« Vous avez des nouvelles de Philippe Piat ? »

Posté le 27.03.2019 à 15h26

« C’est nous les Maliens, mais les plus émus à l’idée de vous rencontrer, ce sont eux, nos deux amis Français de l’UNFP. » En entendant les quelques mots d’introduction de Cédric Kanté, le premier président de l’Union des Footballeurs du Mali, Salif Keita a souri en nous accueillant chez lui, à Bamako. Puis, il nous a posé une question…

 

A jamais le premier de tous…

 

« L’UNFP… Vous avez des nouvelles de Philippe Piat ? »

Dans son boubou paré de vert, forcément, le premier Ballon d’Or africain (1970) posait-il la question tout en en connaissant déjà la réponse ? Peut-être bien…

« Vous me dites qu’il est toujours présent, toujours président de l’UNFP. Ça ne m’étonne pas, c’était un acharné, un sacré syndicaliste… »

Et les souvenirs se ramassent alors à la pelle, quand la légende du football africain, malien et stéphanois remonte le temps que l’on aimerait tant voir s’arrêter pour prolonger ce moment, alors qu’il tourne les pages de ses souvenirs, comme hier il enfilait les buts :

« A Saint-Etienne, j’ai vécu les premières heures du contrat à durée librement déterminée, le fameux contrat à temps. La France, grâce à l’UNFP, était pionnière en Europe et dans le monde. Et quand trois ans plus tard, il a fallu se battre contre les dirigeants qui voulaient revenir au contrat qui engageait les joueurs jusqu’à leur trente-cinquième anniversaire, j’ai fait ce que j’avais à faire. Avec Philippe Piat, avec l’UNFP, avec tous les joueurs de l’époque ou presque, on s’est battu. On a fait grève. Et on a gagné ! »

 

 

L’ancien président de la Fédération du Mali (2005-2009), l’actuel patron du Centre Salif Keita, ce centre de formation qu’il a fait grandir jusqu’à devenir un club professionnel, n’a rien oublié des combats menés, il y a près de cinquante ans.

Joueur, il l’était. Et quel joueur ! Comparé à Pelé, le Brésilien évidemment, puisqu’ils étaient animés tous les deux par « un génie comparable », comme l’écrivait dans France Football, Jean-Philippe Réthacker, gagné par « La magie noire du football », qui ne tarissait pas d’éloges pour Salif…

 

No comment !

 

Joueur, il l’était oui, gravant à jamais son nom dans le cœur des supporters d’une AS Saint-Etienne (186 matches, 142 buts), dont il est un ambassadeur à vie, et qui est partout présente chez lui, entre trophées et souvenirs, pour former un musée qui parle d’un autre temps. Peut-être même d’un autre football, où un certain romantisme avait encore sa place, pour qui oublie les querelles entre les Verts et l’OM, pour un Georges Carnus, pour un Bernard Bosquier, pour un Georges Bereta. Et pour un certain Salif Keita, aussi…

 

Son coeur reste Vert !

 

Sortir de la crise…

 

Joueur, il l’était, précurseur, avec quelques autres pionniers partis comme lui à la conquête de l’Europe, arrachant la reconnaissance qu’on leur refusait jusqu’alors, annonçant l’éclosion des talents, qui témoignent aujourd’hui de la richesse du football africain et dont les noms fleurissent les hall of fame de tellement de clubs en Europe…

 

Salif Keita adhère à l’Union des Footballeurs du Mali, tout un symbole…

 

Joueur, il l’est resté, acceptant avec enthousiasme d’adhérer à la toute nouvelle Union des Footballeurs du Mali (UFM), dont il a bien compris les objectifs et qu’il est décidé à soutenir pour le bien d’un football aujourd’hui à l’arrêt, pour d’obscures querelles partisanes, et qui renaîtra plus fort encore demain si toutes les parties prenantes, comme Salif le demande, comme l’UFM le souhaite et s’y attèle déjà, travaillent à redonner toute sa force et sa vitalité au football d’ici :

« Regardez les résultats de nos différentes équipes nationales, leur réussite qui ne se dément pas malgré la crise que nous traversons, conclut Cédric Kanté, l’arrêt du championnat et tout ce qui nous bloque. Le message que nous renvoient nos sélections est le meilleur qui soit : si nous travaillons ensemble pour un objectif commun, alors rien ne peut nous empêcher d’atteindre les buts que nous nous sommes fixés. Je sais que notre pays saura sortir de la crise et que nos lendemains, forcément et à commencer par la prochaine CAN, seront positifs, constructifs et toujours animés par notre passion pour le football et par notre amour du pays ! »

Dont acte !

 

 

Adama Tamboura, Cédric Kanté, Salif Keita, Salif Diarra, Fatoumata Doumbia et Stéphane Burchkalter (UNFP et FIFPro Afrique)...
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