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Il n'est pas facile, avant d'être mis devant le fait accompli, de se dire que l'on va se retrouver sans club lorsque les autres reprendront le chemin de l'entraînement. Et pourtant, soudainement, sans m'y être jamais préparé, je me suis mis à courir. Et j'étais seul. Tout seul.
Comment en suis-je arrivé là ? Le plus naturellement du monde, finalement, lorsqu'on connaît le milieu qui est le nôtre.
Des histoires comme la mienne, le football ne cesse d'en écrire, mais qui cela intéresse-t-il vraiment ? Le plus drôle dans ce genre d'affaires, c'est que l'on passe plus de temps à rassurer la famille, les amis, qu'à s'apitoyer sur son propre sort. Nous, de l'intérieur, nous connaissons les règles du jeu. Elles ne sont pas écrites, pas toujours avouables, mais elles font partie de notre vie de footballeur. Elles sont difficiles à appréhender pour ceux qui, aussi proches soient-ils de nous, ne font pas partie de notre milieu. Ils ne les comprennent pas.
Je peux dire que j'ai été soutenu durant ces trois mois. La famille, les amis, même des supporters de l'OM… Et j'ai raconté mon histoire, toujours la même. C'est paradoxal, mais, autant j'avais besoin de me sentir ainsi soutenu, autant le fait de répéter encore et encore la même chose ne m'a pas aidé. Parfois, j'aurais voulu pouvoir m'échapper, mais c'était impossible. Les gens étaient inquiets, réellement inquiets pour moi. Ils étaient si sympas, si prévenants, je ne pouvais décemment pas ne pas leur répondre…
« J'avais la certitude que je resterais à l'OM. Mais le club a fait un autre choix. »
Moi, je suis un éternel optimiste. Je sais que je fais un métier extraordinaire, et que beaucoup aimeraient être à ma place.
Je n'avais donc pas de doutes… J'ai bien ressenti parfois une espèce d'incompréhension chez mes interlocuteurs. Mais comment leur expliquer ? Je comprends que le chômage fasse peur. Rien que d'en parler. Il détruit des vies, des familles.
À mon niveau, je n'ai jamais été en état d'alerte. D'accord, je suis resté trois mois sans travail, ou plutôt sans club, mais à comparer avec ceux que le chômage plonge dans la galère, ceux qui se retrouvent démunis du jour au lendemain, j'étais une fois encore un privilégié. Financièrement, moralement, je n'avais pas de problème, et j'étais en bonne santé…
Mais je sais aussi que d'autres footballeurs n'ont pas cette chance-là. Les exemples de ceux dont la carrière a basculé existent. Le chômage, même chez nous, ça peut défaire une vie… Trois mois, six mois, ce n'est peut-être pas grand-chose à l'échelle d'une carrière professionnelle, mais les nôtres sont si courtes, toujours plus courtes. C'est du temps de perdu, du temps arraché à notre première vie, du temps qui file et qu'on ne rattrapera jamais. Bien sûr, j'ai pensé à tous ceux qui, comme moi, n'avaient pas retrouvé de contrat, à tous ceux que cette situation faisait souffrir. Et j'ai toujours, aujourd'hui, une pensée pour eux. Je n'ai jamais été nombriliste, mais j'ai pris encore plus de recul pendant ces trois mois. Grâce à ces trois mois. Je considère les choses différemment, aujourd'hui. Je sais aussi que, quel que soit le parcours, une chose est sûre : on subit toujours ces périodes-là et l'on en ressort différent. Forcément.
Penser aux autres ne signifie pas s'apitoyer sur son propre sort.
Je me disais que j'avais été là au bon moment lorsque j'avais signé à Marseille, trois ans plus tôt, que j'avais eu ma chance, que j'avais été la chercher et que je l'aurai encore. Oui, j'avais eu la chance de venir à l'OM, la chance d'être disponible au bon moment. C'était aussi un choix de carrière que je n'ai jamais eu à regretter. Je suis resté trois ans à Marseille. Je suis venu, j'ai joué, j'ai gagné, j'ai même remporté mes premiers trophées professionnels. Ça, c'est le bon côté de la vie de footballeur et c'est, finalement, ce qui me restera…
J'ai toujours été sûr de moi, ou plutôt sûr de ma décision. J'avais pris le temps de la réflexion, c'était clair et net dans ma tête. Les choix se sont imposés à moi, dictés par le manque de reconnaissance de mon ancien club et des propositions qui sont arrivées bien trop tardivement. Après le titre, seulement après le titre !
Je n'avais plus la volonté de continuer à l'OM, je n'en avais plus l'envie. Tout au long des derniers mois, alors que le titre se profilait, j'avais compris qu'il me faudrait partir au terme de la saison. Pourquoi ? Parce que les dirigeants ne venaient pas me voir. Moi, j'avais l'esprit ouvert à toutes les propositions que l'on pourrait me faire, mais dans une négociation il faut être deux. Là, j'étais seul.
« Le 21 septembre, j'ai signé avec Monaco… le début d'une nouvelle aventure. »
Le 12 novembre 2009, notre première rencontre avait pourtant été positive. On m'avait couvert de compliments. On m'avait parlé de prolongation, de confiance… Je devais recevoir une proposition dans les deux semaines, la première a mis cinq mois à arriver.
Ça fait plutôt long. C'était une façon comme une autre de me signifier que l'on ne comptait pas sur moi… Lorsque les autres propositions sont finalement tombées, je n'étais plus dans la même situation, ni dans le même état d'esprit. C'était après la Coupe de la Ligue, après le titre… En novembre, j'avais la certitude que je resterais à l'OM. Mais le club a fait un autre choix, certainement stratégique, j'ai fait le mien. Mon avenir était ailleurs.
Lorsque je suis parti en vacances, j'en étais persuadé. J'étais déjà passé à autre chose. J'ai respiré, j'en ai pleinement profité. Puis il a fallu se remettre dans le rythme, dans les conditions d'une reprise d'entraînement.
Le préparateur physique de l'OM et celui du Mans m'avaient concocté un programme et je l'ai suivi, d'autant plus facilement que nous étions parfois deux à travailler. Mon pote Yohan Hautcoeur m'a accompagné. Il était dans la même situation que moi et il n'a pas, à l'heure où je parle, retrouvé de contrat. Sportivement, humainement, c'est, au-delà de l'amitié qui nous unit, totalement incompréhensible pour moi. À la reprise, je me souviens que nous étions très optimistes, très confiants, l'un pour l'autre.
Yohan, c'est un vrai pote. On se connaît depuis Le Mans. Depuis toujours. Nos femmes se connaissent aussi évidemment, et c'était important qu'elles puissent être ensemble, elles aussi, qu'elles puissent se parler, se rassurer. Je me répète, mais dans ces périodes, ce ne sont pas toujours les joueurs qui sont les plus à plaindre.
J'ai travaillé la moitié de ces trois mois avec Yohan, l'autre moitié seul. Le plus délicat, c'est l'absence de jeux avec le ballon, l'absence de collectif. Tu es ton propre entraîneur, tu travailles au mental. Si tu lâches, c'est foutu. J'étais lié au mercato, je m'y intéressais forcément. L'attente, je m'y suis vite habitué, elle faisait partie de mon quotidien. En septembre, je dois bien reconnaître pourtant que les choses se sont légèrement corsées… Je savais, par expérience, que les signatures allaient devenir plus rares. C'est une période plus délicate. Les effectifs sont constitués, les gars travaillent ensemble depuis plusieurs semaines, la marge de manoeuvre se réduit comme une peau de chagrin. Juillet et août me sont alors revenus en pleine gueule ! Car je n'ai jamais autant travaillé physiquement que durant cette période, je me suis mis minable pour me maintenir en forme. Il y a des matins, pourtant, où je remettais le travail au soir… Même en étant optimiste comme je peux l'être, il y avait parfois un léger stress, un doute, aussi infime soit-il, qui s'immisçait. Et ça me mettait à plat… J'étais cuit, dans la tête, dans les jambes… Ça me bouffait, même si je faisais tout pour ne pas y penser. Le mieux, alors, c'était de couper deux ou trois jours. De passer, de penser à autre chose…
Et de s'y remettre encore plus fort ! Le 21 septembre, j'ai signé avec Monaco. La fin d'une histoire et le début d'une nouvelle aventure. La parenthèse chômage s'est refermée. Durant cette période, les contacts n'ont pas manqué, mais j'ai toujours gardé le club de la Principauté dans un coin de ma tête. Les choses ont mis du temps ça fait partie du jeu, mais elles ont fini par se réaliser… Aujourd'hui, beaucoup d'entre nous sont inquiets pour l'avenir, à cause de la crise, à cause des droits télé que l'on assure en chute libre pour 2012. L'offre sera certainement moins forte. Je pense quant à moi qu'une espèce d'équilibre va s'installer… Avant d'investir, les clubs, qui possèdent parfois des effectifs pléthoriques, vont chercher à réduire leur masse salariale. Pour nous, les joueurs, il y aura moins de possibilités de choix, moins de facilités certainement.
La sélection sera plus farouche… Et le marché, sans qu'on y prenne garde, reprendra un jour ses droits.
Il ne faut jamais oublier, malgré la situation privilégiée qui est la nôtre – qui ne rêverait pas d'être très bien payé pour faire le métier qu'il aime, pour vivre sa passion au quotidien ?, que nous sommes considérés comme des produits, des marchandises… C'est l'une des réalités du football professionnel, moins glamour que les strass et les paillettes. Le plus important, c'est d'être bien entouré. De savoir que l'on peut compter sur sa famille, sur ses amis, sur son agent… C'est vrai lorsque l'on est au chômage, même si cela peut être pesant parfois, cela reste vrai quand on est sous contrat. Mieux vaut l'avoir compris.
Et le plus tôt possible ! »