd'hui, la Ligue fait seule, ou presque, face aux dépenses du centre, de l'ordre de 160 000 euros par an, parce que les dirigeants ont compris l'importance de notre travail. Avec le label tant attendu, 90 % des frais de fonctionnement seraient à la charge de la fédération. Et la Ligue pourrait alors investir ailleurs… Dans un nouveau terrain synthétique, par exemple… »
On y revient toujours.
Premier écueil, la Coupe nationale des 14 ans. Un indicateur ce n'est pas le seul sur lequel s'appuie la FFF pour demander la création d'un pôle espoirs : « Nous n'aurons jamais une équipe compétitive, capable de rivaliser avec celles de la métropole. Onze joueurs d'un excellent niveau dans la même catégorie d'âge, c'est du domaine de l'utopie compte tenu de la population qui est la nôtre. Quatre ou cinq joueurs, capables d'entrer dans un centre de formation professionnelle, oui… Mais pas plus. »
Dans le même temps, les autres sports n'ont pas perdu de temps. En Guadeloupe, si l'athlétisme, le basket et le handball (pour garçons et filles) ainsi que le volley (pour les garçons, uniquement) ont reçu le label pôle espoirs, la natation, elle, est fière de son pôle France. De quoi susciter des vocations, dans la foulée des grands champions guadeloupéens… Alors, qu'attend le football ? Rien n'est jamais simple dès qu'il s'agit du sport-roi… « On nous parle depuis un petit moment d'un pôle Antilles, qui réunirait la Martinique, la Guyane et la Guadeloupe. Mais ceux qui ont ce genre d'idée savent-ils, par exemple, qu'il faut plus de trois heures pour aller de Pointe-à-Pitre à Cayenne et que le prix du billet dépasse les 400 euros ? En partant du principe que les gamins rentrent chez eux tous les week-ends pour jouer dans leur club, vous imaginez le temps perdu et l'argent dépensé… Et au-delà, c'est politiquement impensable, irréalisable. Aucun des trois départements-régions ne voudra que le pôle Antilles soit installé ailleurs que sur son sol. Ou, si tel est le cas, nous ne serons plus là pour le voir ! »
Il y a pourtant urgence si l'on veut que la Guadeloupe redevienne vraiment l'île au Trésor – avec Thuram ou Henry, ça sonnait moins bien ! La source finira par se tarir un jour, si elle n'est pas entretenue… Reste, évidemment, à éduquer parents et enfants.
Le succès du centre de perfectionnement attire ceux qui font commerce du football sans en respecter les règles, parfois, et en profitant de la crédulité de leurs victimes.
« Pourquoi passerions-nous au travers ? s'interroge Franck Louis. Il y a les bons et les mauvais agents, tout le monde le sait, et on les a vus pointer leur nez dans la foulée de nos premiers succès. Nous travaillons en bonne intelligence avec les clubs, nous pouvons faire de même avec les agents, à condition que tous adoptent un mode de fonctionnement et de conduite qui s'inscrive dans la légalité, l'honnêteté et le respect. Lorsqu'un joueur n'est pas présent à l'entraînement et que j'apprends, finalement, qu'il est parti faire un essai, je ne suis pas d'accord. Les mauvais agents vont directement voir les familles, dans notre dos, et la plupart des parents paient le voyage de leur enfant, parfois pour d'hypothétiques essais. Ce n'est pas comme ça que je vois les choses. Il n'y a pas la moindre transparence, pas la moindre concertation. Mais c'est peut-être aussi la rançon de la gloire… Je rigole ! »
En repartant de la Ligue, ce jour-là, en filant vers Sainte-Anne voir si l'esprit de Marius Trésor habitait encore ces lieux, nous avons croisé une vache, broutant à proximité d'une aire de jeu.
Comme échappée du terrain de football tout proche, que nous avons identifié grâce aux deux buts, plantés face à face. Ou presque. Lorsque nous sommes repassés, à la nuit tombée, elle avait pris possession du terrain de jeu, cherchant à se nourrir du peu d'herbe restant. Elle avait l'air heureuse.