L’UNFP pose la question d’une reprise dangereuse des championnats !

Posté le 20.04.2020 à 12h34

Alors que la pandémie du Covid-19, qui frappe le monde entier, a entraîné depuis le mois de mars l’arrêt total des compétitions de football nationales et européennes, la piste d’une éventuelle reprise des championnats français se fait de plus en plus pressante, ces derniers jours.

Par la voix de son coprésident Sylvain Kastendeuch, via une tribune publiée dans Le Monde ce lundi, l’UNFP souhaite attirer l’attention, sur l’urgence d’une réflexion collective. Elle doit être préalable à toute prise de décision, autour des risques que pourrait engendrer ce retour aux terrains. Elle doit servir à initier les garanties nécessaires à mettre en place pour les limiter.

Dans les conditions actuelles, sans assurance d’un plan de reprise viable à tous les nouveaux (santé pour les acteurs, économique, calendrier, etc.), Philippe Piat, Sylvain Kastendeuch et toute l’équipe de l’UNFP pensent qu’il ne serait pas raisonnable d’envisager une reprise sans avoir mené cette réflexion collective.

 

L’urgence d’envisager précisément toutes les options possibles et leurs conditions

Dans cette période de crise sanitaire sans précédent, l’UNFP privilégie avant tout la santé de l’ensemble des acteurs, ce qui passe par la maîtrise du virus sur le plan national.

Avec cette prise de position, l’UNFP rappelle qu’il est plus que jamais nécessaire de protéger la santé des joueurs pour qu’ils puissent pleinement remplir leurs rôles : sportif, économique et – plus que jamais – sociétal. Le syndicat des footballeurs attend des instances du football français et des autorités qu’elles clarifient leurs positions en phase avec les exigences sanitaires que cette crise impose.

Ce contexte inédit requiert notamment, pour que les conditions d’une reprise puissent être évaluées, la réunion de plusieurs éléments :

  • La diffusion de directives gouvernementales relatives au déconfinement et les mesures concernant le sport professionnel et la protection des athlètes, à ce jour en cours d’élaboration. Un déconfinement par phases, dont on ne connaît pas encore les contours précis, conduirait à une reprise imparfaite des compétitions sportives, dont les difficultés, voire les manques auraient besoin d’être appréhendés rapidement pour pouvoir être résolues ou comblés.
  • La mise en conformité du plan de reprise des compétitions de la LFP, non finalisé à ce jour, avec les orientations du gouvernement. Un plan qui devra impérativement veiller à préserver la santé des joueurs et de tous les acteurs, qui gravitent autour des matchs (ramasseurs, stadiers, staff…), garantir l’équité des compétitions et maintenir sur le long cours l’économie de la filière.

 

Sans l’apport de précisions de la part des autorités et d’une réflexion collective de toute la filière pour permettre de remplir l’ensemble des conditions préalables, un retour à la compétition semble à ce stade difficilement envisageable. En revanche, si dans les jours qui viennent tous les doutes pouvaient être levés pour permettre une reprise dans les meilleures conditions, l’UNFP ne s’y opposera évidemment pas. Elle reste, comme depuis le début des réflexions, impliquée et à la disposition de l’ensemble des groupes de travail mis en place par la LFP afin d’analyser les différentes options pour sortir de cette crise.

 

Un risque pour la santé de tous et un danger pour la carrière des joueurs

Une reprise des championnats de Ligue 1 Conforama et Domino’s Ligue 2 dans les prochaines semaines répondrait pour tous les passionnés de football à une longue attente. C’est pourquoi la prolongation de cette période de disette, si elle était inévitable, serait un déchirement pour toute la filière, et potentiellement un risque pour son économie.

Toutefois, la menace sanitaire importante, qui pèse sur un éventuel retour à la compétition, doit guider le processus de réflexion conjointement mené par les autorités et les instances du football pour mieux les conduire à envisager et à considérer toutes les solutions alternatives qui se présenteront, y compris sur le plan économique (compensations par la hausse dès la saison prochaine des droits TV de 56%, changement de logique comptable avec des objectifs de rentabilité pour pérenniser les clubs, souscription à un crédit garanti par la BPI et l’État, …).

Par ailleurs, la décision qui sera prise dans les prochains jours devra nécessairement intégrer une analyse préalable des menaces et une réflexion autour des conditions à réunir pour reprendre ces compétitions :

D’une part, le risque lié à la propagation sur le territoire du virus est inévitable même dans des stades à huis clos, même avec des dispositifs « barrière », les championnats se déroulant sur l’ensemble du territoire national métropolitain.

D’autre part, faire jouer des matchs à enjeu à des sportifs peu athlétisés les expose fortement à une blessure, qui pourrait déstabiliser une saison et un club et compromettre des carrières. D’autant que la saison suivante reprendrait dans la foulée sur une cadence quasi infernale avec en point d’orgue, l’Euro prévu à l’été 2021. L’analyse médicale menée par l’UNFP et la FIFPRO alerte sur les risques physiques élevés en cas de matchs tous les trois jours après une si longue période d’arrêt : fatigue accentuée et augmentation par six de l’incidence des blessures musculaires dès la fin du deuxième match. Au-delà, baisse de la performance…

 

Trois-quarts des joueurs des championnats professionnels français redoutent une blessure en cas de reprise et craignent un risque de propagation du virus

Par son rôle de représentant des joueurs, et dans ce contexte de crise où leur parole doit être au centre du débat, l’UNFP se fait le relai de leurs préoccupations. Les résultats d’un récent sondage mené auprès d’un panel de plus de 1 000 footballeurs français et étrangers des championnats professionnels nationaux témoignent de l’urgence de mener des réflexions collectives autour de la faisabilité de cette reprise :

  • Les trois-quarts des joueurs redoutent une blessure en cas de reprise et craignent un risque de propagation du virus ;
  • Une majorité de joueurs se dit prête à ne pas reprendre dans les conditions sanitaires actuelles;
  • Les trois-quarts des joueurs demandent à l’UNFP de veiller à la protection de leur santé face aux conditions de reprise des compétitions.

 

Afin de fournir l’analyse la plus objective et pertinente, l’UNFP continuera de sonder ses adhérents au fur et à mesure des protocoles et propositions énoncées par le gouvernement et la LFP. Conscients des enjeux auxquels le monde doit faire face et à l’image de tous les Français, les joueurs consentent des efforts qu’ils seront certainement prêts à poursuivre si les championnats venaient à s’arrêter pour basculer très rapidement sur la saison suivante et donner le meilleur d’eux-mêmes.

Sylvain Kastendeuch, coprésident de l’UNFP et cofondateur du mouvement Positive Football®️ et des programmes Players for Society®️, déclare : « Nous devons repenser notre football après la crise. Il est primordial, dès aujourd’hui, de considérer de manière approfondie des solutions alternatives en cas d’arrêt des compétitions. Restons confiants dans la capacité des acteurs à se sortir de cette crise même en cas d’arrêt. Nous reconnaissons les dégâts que ce scénario pourrait provoquer mais nous ne pouvons pas nous affranchir d’anticiper ces options et de bâtir un chemin dès maintenant. Pour permettre à nos talents de continuer à briller, il me semble plus raisonnable, plus juste et plus vertueux de faire, aujourd’hui, le choix de la raison, pour que demain nous puissions à nouveau faire celui du cœur »

 

L’intégralité de la Tribune de Sylvain Kastendeuch dans le Monde

« Renonçons à une reprise précipitée et dangereuse du championnat du football ! »

 

Le football nous manque. Privés de notre passion, nous rêvons le foot ! Les matchs se jouent désormais dans nos imaginaires…

Cette crise inédite nous ôte donc aussi ces moments forts, qui d’ordinaire égayent notre quotidien, mais elle ne doit pas nous affaiblir. Elle doit nous permettre de rebattre les cartes pour mieux en ressortir grandis. Collectivement. Nous attendons tous de pouvoir revoir nos artistes sur les terrains. Alors qu’une sortie de confinement se dessine, la reprise des championnats professionnels occupe tous nos esprits et une question se pose : que devons-nous faire prévaloir?

Le football moderne, troisième vecteur de sociabilisation derrière la famille et l’école, est un écosystème complexe, unique, qui, pour nous faire rêver, cultive ses pépites : les joueurs. Hissés au rang de modèles, ils sont salués, adulés, imités comme aucun autre artiste. Les supporters, les clubs, les ligues, les fédérations, clés de voûte d’un sport au rôle sociétal incomparable, sont là pour eux et avec eux. Ce rôle revêt une importance encore plus grande à l’aune de la période difficile, qui s’ouvre pour une grande majorité des Français. Dans ce contexte, il est plus que jamais nécessaire de protéger les joueurs pour qu’ils puissent pleinement remplir les trois missions qui sont les leurs : sportive, économique et – surtout – sociétale.

Cela est tellement évident, qu’on l’oublie le plus souvent : sans les footballeurs, il n’y a pas de football ! Nous devons donc prendre soin d’eux et les préserver contre les risques auxquels ils sont exposés. L’analyse médicale menée par l’UNFP et la FIFPRO alerte sur les risques physiques élevés en cas de matchs tous les trois jours après une si longue période d’arrêt : fatigue accentuée et augmentation par six de l’incidence des blessures musculaires dès la fin du deuxième match, baisse de la performance ! Ces risques doivent-ils être pris ? La question mérite d’être posée, car c’est un enjeu véritable pour les joueurs, pour leur carrière, au-delà, pour l’ensemble de la filière et, surtout, pour le spectacle que le football pourra offrir. Sera-t-il en capacité de répondre aux attentes, d’autant plus en ces temps difficiles ? Nous devons y réfléchir collectivement.

Les joueurs sont aussi le moteur de l’économie de la filière. Une économie, qui s’est emballée ces dernières années et qui devra être repensée à l’aune de la crise que nous traversons. Les joueurs, considérés à tort par certains acteurs comme des actifs financiers, ont fait preuve de solidarité économique, ces dernières semaines, et chacun parmi eux a pris la pleine conscience de sa situation. Aujourd’hui, collectivement, il est utile – voire nécessaire – de repenser certaines parties du système, en y intégrant les joueurs en tant que meneurs. Car si nous sortons des logiques à court terme, les solutions sont à notre portée. Compensation de la perte des droits TV par une hausse sur la saison prochaine, nouvelles lignes de crédits pour les clubs, changement de logique comptable pour passer d’un objectif de solvabilité à une logique de rentabilité, associée au fair-play financier. Et afin de satisfaire cette recherche de performance économique et de s’armer contre les risques de crises futures, et malheureusement certaines, pensons à l’instauration de ratios précis à l’échelle européenne.

Mais la mission la plus noble des footballeurs est sociétale. Cette mission passe évidemment par le partage des moments sportifs avec l’ensemble des passionnés. Le football est plus qu’un simple sport, c’est un trait d’union social, tant au niveau local, que national et qu’international. Les joueurs partagent avec tous ceux qui aiment le football de grands moments de joie et de peine. Là encore, il faut se pencher collectivement sur ce point. Quel sens pour les footballeurs pourront-ils donner à leur activité sur le terrain s’ils ne peuvent l’exercer en présence de supporters au plus près d’eux ? Dans les tribunes !  

Les footballeurs ont pris pleinement – et depuis longtemps – la mesure de leur mission solidaire, car nombre d’entre eux s’engagent tout au long de l’année en soutenant des causes et en s’engageant aux côtés d’ONG, de fondations et d’associations. Cet investissement de leur part rappelle combien le rayonnement du football est grand et combien nous devons réfléchir à long terme sur les responsabilités qui nous incombent.

Partout dans le monde, la pandémie du Covid-19 a entraîné l’arrêt des compétitions nationales et européennes, renvoyé les footballeurs à l’isolement et les a forcément éloignés des supporters. C’est aujourd’hui tout l’écosystème du football qui mesure combien la reprise du jeu est attendue, espérée, rêvée dans les prochaines semaines. Mais à quel prix ? Comment résoudre l’impossible équation entre retrouver au plus vite notre vie d’avant, si tant est qu’elle puisse encore être comme avant, et s’assurer que nous ne mettrons la vie de personne en danger ? Les conditions sont-elles réunies, oui ou non, pour permettre un retour à la compétition dans les prochaines semaines ?

Certes, mettre un terme à la saison en cours représente un risque important et un déchirement pour tous les acteurs que ce sport fait vivre ou passionne : les ligues, les clubs, les diffuseurs, les joueurs et, bien entendu, tous les passionnés. Tous les maillons de la chaîne de valeur de l’industrie du football reconnaissent l’impact économique du Covid-19, et il est légitime de se poser collectivement la question de la poursuite des championnats professionnels. Mais, dans ce contexte, au regard des menaces et des dangers qu’une éventuelle reprise pourrait générer, il est de la responsabilité de tous de considérer l’ensemble des possibilités pour que le jeu puisse reprendre dans les meilleures conditions possibles. Demain ? Après-demain ? La saison prochaine ? Et il est de la responsabilité du représentant des footballeurs professionnels que je suis de mener dès aujourd’hui la réflexion sur une refonte du football français pour en assurer un rayonnement mondial durable.

L’urgence économique ne doit pas prendre le pas sur l’impératif de santé publique. Renonçons à une reprise précipitée et dangereuse du championnat. Rassemblons dès aujourd’hui les conditions d’une reprise réussie et exemplaire de ce football que l’on aime tant. Acceptons l’idée d’une forme de destruction créatrice, engendrée par cette crise. Osons le grand pont, nous en sommes tous capables. Pour permettre à nos talents de continuer à briller, il me semble plus raisonnable, plus juste et plus vertueux de faire, aujourd’hui, le choix de la raison, pour que demain nous puissions à nouveau faire celui du cœur.

 

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