Charges de travail, au bord de la rupture

Posté le 30.09.2025 à 08h57

La FIFPro, syndicat mondial des joueurs, a publié lundi son rapport annuel sur les charges de travail des footballeurs. Le constat est alarmant : face à la congestion extrême du calendrier international, les temps de repos minimums ne sont plus respectés. Le football reste le seul sport d’élite sans protection minimale pour ses athlètes.

 

Le PSG, symbole d’une crise du calendrier

Le Paris Saint-Germain illustre parfaitement cette situation critique. Finaliste de la Coupe du monde des clubs, le club parisien a subi de plein fouet le resserrement du calendrier. Après seulement trois semaines de vacances, les joueurs du PSG n’ont bénéficié que de sept jours de préparation avant d’attaquer la nouvelle saison.

Résultat, la club parisien subit une avalanche de blessures depuis la reprise de la saison. Senny Mayulu, Fabian Ruiz, Beraldo, Lee Kang-in, Khvitcha Kvaratskhelia, Bradley Barcola, Désiré Doué, Ousmane Dembélé, Vitinha ou encore Marquinhos ont été touchés.

À titre de comparaison, Chelsea, vainqueur de la compétition, a disposé de 13 jours de préparation — ce qui est toujours bien en deçà des recommandations. Les experts en haute performance préconisent pourtant 28 jours de repos complets et 28 jours supplémentaires de préparation pour permettre une récupération optimale.

Des chiffres alarmants pour les joueurs évoluant en France

L’étude, qui a analysé les données de 1 500 joueurs masculins en collaboration avec 70 experts médicaux et de la performance, révèle des statistiques préoccupantes :

  • Seulement 9% des participants à la Copa América évoluant dans les cinq grands championnats européens (Ligue 1 comprise) ont bénéficié des 28 jours de repos recommandés avant la saison
  • Pour l’Euro 2024, ce chiffre monte légèrement à 14%, mais reste largement insuffisant
  • Après les tournois, la situation empire : seuls 4% des joueurs de Copa América et 15% de ceux de l’Euro ont eu une présaison adéquate

Congestion et déplacements : des risques multipliés

Selon les recherches scientifiques, les risques pour la santé deviennent disproportionnés lorsque les joueurs enchaînent des périodes prolongées avec deux matchs par semaine. Plusieurs stars ont ainsi disputé plus de 50 matchs la saison dernière, dont beaucoup avec moins de cinq jours de récupération entre deux rencontres.

Les joueurs sud-américains évoluant en Europe sont particulièrement exposés. Le temps de récupération après un match international est souvent inférieur à 48 heures, bien en deçà des recommandations. L’Argentin Enzo Fernandez (Chelsea) symbolise ce fardeau avec 195 heures de voyage lors de 29 déplacements couvrant 149 010 kilomètres sur une saison.

Le football à la traîne par rapport aux autres sports

Maheta Molango, président du syndicat anglais PFA, et membre du conseil d’administration de la FIFPro, dénonce : « Les joueurs se blessent ou ne sont pas en mesure de donner le meilleur d’eux-mêmes parce qu’ils sont poussés dans leurs derniers retranchements. »

Le contraste avec d’autres sports professionnels est saisissant :

  • Les joueurs de NBA bénéficient de 14 semaines de repos
  • Ceux de la Major League Baseball ont 15 semaines
  • L’AFL australienne accorde également 14 semaines

Le Dr Darren Burgess, président du réseau consultatif de haute performance de la FIFPro, explique : « Si vous n’avez pas assez d’intersaison, vous ne donnez pas à votre corps suffisamment de temps pour se régénérer mentalement et physiquement. L’absence de présaison empêche les joueurs de se préparer rigoureusement, ce qui conduit au pire à des blessures, et au mieux à une capacité de performance réduite. »

Les jeunes joueurs particulièrement vulnérables

L’étude identifie des besoins spécifiques pour les joueurs de moins de 18 ans, mais la prudence n’est pas de mise. Lamine Yamal a ainsi disputé 130 matches avant son 18e anniversaire, tandis qu’Archie Gray a participé à 80 rencontres à seulement 19 ans.

Le Dr Burgess met en garde : « Les plaques de croissance, les tendons et les ligaments restent vulnérables pendant ces années. Une course à grande vitesse excessive ou des fenêtres de récupération courtes peuvent entraîner des dommages structurels à long terme, sans compter les conséquences psychologiques. »

Un exemple extrême

Le défenseur de Bayern Munich Min-Jae Kim incarne les dérives actuelles : il a enchaîné 73 jours de matches consécutifs jusqu’à mi-décembre 2024, avec un match tous les 3,6 jours en moyenne, tout en jouant une grande partie de la saison avec une blessure au tendon d’Achille.

Chris Wood, capitaine néo-zélandais et membre du Conseil mondial des joueurs, résume la situation : « Il est essentiel de disposer d’une période de récupération qui permette au corps de s’adapter. Nous devons prendre soin de notre corps à long terme. »

Le rapport de la saison 2024/25, intitulé  » Surmenés et sous-protégés : L’impact sur la santé et la performance des joueurs «  utilise les données de 1 500 joueurs de football masculin suivis sur la plateforme de suivi de la charge de travail des joueurs de la FIFPRO, en comparant leur repos et leur récupération aux recommandations de 70 experts médicaux et de la performance travaillant pour des clubs et des équipes nationales.

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