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La messe du paroxysme

Les bleus

La fête a été gâchée. Les Bleus, comme en 2002, n'ont pas gagné un match et ne laissent que des regrets. Si la défaite est avant tout sportive, cet échec amplifié par l'affaire Anelka et celle du bus a fait grand bruit et continue de polluer l'atmosphère du football français.

Les images se bousculent au portillon, comme autant de pièces d'un puzzle qu'il était impossible, dès le départ, de réunir.

Tout le monde savait, mais personne n'a rien dit. Certes, il s'est trouvé quelques buccinateurs modernes, mais si peu crédibles finalement, malgré leur habit de lumière. Ils ont critiqué le sélectionneur, ils ont porté les joueurs aux nues pour détruire un peu plus encore l'image de Raymond Domenech, mais quoi d'autre ? Rien... Des mots, encore des mots, dans une surenchère médiatique qui, désormais, fait partie du quotidien d'un sport jeté en pâture, depuis 1998, à la presse people.

Le football continue d'y creuser sa tombe alors que, dans le même temps, la multiplication des émissions appauvrit toujours un peu plus le débat... Quel débat ?

La presse, évidemment, n'est pas la seule coupable, et qui, sérieusement, a pu s'étonner de la une d'un quotidien, si ce n'est quelques enfants passant devant les kiosques, ce samedi matin-là ? On ne dira jamais assez que la déroute de l'équipe de France en Afrique du Sud a été avant tout sportive.

C'est d'abord sur le terrain que les Bleus ont perdu, quelqu'un s'en souvient il encore ? Le contenu des matches y compris ceux dits de préparation, l'absence d'identité collective, les manquements individuels, l'incapacité à répondre aux problèmes posés par les adversaires et le sentiment, très fort, de voir des joueurs livrés ou abandonnés à eux-mêmes, tout ce qui allait arriver avait été écrit sur l'aire de jeu. Tout simplement.

Comme en 2002, comme en 2004, comme en 2008, aussi. La différence est que le mal était là, plus profond, tapi dans l'ombre depuis un Euro de bien triste mémoire. L'absence d'autorité de la Fédération, son ignorance de l'affaire Anelka et la gestion désastreuse des événements qui ont suivi (l'affaire du bus...), si elles n'innocentent ni les joueurs ni le sélectionneur, prouvent qu'ils n'ont pas été les seuls à écrire cette bien triste histoire, même si ce sont les seuls, aujourd'hui, à en payer les conséquences !

Tout le reste des délires populistes de nos politiques au pseudo scoop de Tintins reporters en manque de reconnaissance, en passant par les suspensions, d'un « quarteron de généraux » jusqu'aux États généraux du football français dessert l'image de notre football, tout autant au moins que la coupable réaction d'humeur des Bleus à Knysna.

Le sport est ainsi, fait de victoires pour l'éternité, parfois, et de sales défaites, au goût toujours amer. Mais de là à vouloir lapider ses serviteurs sur la place publique, il y a un pas que certains n'auraient pas dû franchir.

Modèles de réussite sociale ou d'intégration, hier, les Bleus, aujourd'hui trop payés, sont évidemment devenus de mauvais Français. Cette démesure populiste que l'on pourrait expliquer en se disant qu'une équipe de football est une surface projective doit justement cesser, si l'on veut que le football français reprenne, demain, le chemin de la victoire.