Des joueuses et des joueurs véritablement proactifs!

Posté le 19.10.2023 à 12h01

L’Assemblée générale annuelle ordinaire de l’UNFP qui s’est tenue, samedi dernier à La Défense, a sanctionné, sur des sujets majeurs, la proactivité croissante des joueuses et des joueurs que l’UNFP appelait de ses vœux, ces dernières années…

Une Assemblée générale peut en cacher une autre… C’est ainsi, après que l’Assemblée générale ordinaire a été proclamée ouverte par le président Philippe Piat, que la quarantaine de délégués clubs présents, les membres du Comité directeur et les salariés de l’UNFP sont entrés dans une Assemblée générale extraordinaire afin de modifier quelques statuts de notre syndicat…

 

« Juste un léger toilettage imposé par les années qui passent, confiait Philippe Lafon, le directeur général. Une modification majeure, toutefois : notre Comité directeur sera désormais élu tous les quatre ans, et non plus tous les deux ans comme depuis la création de notre syndicat en 1961. Nous rejoignons ainsi toutes les instances sportives calées sur le temps olympique… »

Philippe Lafon

 

Si elle n’était pas élective – elle le sera l’année prochaine -, cette Assemblée générale n’en a pas moins été marquée par plusieurs sujets d’importance, à commencer par le travail réalisé, avec les joueuses et depuis bientôt deux ans, pour la finalisation d’un accord collectif alors que la Ligue féminine professionnelle sera opérationnelle au 1er juillet 2024.

« Les enjeux sont majeurs, a rappelé Fabien Safanjon, vice-président, et nous restons, à cette heure, dans une impasse, tout en gardant l’espoir de pouvoir en sortir un jour. Mais aujourd’hui, les négociations sont à l’arrêt devant le refus des clubs d’apporter toutes les garanties souhaitées en termes de reconnaissance du droit à l’image, du nombre de contrats, du mécanisme de prévoyance… »

 

Jusqu’à la grève ?

 

Si les joueuses sont particulièrement mobilisées alors que se décide l’avenir du football professionnel au féminin en France, leurs collègues masculins le sont également comme s’en félicite David Terrier : « Il y a, concernant les charges de travail et l’obligatoire refonte du calendrier international, un véritable changement dans les mentalités. Voilà plusieurs années que nous évoquons la question avec les joueurs qui, jusqu’à ces derniers mois, faisaient le dos rond, reconnaissant qu’ils jouaient trop, tout en acceptant la situation. Est-ce la création du championnat du monde des clubs cumulés aux effets néfastes de saisons qui s’étirent comme un jour sans pain, mais le ras-le-bol est devenu général et les joueurs, que ce soit en France ou ailleurs en Europe, sont décidés non seulement à dire stop, mais à agir si d’aventure ils n’étaient pas entendus, peut-être en allant jusqu’à déclencher un mouvement de grève coordonné en Europe ! »

 

Fabien Safanjon, Philippe Piat et David Terrier, la direction de l’UNFP…

 

Élu président de la FIFPRO Europe en mai dernier à Bucarest, David Terrier sait que les joueurs, les entraîneurs, les staffs médicaux, certains dirigeants de clubs et même les supporters souhaitent, à des niveaux divers (intégrité physique et/ou morale, qualité du spectacle, intérêt, etc.), que les instances dirigeantes écoutent enfin la voix de la raison…

Si la refonte des calendriers doit être appréhendée au niveau international et qu’un dialogue constructif a été renoué par David Terrier avec l’UEFA, en France, le dialogue social est au point mort.

« Les négociations autour des droits télés et l’impact que le résultat obtenu aura sur l’économie de notre football et de nos clubs, explique Philippe Piat, président, ont mis le dialogue social en stand-by et le package deal que l’UNFP a proposé aux clubs reste, à ce jour, à l’étude. Pour rappel, nous souhaitons : la transformation du premier contrat pro de 5 ans en un contrat 3+1+1, la revalorisation des minima concernant les contrats jeunes et le premier contrat pro et la réécriture de l’article 507 puisqu’il est détourné dans sa forme actuelle et que les sanctions contre les clubs doivent être plus sévères. Faut-il rappeler que le non-respect de manière prolongée de l’article 507 a été jugé comme étant constitutif de harcèlement moral ? Il nous semble, alors que nous menons ce combat depuis des années, que les instances, y compris au niveau du ministère, ne prennent pas conscience, sciemment ou pas, de la gravité des faits… Malgré l’inaction de la FFF et de la LFP en matière de sanctions et de prévention des risques, malgré nos alertes officielles et répétées rien ne se passe, mais nous ne lâcherons pas. Il faut en finir avec le harcèlement moral dans notre football ! »

 

Quitter le terrain !

 

Comme il faut en finir avec toutes les discriminations. Homophobie, violence, racisme, toutes les valeurs du sport ont ainsi été piétinées à l’envi ces dernières semaines. Ces dérives sont à considérer à l’identique et les instances, qu’elles soient sportives ou politiques, doivent sévir avec la même force, la même détermination sans donner plus de résonance à l’une qu’aux autres…

S’agissant des faits les plus récents, outrages verbaux plus que propos déplacés, il ne suffit plus, pour l’UNFP, de dénoncer, de mener des campagnes de sensibilisation, d’apporter son soutien aux victimes d’actes racistes, d’appeler aux sanctions les plus sévères.

Depuis le début de la saison, profitant de la tournée qui mène ses délégués de club en club partout en France, notre syndicat a engagé dans chaque vestiaire un dialogue ouvert pour libérer la parole des joueurs au regard du racisme et trouver avec eux la meilleure réponse à apporter face à de tels actes lors d’un match.

« Si nous avions la solution miracle, note David Terrier, vice-président de l’UNFP, il y a longtemps que nous l’aurions communiquée alors que, depuis des années, nous partageons avec les clubs, la LFP et la FFF la volonté d’éradiquer ce fléau en menant parfois des actions communes. Mais ce n’est pas assez ! Face à un acte raciste, l’immense majorité des joueurs que nous avons rencontrés étaient d’accord pour quitter l’aire de jeu et s’en remettre à la décision de l’arbitre de continuer ou d’arrêter le match… Il se pourrait que les déplorables incidents survenus à Nancy agissent donc comme un élément déclencheur car, nous l’avons vraiment ressenti, pour l’ensemble des footballeurs professionnels évoluant en France la coupe est pleine et l’heure est à l’action pour dire tous ensemble non au racisme !

« Cette belle unanimité, conclut David Terrier, sur ce dossier comme sur beaucoup d’autres, témoigne de la proactivité grandissante des footballeuses et des footballeurs que nous avons toujours encouragée et sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour continuer à travailler plus et mieux au bénéfice de nos adhérents ! »