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Andres, une seconde pour l'éternité…
Comme son copain Xavi, dont on ne vantera jamais assez les mérites, il n'a pas la gueule de l'emploi... Andres Iniesta, c'est un peu, beaucoup, l'anti-star. Et pourtant.
Il a suffi d'une seconde, une seconde à peine, pour que la vie du footballeur espagnol bascule à jamais... Depuis, sa silhouette malingre, sa tête d'ado attardé ont recouvert le papier glacé des magazines, plus souvent que les beaux gosses gominés de la Jet-set du ballon rond. Andres n'en demandait pas tant. Lui, l'incroyable joueur formé à la Cantera, l'école du Barça, a trouvé là la récompense d'un travail effectué dans la rigueur, dans l'amour du beau jeu et du geste précis. Cette gloire l'obligera sans doute à lutter contre cette timidité qui s'empare de lui dès qu'il quitte l'herbe verte où il a écrit, avec ses potes en ce 11 juillet 2010, la plus belle page de l'histoire du football espagnol.
Temps forts
VUE DE BARCELONE… « LA CATALOGNE GAGNERA LA COUPE DU MONDE EN 2014 ! »
Il faut parfois savoir lire entre les mots... Ceux de Vicente Del Bosque, par exemple, au soir du triomphe de l'Espagne en Afrique du Sud : « Nous avons passé cinquante jours ensemble, et n'avons pas rencontré le moindre problème entre nous. Pas le moindre... »
Vivre ensemble... Le sélectionneur espagnol a voulu envoyer un message au pays tout entier. Car si l'Espagne est, aujourd'hui encore, une et indivisible, les choses ne sont pas aussi simples qu'elles en ont l'air, et quelques-unes des dix-sept communautés autonomes n'en fi nissent pas de réclamer leur indépendance. Le Pays basque et la Catalogne, en tête...
Barcelone, samedi 10 juillet 2010, veille de la fi nale. Une marée humaine prend possession du Passeig de Gràcia, qui débouche sur la place de... Catalogne. Drapés du drapeau catalan, brandissant parfois les couleurs des Pays-Bas, ils sont plus d'un million à manifester. Ils n'iront pas plus loin. La marée humaine choisit de rester immobile, mais pas silencieuse.
« Adieu l'Espagne ! », « Nous sommes une nation », les slogans fusent plus vite et plus fort encore que la frappe d'Iniesta, le lendemain... La société civile catalane refuse le nouveau statut d'autonomie, revu et corrigé par le Tribunal constitutionnel, la plus haute instance juridique du pays. Une telle démonstration de force impressionne, forcément. Inévitablement, on pense à la Roja, à Carles Puyol, fi erté catalane, qui, trois jours plus tôt, a envoyé l'Espagne en fi nale du Mondial.
Aux défilés improvisés, le même soir dans les rues de Barcelone, et aux cris de joie de tous ceux qui osaient des « Nous sommes espagnols ! » « Je n'ai pas entendu ça... Vous êtes sûr de vous ? » Pau est un vieux militant. Un dur parmi les durs : « Il y a sept Catalans dans l'équipe d'Espagne... Que voulez-vous que je vous dise ? Que ce sont des traîtres ? Oui, ce sont des traîtres... » À côté de lui, un autre combattant des heures les plus sombres, quand la répression et l'oppression franquistes habitaient le quotidien des Catalans, sourit. « Traîtres, non, peut être pas... Il faut les comprendre, ce sont des footballeurs, et la Coupe du monde ne se refuse pas.
Mais le mieux, puisque l'Espagne sera obligée de nous reconnaître demain comme une nation à part entière, c'est qu'ils aient le droit de jouer pour la Catalogne, de défendre un jour leur pays, le nôtre. Et alors, la Catalogne sera championne du monde en 2014, au Brésil ! Que serait l'équipe d'Espagne, aujourd'hui, sans les Catalans ? »
Le lendemain, à Barcelone, terre de football, et pour la première fois depuis le début de la Coupe du monde, un écran géant se dressait à quelques pas de la place... d'Espagne. Et l'Espagne a gagné la fi nale grâce à un but d'Andres Iniesta, un enfant du Barça. L'Espagne a gagné, oui. Mais pas toute l'Espagne !
L'ESPAGNE SORT SA CORNE
Si la Coupe du monde 2010, la première jamais disputée sur le sol africain, a laissé un goût prononcé d'inachevé, on se rappellera, demain, que les meilleurs ont gagné. Justice sportive ou divine, qu'importe après tout. Dominatrice, depuis toujours, au niveau de clubs, championne d'Europe à l'heure où le football s'accordait encore avec plaisir, l'Espagne, deux ans après son second sacre européen, a enfin, avec ce premier titre mondial, remis les pendules à l'heure et le jeu à l'honneur.
Certes, comme en finale devant neuf Néerlandais et deux karatékas, la Roja n'a jamais écrasé ses adversaires, se contentant de victoires étriquées si l'on ne se réfère qu'au tableau d'affichage, mais elle a, dans l'esprit et la manière, écrasé une compétition par ailleurs sans relief et un peu trop vite promise à l'Allemagne pour avoir corrigé l'ennemi héréditaire anglais, puis le cousin argentin et son génial Diego.
On avait rêvé d'un triomphe africain, dans la foulée de quelques stars haut perchées. Mais la Côte-d'Ivoire et le Cameroun ont fait faux bon, l'Algérie et le Nigeria ont sombré eux aussi, l'Afrique du Sud n'a battu que la France, laissant au Ghana le soin de porter les rêves de conquête de tout un continent...
Mais l'Uruguay de Forlan et de Suarez est passée par-là, se qualifiant pour les demi-finales. L'Amérique du Sud, dominatrice en début de compétition, devra s'en contenter et prier pour que, demain, sur ses terres, le Brésil se reprenne au jeu. L'Espagne lui a montré la voie…