Léna Goetsch et Noémie Carage, lauréates du Player Impact Award de la FIFPRO

Posté le 05.01.2026 à 11h33

 

« Nous recevons bien plus que ce que nous pouvons leur apporter ! »

 

Ce mardi 18 novembre, lors du Congrès mondial de la FIFPRO, à Lisbonne, Léna Goetsch (aujourd’hui au FC Fleury 91) a reçu le Player Impact Award 2025, un prix décerné par le syndical mondial, récompensant les initiatives qui font une différence significative dans la vie des gens. Au Portugal, Léna était seule à être honorée, Noémie Carage, avec laquelle elle dirige et animé Tous au foot, étant restée à Dijon, ce club dont elles ont porté, ensemble, les couleurs et qui accueille, dans la catégorie foot loisirs, les 80 licencié.es de Tous au foot, jeunes garçons et filles en situation de handicap.

L’UNFP et son Comité de solidarité, qui soutiennent Léna et Noémie depuis le début de l’aventure, se félicitent de ce premier prix remporté par la France qui met en lumière l’engagement sociétal des footballeuses et des footballeurs évoluant dans nos différents championnats.

Interview de deux lauréates en état d’apesanteur…

  

D’où est venue l’idée de créer Tous au Foot ?

Noémie Carage (NC) : « En 2019, dans le cadre de la préparation de mon brevet de moniteur de football – diplôme d’entraîneur UEFA B -, je devais non seulement proposer un projet en rapport avec ma formation d’éducatrice, mais également le mettre en place à l’intérieur même de mon club, le Dijon FCO avec lequel je vivais ma première année de contrat. L’idée de travailler autour de la pratique du sport par les jeunes filles et garçons en situation de handicap s’est imposée à moi. D’où la création d’un premier tournoi auquel participèrent quelque 80 jeunes…

« Il s’en est suivi, dans les établissements spécialisés de la région, des ateliers autour du football, et j’ai pu constater l’adhésion des jeunes et de leurs éducateurs, investis et enthousiastes. Vivre avec eux des moments de forte intensité, faits d’émotions et de bonheur partagés, a donné tout son sens à cette belle aventure humaine, dépassant mes attentes, témoignant de l’intérêt et du besoin d’une pratique sportive chez les jeunes en situation de handicap…

« La première année, si riche, portait en elle de beaux espoirs que la crise sanitaire de la Covid a malheureusement anéantis.»

 

Léna Goetsch (LG) : « Dans le cadre de mon master ‘‘activités physiques adaptées’’, j’avais à effectuer un stage de 600 heures, et c’est tout naturellement au sein du Dijon FCO, avec lequel j’étais sous contrat depuis trois ans, que j’ai décidé de l’accomplir. Il se dégageait alors, en 2022, tant au sein du club qu’au niveau de la ville de Dijon, la volonté de développer le sport pour tous, y compris pour les personnes en situation de handicap. C’était en parfaite adéquation avec ma formation et cela a facilité la mise en place d’une structure interne au club et d’un programme spécifique autour du football pour les jeunes en situation de handicap. C’est avec Morgan Martins, une de mes coéquipières, professeur de sport, que tout a commencé, au moment où Noémie quittait le club. Deux ans plus tard, en 2024, Morgan quittait Dijon et Noémie y revenait. Elle a, sans attendre, rejoint l’aventure… »

 

Comment Tous au foot a-t-il évolué au fil des années ?

LG : « Tous au foot est aujourd’hui une section à part entière du Dijon FCO et s’inscrit dans le cadre du football loisirs au sein de la Fédération française de football. »

NC : « Si au départ, aucun des jeunes n’était licencié, ils sont cette saison 70 à l’être. Il n’y a donc pas la moindre différence avec les autres joueuses et joueurs du club. Cela peut paraître anodin, mais c’est une espèce de reconnaissance autant pour les jeunes que pour nous. »

 

Quelle est la nature de vos différentes missions au sein de Tous au Foot ?

LG : « De la création de Tous au foot en 2022 à l’été 2025, il y avait toujours eu un binôme à la tête de la section. Et c’est toujours à deux que nous intervenions, quelle que soit la nature du travail à effectuer et des décisions à prendre : sur le terrain avec les deux séances hebdomadaires, ou en dehors avec l’organisation du tournoi annuel et toute la partie administrative, car c’est nous qui assurons la totalité de la gestion de la section. »

NC : « Depuis que Léna a quitté Dijon pour le FC Fleury, il y a quelques mois, notre organisation a, bien évidemment, évolué, principalement pour tout ce qui concerne la partie sportive, puisque les questions administratives peuvent être traitées à distance. Nous savions qu’une seule personne, même avec l’implication forte des éducateurs spécialisés, ne pouvait pas gérer les deux séances d’entraînement hebdomadaires puisqu’il ne pouvait être question d’en offrir moins à nos 70 licenciés, en termes de service, d’écoute, de partage. Heureusement, j’ai pu compter depuis le départ de Léna sur le soutien d’autres joueuses du club, pour la séance du jeudi, qui ont naturellement décidé de nous aider et s’entendent pour être présentes à tour de rôle. C’est une bonne chose car l’entraînement du jeudi est la plus chargé… Et j’avoue grandement apprécier tout de même l’arrivée prochaine d’un stagiaire, présent à mon côté le lundi.

LG et NC : « De toutes les façons, il était impossible que l’aventure s’arrête, simplement parce que l’une d’entre nous avait quitté le club… »

 

Comment l’UNFP soutient-elle votre action ?

LG : « La présence et le soutien de l’UNFP à notre côté ne se limitent pas, même si cela est important, à la participation financière du syndicat français qui, avec d’autres, nous permet de fonctionner depuis le début de l’aventure. Depuis le mois de mars 2025, le Comité de solidarité de l’UNFP a pris le relais… Mais sur le fond, rien n’a changé…»

NC : « Léna a raison de souligner que l’aide de l’UNFP dépasse les seules limites de notre budget. Le syndicat, via ses réseaux sociaux, nous aide à faire connaître notre action et n’a de cesse de valoriser le travail que nous effectuons. La présence de l’UNFP aux événements que nous organisons témoigne d’un soutien que nous savons apprécier à sa juste valeur. Même si nous sommes passionnées, volontaires, il est important de se sentir ainsi soutenues. Comme nous pouvons l’être d’ailleurs par l’ensemble du club dijonnais qui, depuis le début et à tous les niveaux, joue pleinement le jeu.

 

Quelle est la partie la plus enrichissante de votre engagement auprès des jeunes en situation de handicap ?

NC : « Chaque instant est un vrai moment de bonheur. Tous leurs sourires et tous leurs rires nous apportent une énergie réellement incroyable. Comme nous en parlons souvent avec Lena, chaque minute que nous partageons avec eux nous rappelle pourquoi nous faisons tout cela pour eux. Ils sont aussi particulièrement communicatifs et n’hésitent à exprimer la joie et le bonheur qu’ils ressentent de jouer au football. Nous recevons bien plus que ce que nous pouvons leur apporter en termes d’émotion, de sincérité, de simplicité, de partage. C’est une vraie leçon de vie qu’ils nous donnent à chaque fois. À chaque instant. »

 

Qu’elle est votre réaction de voir ainsi vos efforts reconnus par le prix Player Impact ?

LG et NC : « C’est d’abord une immense fierté d’être ainsi distinguées au niveau mondial par la FIFPRO. Si nous sommes deux à être honorées, il nous est impossible de ne pas partager ce prix avec toutes celles et ceux qui ont permis à Tous au foot d’être ainsi reconnu : Morgan Martins, tout le club de Dijon, les stagiaires qui se sont succédés, les établissements spécialisés et leurs éducateurs dont l’engagement et l’enthousiasme sont incroyables. Et, bien sûr, tous les enfants. Nous pensons qu’ils seront tous d’accord avec nous : ce prix ne doit surtout pas être un aboutissement, mais un encouragement à poursuivre le chemin. À faire plus et mieux encore ! »

 

Pensez-vous que les footballeuses et les footballeurs ont une position unique qui leur permet d’avoir un impact sur la vie des autres ?

LG : « En tant que joueuse ou joueur professionnel, nous pensons, Noémie et moi, que nous avons beaucoup plus de crédibilité et de visibilité. Voilà qui fait de nous, notamment, des modèles pour certaines personnes. Notre rôle, alors, est d’incarner les valeurs du sport : le respect, la solidarité, l’engagement ou encore la cohésion. Mais cela doit dépasser les limites d’un terrain de football et l’idée de la performance propre à tous les sports. Ces valeurs doivent également servir de guide dans la vie quotidienne. La nôtre et celle du plus grand nombre.

« Avec Tous au foot, nous montrons que la pratique du football est accessible à tous. Et nous aimerions tant que l’action que nous menons à Dijon incite d’autres clubs, d’autres joueuses et joueurs à mettre en place des structures d’accueil pour les personnes en situation de handicap. »

 

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