Philippe Piat, le discours de l’union…

Posté le 11.12.2015 à 09h42

Dans son discours inaugural, ce jeudi à Amsterdam, Philippe Piat, le président de la FIFPro, a expliqué pourquoi et comment le syndical mondial des footballeurs professionnels répondait aux attentes des 65000 joueurs qui lui font confiance: union, solidarité, transparence…

« Une fois par an – et sans oser me comparer à lui ! -, le président des Etats-Unis prononce un discours sur l’état de l’Union, comme Jon Newman, notre ami, délégué américain, pourrait nous le confirmer…
C’est un discours POUR l’union que le président de la FIFPro se doit aujourd’hui de prononcer devant vous, en cette année 2015, exceptionnelle pour nous tous… mais je ne vous apprends rien !
Exceptionnelle, oui, et à plus d’un titre, puisqu’elle témoigne de la constance de nos idées et de notre combat pour les footballeurs professionnels, dont nous défendons les droits et les intérêts avec la même ferveur, le même enthousiasme et le même engagement, qui ont poussé nos pères fondateurs, dans une Europe naissante que l’on appelait alors le « Marché Commun », a envoyé le ballon par-delà les frontières pour que naisse la FIFPro, la Fédération Internationale des Footballeurs Professionnels…
En français dans le texte, s’il vous plaît !
L’Europe, donc, dans un premier temps, puis, très vite, au rythme de la mondialisation elle aussi naissante et pour ne pas se laisser déborder par elle, partout où le football professionnel avait droit de cité. Mais cette expansion ne s’est pas faite au prix de l’abandon de nos valeurs premières, léguées par nos glorieux anciens et sans lesquelles il serait facile de remettre en question jusqu’à notre existence même.
Solidarité et transparence. Voilà deux mots qui font aujourd’hui sourire dans notre monde, celui du football professionnel, qui n’est qu’une excroissance de la société dans laquelle il vit, où les valeurs suscitées sont le plus souvent de circonstance. De nobles postures, derrière lesquelles la vérité n’est pas toujours belle à voir.

Inutile, ici et avec vous, de revenir sur la tragi-comédie, qui se joue en direct à la Fifa depuis le printemps dernier, comme une mauvaise émission – mais y en-a-t-il de bonnes ? – de télé-réalité. Plus bête et plus méchante encore que le plus bête et le plus méchant des soaps, à pleurer pour tous ceux qui, comme nous, ont voué leur vie au football, par amour du jeu de football, pas par intérêt.
Quel drôle de football que celui-là, quand les candidats à la présidence de la Fifa, par exemple, ne doivent plus seulement faire leurs preuves, mais apporter celles de leur innocence devant la justice, fut-elle sportive… Et pas seulement sportive, malheureusement ?
Il a suffi pour cela que certains dirigeants confondent intérêt personnel et intérêt général, qu’ils oublient que le football ne leur appartient pas. Il a suffi qu’ils oublient qu’ils sont, comme nous nous le sommes, au service du football, et que ce sport, comme toute œuvre collective, renvoie d’abord à l’humilité, car on y apprend – dès le plus âge, certains l’auraient-ils oublié avec le temps ? – que c’est ensemble que se gagnent les matches.

Que seul ou à quelques-uns, on n’est rien. Ou si peu…

Exceptionnelle, cette année 2015 l’est et le restera, si, comme moi – mais je n’ai pas le moindre doute là-dessus -, vous considérez ce cinquantième anniversaire comme le début d’une nouvelle aventure et non comme la fin d’une histoire, fut-elle aussi belle que celle que nous avons écrite ensemble depuis un demi-siècle maintenant…
Exceptionnelle, cette année 2015, oui encore et toujours, car pour chacun d’entre nous, le 15 décembre – magnifique clin d’œil de l’histoire -, c’est aussi le 15 décembre 1995 et l’Arrêt Bosman, trente ans jour pour jour après la création de la FIFPro, qui a fait entrer le football professionnel européen, et mondial par ricochet, dans une nouvelle dimension, ouvrant et offrant tant de nouvelles perspectives aux joueurs, comme propulsés avant l’heure dans un XXIe siècle, promis aux lumières…
Ce XXIe siècle, dans la foulée de l’accord signé avec la Fifa, en 2006 à Barcelone, que nous voulions croire porter en lui un football juste et équitable, où le joueur ne ferait plus seulement rêver l’enfant, applaudir le supporter ou exploser l’audimat, mais serait reconnu pour ce qu’il est… Un salarié comme un autre, qui ne devrait plus avoir à réclamer un véritable statut, ou à courir après son salaire à la fin du mois, comme pourtant soixante-dix pour cent des joueurs que nous côtoyons au quotidien.
Qui pourrait, ici, oublier cette réalité-là, qui n’est certes pas celle racontée sur le papier glacé des magazines people, mais qui est celle que nous devons combattre, sans relâche, jour après jour, parce que nous sommes, avant tout, envers et contre tous, des syndicalistes ?
Ce qui ne veut pas dire, qu’il faille rayer le dialogue de notre vocabulaire. Mais il est un temps pour les mots et un temps pour les actes. La meilleure défense reste l’attaque, ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre !
Prenons l’exemple du système des transferts, que nous avons accepté en 2001, non pas parce qu’on nous donnait la parole pour la première fois, mais parce qu’il allait dans le sens du progrès, dans le sens de l’histoire, dans le sens de l’équité, avant d’être fourvoyé, et petit à petit vidé de sa substance par la justice sportive aux ordres des clubs, simplement parce que cette nouvelle organisation donnait des droits aux footballeurs et, nous y avions veiller, les moyens de les faire respecter.
Je ne vais ici, devant vous, refaire l’historique du combat que nous avons mené, dès que nous avons acquis la certitude que les clubs contournaient ces règlements d’autant plus facilement que les plus hautes instances fermaient les yeux devant leurs agissements, et les encourageaient même à franchir le Rubicon.
Je ne vais pas rappeler, comme cela fut le cas l’an passé au Japon, les différentes étapes qui nous ont mené, et c’est en quoi aussi cette année 2015 est exceptionnelle, à intenter une action en justice contre la Fifa, sous la forme d’une réclamation aux termes de la loi sur la concurrence auprès de la Direction générale de la Concurrence de la Commission européenne à Bruxelles, en contestant justement le système mondial du marché des transferts régi par le règlement de la Fifa, comme étant anticoncurrentiel, injustifié et illégal.
Ce n’est pas la finalité – la plainte – qu’il m’importe ici de retenir, c’est plutôt de mettre en évidence le fait que cette action – forte, majeure – a procédé d’une volonté unanime des membres de la FIFPro, exprimée en octobre 2014 à Tokyo, puis confirmée par les congrès organisés au sein de chacune de nos quatre divisions.
Face aux dirigeants, très vite gagnés par la division parce que c’est dans leur nature, notre unité, notre capacité à parler d’une seule et même voix, si elle force le respect, témoigne de la vision globale et à long terme qui est la nôtre et prouve, s’il en était besoin, que nous joignons les actes à la parole.
Il est ici question de solidarité, d’entraide, de connaissances, de compréhension, d’appréhension des problèmes des autres, d’ouverture, de logique, d’humanisme, de vision, d’avenir…
Nous pouvons – parce que nous ne sommes pas crédules, mais conscients des réalités et bien ancrés dans notre temps – en appeler aux stars de notre sport pour communiquer comme nous l’avons récemment fait sur Tweeter avec un réel succès, mais il n’y a pas, au sein de la FIFPro, de petits ou de grands joueurs, de petits ou de grands clubs, de petites ou de grandes unions nationales, quels que soient l’histoire, le nombre d’adhérents ou le pouvoir économique.
Comment pourrions-nous critiquer ce genre de comportements, et, dans le même temps, agir comme ceux que nous combattons, que nous dénonçons ?
Comment prétendre représenter l’ensemble des footballeurs professionnels dans le monde et être suspendus à la décision de quelques centaines d’entre eux seulement et au bon vouloir de ceux qui les représentent?
Comment et pourquoi devrions-nous choisir entre un joueur et un autre, au prétexte que l’un fait partie du star système et que l’autre attend son salaire depuis trois mois… ou plus parfois?
Comment expliquer à des footballeurs qu’ils comptent moins à nos yeux que d’autres, et qu’à choisir nous préférons régler les problèmes des plus riches, parce que c’est plus facile, plutôt que d’essayer de lutter contre les inégalités et les injustices qui les frappent les plus faibles?
Pourquoi devrions-nous continuer à nous laisser bercer d’illusions et de promesses par la Fifa, les confédérations, les fédérations, les ligues, l’EPFL, les clubs et l’ECA, quand ce ne sont pas nos ministres de tutelle, parce qu’il est plus facile et moins engageant d’attendre qu’ils nous jettent en pâture les miettes d’un festin constitué sur le dos des joueurs, avec la sueur des joueurs, parfois même avec leur argent, alors que nous sommes la FIFPro, que nous représentons les joueurs du monde entier et qu’ils comptent sur nous, parce que nous leur avons promis de nous battre pour eux.
Parce que nous n’existons que pour et par eux !
Si nous n’utilisons pas la force qui est la nôtre pour taper du poing sur la table quand il le faut, si nous nous cachons derrière nos ombres par peur des retombées, si nous préférons nous taire plutôt de crier à l’injustice, si nous ne saisissons pas les tribunaux pour faire valoir les droits de nos adhérents pour ne pas déplaire aux puissants, aux dirigeants, alors nous aurons manqué à notre tâche, à notre parole, à nos obligations.
Je ne manquerai jamais ni à l’une ni aux autres, et je pense que vous m’avez notamment élu pour cela. Je sais, parce que je vous connais, parce que je vous écoute, parce que vous en apportez la preuve tous les jours au sein de vos associations nationales, que vous êtes faits du même bois, solide et droit, et que vous ne vous échapperez pas, quelle que soit la hauteur de vos engagements.
Cette combativité à l’unisson, c’est ce qui fait la force de la FIFPro, et si, comme sur l’aire de jeu de nos jeunes années, certaines individualités se révèlent, elles doivent avant tout penser à travailler pour l’équipe, car c’est ensemble, sur le terrain et non dans les salons dorés des grands hôtels, que nous remporterons la victoire finale.
Regardez la Fifa ! Regardez où mènent la division, la vanité, la soif du pouvoir, la perte des valeurs, la quête de l’argent !
Regardez la FIFPro, une et indivisible. Transparente et démocratique. Fière et digne, nourrie par 65 000 footballeurs professionnels, servie par 65 associations nationales.
Regardez la FIFPro, plus forte que jamais…
Cinquante ans, demain soixante, et toujours au service des footballeurs professionnels et du football.
Jacques Bertrand, l’un de nos pères fondateurs, aimait à dire que « Nous avons le droit et le temps pour nous ! »
Nous avons aussi cette incroyable force d’être ensemble, unis et solidaires.

Vive la FIFPro ! »

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