Allo Bobo… Bobo!

Posté le 22.07.2024 à 17h08

La parole, il l’a souvent prise, ces cinq dernières années depuis qu’il a accepté d’être le parrain de l’UNPF FC. Mais ce mercredi 17 juillet, à Valenciennes, alors que la première défaite de l’UNFP Football Club était venue ajouter à la moiteur d’un été qui avait fini par arriver sans trop que l’on sache s’il s’installerait pour de bon, les mots de Robert Malm ont eu, dans l’ambiance de ce vestiaire d’après match, une résonnance toute particulière. Nous étions quelques-uns alors, au milieu de joueurs et d’entraîneurs attentifs à la parole offerte, à garder notre regard fixé sur… Bobo.

 

Robert Malm et Jean-Jacques Pierre…

 

Car aussi sincères qu’ils pouvaient l’être – et pleinement justifiés, d’ailleurs -, les remerciements au staff et les félicitations au groupe n’étaient, pour le Monsieur Ligue 2 de BeIN Sports, qu’un préambule au message que pour rien au monde il n’aurait pu ne pas prononcer. Bobo, son ami, celui qui qui est venu lui proposer en 2019 et l’a convaincu – peu importe que ce soit sans le moindre mal – de devenir le parrain de l’UNFP FC venait de vivre son dernier match en sa qualité de directeur de stage.

Et si nul n’est irremplaçable, si le départ a été planifié et la succession préparée, si le vide abyssal ici engendré ne devrait donc pas être une source d’angoisses, pourquoi la tension était-elle à ce point palpable, alors que rougissaient certains yeux, même enfoncés dans un œilleton ?

C’était la fin d’une histoire et le début d’une nouvelle aventure. Sans qui vous savez dorénavant. Des mots simples, une émotion vraie, et rien de galvaudé à l’évocation par l’ancien joueur de Nîmes de ce que Bobo a su créer, parce que même si la famille, l’engagement, l’amitié et le don de soi sont servis aujourd’hui à toutes les sauces, ces valeurs ont encore un sens. Parfois et comme à l’UNFP FC ! Car quand le bonheur peut naître de la main que l’on tend, du temps que l’on prend pour l’autre quitte à s’oublier si souvent, cela résonne plus fort encore. Et chaque victoire, ici chaque joueur qui retrouve un contrat de travail, est l’aboutissent d’un travail collectif qui donne tout son sens à ce rendez-vous annuel que le syndicat prend avec les joueurs dits libres depuis 1990.

 

Mais qui est donc ce Bobo ?

 

« L’UNFP FC – auquel je n’oublierai jamais d’associer Manfa Camara -, c’est avant tout une aventure humaine, comme il n’en existe plus guère et comme il est devenu difficile d’en vivre aujourd’hui dans notre sport. Elle est faîte de belles rencontres et suscite tellement d’émotions fortes. Tout le monde y a sa part, évidemment, mais c’est Bobo qui donne le la et bat la mesure. Pour moi, l’UNFP FC, c’est Bobo… Et Bobo, c’est l’UNFP FC ! Et ce n’est pas pour autant que je nourris la moindre crainte pour l’avenir. L’héritage est là, qui sera choyé, je n’ai pas le moindre doute ! »

Robert Malm aurait-il déjà tout dit ? Presque, oui. Car il nous reste à découvrir qui est le fameux bobo de l’histoire…

Bobo, c’est Pascal Bollini. Directeur du service Europ Sports Reconversion de l’UNFP. Et qui, mieux que ceux qui l’ont accompagné à l’UNFP FC, peuvent parler de lui, du directeur de stage qu’il a été ?

 

Philippe Rossi, le complice…

 

« Le stage que l’UNFP organise pour les joueurs en fin de contrat, ce n’est pas à proprement parler une étape annuelle dans son calendrier professionnel. C’est tellement plus que cela pour Pascal. Il faut avoir assisté, quelques semaines ou quelques mois après la fin de notre camp d’entraînement, aux retrouvailles de Bobo avec un des stagiaires qui a retrouvé un club C’est là, à chaque fois, qu’il prend la pleine mesure et réellement conscience du rôle que nous avons pu jouer dans la poursuite de la carrière de tant de footballeurs. Il est alors sur un nuage, tellement heureux, presse le joueur de questions, et son enthousiasme est contagieux, comme il l’est tout au long des semaines passées avec et pour les joueurs. Il est en mission, il se multiplie parce que le plus important pour lui, c’est d’être au service de ces garçons qui traversent une période difficile de leur carrière et que pour rien au monde – enfin pour ceux qui poussent la porte de l’UNFP FC – il ne peut ni ne doit abandonner. Et qu’importe que vous soyez un ancien compagnon de route ou un membre du staff fraîchement arrivé, nous partageons tous le même état d’esprit qui s’impose à nous après une ou deux journées passées à côté de Bobo… »

Responsable de la vidéo et de la communication sur les réseaux sociaux, Philippe Rossi connaît son Bobo sur le bout de ses objectifs… Leur complicité est une des pierres angulaires de l’UNFP FC.

« Bobo, le premier souvenir que j’ai de lui, c’est de le voir s’affairer autour des machines à laver. Comme pour tout le reste, tout doit être parfait. Les tenues d’entraînement comme le reste. Le moindre détail, rien ne lui échappe ! »

Barkley Miguel Panzo pourrait en sourire… « Cela prouve à quel point, il peut être engagé », quitte à dépasser sa fonction, nouveauté à la mode sur les plateaux de télévision, qui en dit long sur la méconnaissance du jeu de football. Passons et revenons à notre sujet.

 

« J’ai toujours la même patte gauche… »

 

À force de toujours chercher à arrondir les angles, Bobo a fini par s’arrondir aussi. Un peu selon lui. Selon lui, oui. Ce serait pourtant à s’y méprendre, mais ce n’est pas un ballon, objet du désir pour l’enfant de Jarny, puis devenu outil de travail à Sedan, à Reims, à Niort et même au Luxembourg, qu’il cache sous son polo estampillé UNFP FC, mais « c’est le… poids des années… »

À la moindre évocation de ce que fut – footballeur professionnel oblige quand même ! –  sa sangle abdominale, Pascal Bollini ressort le même couplet et, pour peu qu’un cuir traîne autour de lui, il joint le geste à la parole : « Mais j’ai toujours la même patte gauche. Tu veux voir ? »

On a vu, Pascal, sur les vidéos de ton nutritionniste reconverti – et pas avec ESR ! – car lassé de s’arracher les cheveux devant tes appétits qui peuvent être gargantuesques et tes absences répétées au footing quotidien et matinal avec le staff dont tu avais la responsabilité pourtant, il y a quelques jours encore . Oui, on t’a vu Pascal, sur quelques archives pieusement conservées et toujours prêtes à être dégainées, caresser le cuir, enrouler tes frappes, viser la lucarne et l’atteindre souvent en entamant au passage le moral des gardiens venus te rejoindre pour que tu les aides à entretenir l’espoir et non pas pour que tu les envoies chercher ton ballon au fond de leur filet. Non, mais….

 

Si elles ne sont tout de même pas en noir et blanc, les pièces à conviction de ta défense finissent par dater. Là encore, le temps est passé, même si toi, tu ne l’as pas vu défiler, alors que tu es pourtant capable de regarder vingt fois ta montre en moins d’une minute !

Regarde, rappelle-toi de cet été 2004. Il y a vingt ans. Déjà.

« Il n’y avait pourtant rien d’écrit, confesse le principal intéressé. On m’avait simplement demandé de venir seconder Hervé Gorge (décédé en 2008, Ndlr) et j’ai bien évidemment accepté. Comment aurait-il pu en être autrement ? J’avais participé au stage en tant que joueur, je savais ce que les gars traversaient. Cela faisait partie intégrante de mon engagement à l’UNFP… »

Et la pige estivale est devenue mission continue. Naturellement. Forcément.

« Pourtant, en 2012, dans le bus qui nous ramenait d’une victoire face à Troyes, il avait pris sa décision. Il nous avait dit « J’arrête sur un succès. J’ai fait le tour de la question. »… Il avait l’air sûr de lui. Et pourtant… »

 

C comme changements et continuité…

 

Pourtant, oui, il en a repris pour douze ans. Mais il a décidé alors, petit à petit, de creuser son propre sillon, avec l’aval, évidemment, de la direction de l’UNFP.

« Très vite, se souvient encore Philippe Rossi, il s’est demandé comment améliorer les choses, comment offrir aux joueurs de meilleures conditions, comment mettre toutes les chances de leurs côtés… Il a tâtonné, essayé, avant de trouver la bonne formule. »

La première chose, quitte à enrôler cinq années durant sa kinésithérapeute de fille, Alexia, a été de gonfler le staff pour lui donner tous les atours de ceux que les joueurs rencontrent dans les clubs. Qu’il est loin le temps où il n’y avait qu’un entraîneur et qu’une bombe réfrigérante pour soigner tous les… bobos !

Cette année, par exemple, sans compter les trois stagiaires appelés à remplacer Bobo dans les prochaines années, ils sont douze à l’intérieur du staff. Et pour cinq d’entre eux seulement, c’est leur premier « engagement » avec l’UNFP FC.

 

Barkley Miguel Panzo et « son » Bobo…

 

« La continuité, c’est une force, affirme Barkley Miguel Panzo. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’essayer le stage, c’est l’adopter, mais… »

 

Olivier Guillier, le préparateur physique, rempile chaque année avec le même enthousiasme…

 

Mais presque comme le confirme Philippe Rossi : « Pour bien comprendre ce que Bobo a su créer, il suffit simplement d’énumérer ceux qui ont fait le stage en tant que joueur et qui, aujourd’hui, font partie de l’encadrement… »

Bobo, en premier lieu, Philippe Durpes, le masseur, demain Franck Signorino, Sam Allegro, Steven Pinto-Borges, Jean-Jacques Pierre (deux fois en tant que joueur, trois fois dans le staff), sans oublier Barkley : « Je ne remercierai jamais assez l’UNFP, Bobo et Philippe Rossi de m’avoir offert la chance de revenir et de participer ainsi à ma reconversion. J’apprends tous les jours dans une ambiance sereine et détendue, mais réellement professionnelle. »

Et toujours positive, y compris lors des matches comme le plaît à rappeler Philippe Rossi : « Bobo les vit intensément. Mais toujours seul. Anonyme. Et on l’entend encourager l’équipe. Toujours. Jamais une critique. »

 

Philippe Durpes, fidèle parmi les fidèles…

 

Il a fallu ramer pour trouver quelqu’un qui pourrait apporter une note négative. Tous muscles bandés, c’est Philippe Durpes qui s’y colle : « Il n’honore pas ses paris perdus. Il a beau avoir joué à Reims, mais Stéphane Crucet (qui fut entraîneur, Ndlr), Philippe Rossi et moi-même, nous attendons toujours notre caisse de champagne. Et depuis si longtemps, que je ne me souviens même plus de la nature du pari… »

Avant d’éclater de rire et d’ajouter, lui d’ordinaire si taiseux : « Vingt ans d’un dur labeur, de bons et loyaux services pour les joueurs et les entraîneurs qui ont eu la chance de te côtoyer pendant leurs moments difficiles, durant lesquels tu as fait preuve de tellement de qualités humaines, de compréhension. Tu laisses la place aux… jeunes, c’est ta décision. Mais tu connais l’adresse pour la livraison du champagne ou as-tu besoin que je te la rappelle ? »

L’adresse, il l’a connait. Et d’ailleurs, comme « son » staff n’a pas manqué de le lui dire, il y sera « toujours chez lui ! »

Allez, bon vent, Bobo. Pardon, monsieur Pascal Bollini !

Et surtout, merci !