Un football plus vertueux car pensé par les joueurs…

Posté le 09.05.2020 à 10h11

Pour la première fois, et à l’approche d’une saison 2020-2021 fortement attendue, l’ensemble des composantes générationnelles du footballeur (joueur en exercice, ancien joueur devenu entraîneur et ancien joueur devenu dirigeant de syndicat) s’unissent pour faire entendre leurs voix.

Dans une prise de parole accordée au journal Le Figaro, Sylvain Kastendeuch, coprésident de l’UNFP, accompagné par Patrick Vieira, Steve Mandanda et Laurent Koscielny, détaille sa vision d’un football plus vertueux car pensé avec les joueurs au centre des processus décisionnels.

Le joueur doit retrouver le centre du jeu

L’arrêt des championnats en cours a été la meilleure des options possibles aux yeux de la majorité des footballeurs professionnels. Le sport, le football en particulier, ne devait pas faire exception à l’impératif de santé publique. Conscients de l’impact de leur position sur les choix du gouvernement, les joueurs ont salué cette décision responsable. Via l’UNFP, ils souhaitent désormais se tourner vers l’avenir. En effet, le coup de sifflet, qui a mis fin à la saison 2019-2020, a placé le football français face à ses responsabilités. Dans ce contexte, l’UNFP entend permettre aux joueurs de redevenir maîtres de leur destin. Pour Sylvain Kastendeuch, « l’équilibre des forces est crucial. La LFP doit réussir à fédérer en dominant l’individualisme ambiant. La clé sera de retenir des familles faisant preuve de solidarité et capables de penser à l’intérêt du football dans son ensemble plutôt qu’aux intérêts individuels ».

Dès à présent, il appelle à agir collectivement pour construire le football de demain, un football vertueux, compétitif, garant d’équité sur le territoire national et à l’échelle européenne, et où les joueurs devront être au centre du jeu. Il ajoute : « On pense à intégrer les joueurs aux réflexions uniquement lorsqu’il s’agit de déconstruire, mais jamais lorsqu’il s’agit de construire ! En les excluant des tables des négociations, on les dévalorise, et on dévalorise alors l’essence même du football. »

 

Le joueur doit pouvoir donner la pleine mesure de sa triple influence : économique, politique, et sociétale

Sylvain Kastendeuch rappelle également combien la définition d’un statut de « Joueur-Homme » est fondamentale et peut avoir une incidence sur la manière dont leur sport évoluera : « Le joueur incarne l’ascenseur social, il est un modèle d’excellence, de sacrifice, de générosité, d’abnégation, aux effets vertueux, il faut cesser de les prendre pour des dealers d’opium du peuple ! » En effet, lorsque la population se retrouve pleinement dans une génération de footballeurs, cela se retrouve dans le nombre de licenciés, de spectateurs au stade et devant leur télévision. La valorisation des joueurs dans leur globalité a alors un impact indirect sur la billetterie, les partenaires et les droits TV. Dans un contexte où le football doit tout autant s’affirmer comme un acteur de l’équilibre sociétal que moteur de la relance économique du pays, la pleine considération des joueurs est vitale. Car le football a bien un rôle sportif, économique, politique mais aussi éducatif dans une société en constante quête de repères, d’autant plus avec la crise que la France traverse et qui pourrait être durable.

Pour que les footballeurs puissent devenir meneurs de cette transformation vertueuse et nécessaire, il est donc selon eux crucial de leur permettre de donner la pleine mesure de l’influence dont ils disposent sur le plan sociétal. Adulés et admirés, les footballeurs ont une aura particulière auprès des plus jeunes et souhaitent plus que jamais la mettre à profit. En leur donnant les moyens de devenir moteurs et centraux, ils pourront rayonner plus fort encore sur la société et impacter durablement le visage du football de demain.

« Le meilleur moyen de garantir un système vertueux, c’est en le rendant plus humain », précise Sylvain Kastendeuch, « en mettant le joueur-homme au centre ». Et il ne s’agit pas uniquement des top-players, mais bien de tous les joueurs, et les plus anonymes comme les autres. L’UNFP entend mener ce combat de front ; permettre aux joueurs d’accompagner les grandes orientations stratégiques du football français et être pleinement associés aux décisions.

 

Le football doit redevenir universel et populaire

L’UNFP entend être en première ligne dans les débats qui vont se poursuivre. « Il faudra que nous fassions tous preuve de solidarité car les difficultés sont grandes et risquent d’être durables » précise Sylvain Kastendeuch. Les solutions sont à la portée des dirigeants du football français. Cette période de crise doit imposer de repenser certains fondamentaux de l’économie du football dans laquelle footballeurs et spectateurs doivent être bien mieux considérés.

Vivre sa passion du football dans un stade et devant sa télévision ne doit plus être un luxe. Car « la force du football, c’est son universalité », rappelle Sylvain Kastendeuch. Tous les acteurs doivent prendre conscience que si cette situation perdure, le football sera vidé de sa substance.  L’UNFP appelle donc à préserver un football populaire. En tant que représentant des joueurs, le syndicat se pose en garant d’une forme de justice sociale vertueuse du football.

 

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